Le cartulaire de Moon, géographie d’une paroisse rurale au XVe siècle et permanences
Le cartulaire du trésor de l’église de Moon commandé en 1476, nous permet-il de dessiner une géographie du village et de saisir quelques permanences de cette paroisse rurale, comparées à celles de la fin du XVIIIe siècle ?
Les noms de lieux à Moon : quelle géographie ?
La paroisse de Moon à la fin du Moyen-Age s’était développée davantage sur la vallée de l’Elle et les terres cultivables au sud de la vallée, entre l’Elle et la Velsie, des terres centrées sur la Couture et la Foucherie. Le nord de la paroisse aux terres lourdes et argileuses restait peu habité.
Une organisation de l’espace médiéval de Moon, différente de celle d’aujourd’hui
Cette organisation médiévale contraste fortement avec celle d ‘aujourd’hui. La création de la Gare de Lison en 1858 et l’expansion de son quartier au nord de la commune, la densification du village central, à la Croix de Moon, qui s’est accélérée dans les années 1980/90 ont rééquilibré le territoire de la commune vers le nord. Le sud de la paroisse se limite aujourd’hui à des écarts qui ont une vocation agricole.


La rue de Moon, village centre
Au Moyen-Age, le village centre portait le nom de la Rue de Moon (aujourd’hui la Croix de Moon) qui s’étirait sur le flanc nord de l’Elle, le long du chemin qui menait vers Cerisy et Bayeux. Le moulin seigneurial de Moon, construit au bord de l’Elle, relevait en 1408 du chanoine du chapitre de la cathédrale de Bayeux, patron de la prébende (ft 82).


La vallée des moulins, l’Elle
Le long de l’Elle, en amont, s’étaient implantés les écarts de la Castellerie, de la Guellerie, de la Planque (Planche), puis en aval du village-centre, ceux du Rouge Douyt, du Catperdu.
Des moulins actionnés par l’eau de l’Elle, s’égrenaient le long du cours d’eau. Le moulin Graffart (ft 20), proche de la Castellerie, le moulin d’Auvers (aujourd’hui la Petite Castellerie), le moulin de Moon, puis vers l’aval, le moulin Hébert (ft 44) et le moulin d’Airel (ft 47) à l’entrée dans le marais. Le moulin d’Auvers plusieurs fois cité, comme en 1411 (ft 66) ou 1478 (ft 24), et dont le nom a disparu aujourd’hui, était localisé entre l’Elle et le Ruisseau d’Auvers (le nom de la Rousserie n’apparait jamais dans le cartulaire), à proximité de la Petite Castellerie, en limite de la paroisse de Saint-Clair.
Les terres cultivées entre l’Elle et la Vessie (Velsie)
Face au village de Moon, sur le flanc sud de l’Elle, s’érigeait l’église de Moon, une paroisse à trois portions, dont celle de la prébende maintes fois citée dans le cartulaire.
Les terres habitées au sud de l’Elle se localisaient sur la Couture et la Foucherie. Le toponyme la Couture désignait des terres labourées, de bonnes terres favorables à l’exploitation agricole.
Vers le sud de la paroisse, quelques écarts à la confluence des eaux de la Vessie et de la Tortongne, proches d’Airel et de la Meauffe : la Pégoterie, la Roquette, le Quesnay étaient cités dans le cartulaire. Le nom de la chapelle du Mesnil-Vitey n’apparaît pas dans le cartulaire, mais ce village existait, les Anglais l’occupèrent dans la première moitié du XVe. Il avait sa chapelle et relevait d’un autre fief que Moon.



Toponymie : villages et vieilles familles de Moon
Des villages déjà implantés au Moyen-Age
Les fermes rurales créées à la suite des défrichements, du XIe siècle au début du XIIIe siècle, ont conservé le patronyme des familles qui avaient défriché, avec le suffixe -erie ou -ière. Trois siècles plus tard, ces noms désignaient toujours ces hameaux ou ces écarts de la paroisse.
Des hameaux de Moon avaient conservé leurs noms depuis le XIIe siècle
La Foucherie (les Foucheries, le hamel de la Foucherie) : le domaine rural de Foucher. Au XVe Jehan ou Jourdin Foucher habitait à Moon en 1448 (ft 14).
La Guellerie : le domaine rural de Guelle. Rogier et Gueuret Guelle habitaient à Moon en 1406 (ft 65), Jehan Guelle en 1445 (ft 14), ou Robert Guelle en 1474 (ft 84).
la Castellerie : le domaine rural de Castel. Au XVe siècle, de nombreux Castel habitaient la paroisse comme Robin Castel en 1464 avec sa femme Colete (ft 40), Henri son fils en 1496 (ft 94).

Des familles présentes dans le cartulaire du XVe siècle ont laissé leur patronyme à des hameaux actuels de Moon

La Duranderie : Guillaume Durant en 1438 habitait à proximité de la Castellerie (ft 111) et Jehan Durant résidait près du moulin-Graffart en 1477 (ft 84).
La Gisloterie : Jehan Gislot en 1450 (ft 63) et Guieffroy Gislot en 1464 (ft 40).
La Fèvrerie : (orthographiée ainsi sur le tableau d’assemblage du cadastre Napoléon et sur la carte de Bitouzé de1831). Les Lefèvre très nombreux au XVe siècle, ont laissé leur empreinte, d’ailleurs le cartulaire désignait deux frères Lefèvre sous le vocable « les Fèvre ». Pour distinguer toutes les familles Lefèvre, des surnoms étaient donnés : Richard Lefèvre » l’anisné » (l’aîné) en 1414 (ft 73), Perrin Lefèvre le jeune en 1437 (ft 19), un autre Perrin Lefèvre dit le Vétier en 1439 (ft 16).

Plusieurs Lefèvre travaillaient dans les métiers du bâtiment ou le travail du bois : Jehan Lefèvre maçon en 1455, Jehan Lefèvre, fils petit Perrin, charpentier en 1438 (ft 44), Thomas Lefèvre fuselier en 1477 (ft 50), ce métier consistait à fabriquer des fuseaux et des quenouilles en bois.
L’Hôtel-Viard : désignait la maison de … (Lechanteur source), c’était souvent une ferme isolée liée à des défrichements plus tardifs. L’Hôtel au Viard, se localisait aux limites des landes de Moon et de Saint-Clair tout comme l’Hôtel-Carré. Plusieurs Viard figuraient dans le cartulaire, comme Perrin Vyart et sa femme Thomine en 1439 ou Guillaume Vyart l’aîné et sa femme Thiénote en 1471 (ft 76). Dans le chartrier du Mesnil-Vitey, (Du Bosc de Baumont), il est mentionné le patronyme de Quarrey (ou Garey) qui serait à rapprocher de l’Hôtel-Carré.
Le Moulin-Graffart, le Moulin-Hébert : attestés au XVe siècle, portaient le nom de leurs premiers exploitants.

Des familles présentes au XVe siècle ont laissé leur patronyme à des hameaux de Moon, aujourd’hui disparus, mais encore inscrits sur la carte de Cassini ou le cadastre Napoléon
- La Sansonnière (la Sansonnerie) : le domaine rural de Sanson, sur la route actuelle d’Airel. Maitre Robert Sanson était prêtre à Moon en 1477 (ft 78), Colin Sanson résidait au hamel Noron sur Saint-Clair en 1463 (ft 52).
- La Ferme Moisson : proche de la Couture. Jehan Mouesson l’aîné et sa femme Guillemine résidaient à Moon en 1491 (ft 103).
Des familles présentes au XVe siècle, dont le patronyme avait été donné à un hameau, avaient déjà disparu à l’époque du cadastre Napoléon
- La Rignonnerie : le domaine de Rignon. Des indices le localiseraient vers la Duranderie, la Guellerie et le moulin-Graffart. Le cartulaire mentionnait Raoul Rignon en 1391 (ft 56) et Jouan Rignon en en 1401 (ft 67).
- La Moynerie (la Moignerie) : le domaine rural de Le Moyne. Des Le Moyne vivaient à Moon au XV e siècle, comme Colin Lemoigne (ou Lemoyne) tabellion de Saint-Clair à la fin du XIVe – début XVe siècle (ft 56) ou Marguerin Lemoyne en 1430, tabellion (ft 61).
- La Gondonnerie mentionnée en 1411 (ft 66), le Hamel es Anglois en 1482 (ft 66) témoignent d’une présence temporaire anglaise lors de la guerre de Cent-ans. Les Godons étaient le surnom donné aux Anglais, dérivé du juron anglais god damn.
Des noms de villages absents au Moyen-Age qui sont apparus à l’époque moderne

Le village des Pignolet : au cœur de ces terres favorables au sud de l’Elle, il apparaît au début du XIXe siècle sur le cadastre Napoléon. Les Pignolet sont attestés sur les registres de baptêmes, mariages et sépultures de la paroisse au XVIIIe siècle.
Des défrichements plus tardifs au cours du Moyen-Age, au sein de la paroisse déjà humanisée, eurent lieu sur des terres moins favorables.
- La Maison Neuve : la ferme nouvelle, aujourd’hui un hameau à la périphérie ouest de Moon, accolé à Airel, témoigne de ces défrichements plus tardifs à partir de la Foucherie. Sur le cadastre Napoléon, plusieurs parcelles portaient encore le nom de landes.
- Villeneuve : la ferme nouvelle (du latin villa), lié à des défrichements plus tardifs à partir de la Couture.
Des noms liés aux particularités naturelles du terroir
Plusieurs hameaux médiévaux, encore présents aujourd’hui, témoignent de particularités naturelles du terroir de la paroisse rencontrés par les défricheurs
Le Rouge Douyt : ce village était établi à proximité d’un ruisseau (un douet) de couleur rouge. Sa couleur était liée aux argiles rouges abondantes au nord de la commune, argiles qui furent exploitées plus tard par les potiers et les tuileries. Les parcelles au-dessus du village portent le nom de la Rougerie.
La Couture (Cousture) : des terres labourables, champ cultivé, (en latin cultura).
La Lande : hameau situé près des landes de Moon, qui s’étendaient vers l’actuel carrefour de Saint-Clair. Guillaume Delalande résidait à Moon en 1445 (ft 111) ou Laurent Delalande en 1477 (ft 85).
Le Quesnay : lieu planté de chênes (la chesnaie) avant les défrichements. Plusieurs Duquesnay résidaient à Moon au XVe siècle comme Guillaume Duquesnay en 1457 (ft 71) ou Thomas Duquesnay en 1462 (ft 52).


Le Mont-Pelley : le mont pelé, aujourd’hui le Mont-Sauvage, des hauteurs aux confins d’Airel moins favorables à la culture.
Les Perreilz : les perrées, situés à proximité du chemin des carrières et de La Meauffe, sont à lier aux empierrements, aux carrières du secteur de la Pégoterie.
La Planque (la Planche) : un site favorable pour la construction d’un petit pont, fait de bois, pour franchir la rivière Elle.
Le Pont Bende, (hamel du Pontbende, Pont-Basnes au XIXe siècle) : pont sur le Rieu entre Moon et Lison.
Les mauvaises terres au nord de l’Elle
Elle sont humides et lourdes, faites d’argile et de galets, elles étaient moins propices à l’agriculture et aux implantations humaines. La toponymie retrouvée dans le cartulaire nous confirme que peu de défrichements avaient eu lieu au Moyen-Age.

La Fautelaye (Fotelaie) : la haye ou laye désignait la présence d’une forêt. Sur le cadastre Napoléon, plusieurs parcelles portaient le nom du « Taillis de la Fautelaye » ou de «la Pièce du Taillis ». Aujourd’hui existe encore « le chemin du Taillis » qui descend vers la route d’Airel et la Fotelaie. Sur ce secteur, vers la Croix sous l’Ange, deux parcelles, sur le cadastre Napoléon, indiquent le nom d’un ancien bois le « bois d’Arty ». Au-delà du Rieu sur la paroisse de Lison s’étendait la forêt de Neuilly mentionnée dans le cartulaire.
Les Vignes (ou les Vignettes) : étaient des landes à ajoncs appelés vignots ou vignettes, un terme d’origine scandinave. Beaucoup de parcelles sur le cadastre Napoléon sont désignées par le nom de « Pièce à Vigne ».

D’autres toponymes, non attestés au XVe siècle par le cartulaire, présents aujourd’hui, renforcent cette explication.
- Les Landes Bosquets : elles s’étendaient à l’est de la Fotelaie, vers le Rachinet et la chapelle Sainte-Marguerite.
Bois et landes, les jannières
Si la répartition de la population s’est rééquilibrée vers le nord de la commune à la fin du XIXe siècle et au cours du XXe siècle, la distribution spatiale des villages de Moon au Moyen-Age a conservé ses permanences dans la géographie de la commune de Moon et ce, jusqu’au milieu du XIXe siècle.
Les bois et landes de la Fotelaie occupaient la butte du versant nord de ‘Elle et descendaient vers la vallée du Rieu et le marais de Lison – Airel. Ces bois n’étaient pas des futaies comme la forêt de Neuilly, mais exploités en taillis. Selon la microtoponymie du cadastre Napoléon, le chemin du Taillis, appelé ainsi encore aujourd’hui, menait vers ces bois et le bois d’Arty.
Des landes à ajoncs (les vignes ou vignots) sur ces terres argileuses se mêlaient au boisement. Les vignes pourraient laisser à penser à des vignobles. Cependant, vues l’importance des surfaces, la nature des sols argileux et humides, les pentes orientées au nord, cette hypothèse doit être écartée. Certes existaient des vignes au Moyen-Age en Normandie pour le vin de messe, mais l’essor des échanges commerciaux aux XIIe et XIIIe siècle et le refroidissement du climat aux XIVe et XVe siècle avaient conduit à leur disparition en Normandie.

Lors de l’élaboration du cadastre Napoléon, en 1811, sur les 980 ha de la commune de Moon :
- Bois, taillis : occupaient 2.7 ha
- Landes : occupaient 5.6 ha
- Jannières : occupaient 39.8 ha (dont 25 ha sur la section A, soit celle du versant nord de l’Elle).

Les jannières étaient des parcelles pâturées où poussait le « jan » un genêt épineux (1), appelé communément vignot dans le Bessin. Les jannières étaient jaunes et parfumés à partir du printemps, puis le vert sombre du feuillage et des piquants dominait.
Les défrichements par essartage, « Essarts et Esserts », avaient réduit ces bois sur leurs marges sud. Vers le nord, ils avaient laissé place à des herbages, une des parcelles porte le nom de pâture de la Fotelaie, et à des prés sur des terres humides.
Mettre en culture une terre peuplée d’ajoncs demandait un énorme travail qui s’apparentait à un défrichement. Seul le triage de la Fotelaie a pu porter des cultures, le triage ou réage était un ensemble de raies c’est-à-dire de sillons de charrue. Le réage était une tenure concédée par le seigneur à un paysan. Le tenancier payait un cens et versait des redevances.
Au début du XVIIIe siècle, la nature de ces bois et landes était encore bien présente. Un marchand de Saint-Georges d’Elle avait été « assassiné par des voleurs au coin de la Lande de la Fotelais dans le grand chemin d’Isigny à Cerisy… » . Marin de La Mare fut inhumé au cimetière de Moon le 3 novembre 1712 par Pierre Boëtard, curé de Saint-Georges d’Elle, assisté du curé de Moon Me André Roussel (2).
Les terres rouges argileuses, appelées la glaise, furent exploitées au XVIIIe siècle par la communauté des potiers. Au XIXe siècle le village de la Fotelaie était désigné sous le vocable de village des potiers.
L’Elle, la vallée des moulins
La géographie de la paroisse de Moon est soulignée également par les cours d’eau. Le cartulaire fait référence à trois rivières :
- ’eau ou la rivière d’Elle qui traverse la paroisse,
- l’eau de la Velsie (Vecie, Vessie) qui décrit une grande courbe au cœur de la paroisse dans laquelle s’est développé le village de la Couture,
- l’eau de la Tortongne (Tortoigne) aux confins de Saint-Clair et Villiers-Fossard.
- Quelques ruisseaux sont indiqués « le Russeault » (ft 22) vers le chemin de la Rue de Moon et « l’eau de Cost » (ft 80).

Le long de l’Elle, plusieurs moulins avaient été édifiés à l’époque médiévale.

Cinq moulins sont recensés dans le cartulaire:
- en amont le moulin-Graffart situé à la Castellerie,
- au centre le moulin de Moon au village de la Rue de Moon
- en aval le moulin-Hébert proche du Rouge Douyt
- et le moulin d’Airel, aujourd’hui les Tuileries.
Un cinquième moulin était mentionné, le moulin d’Auvers, dont le nom a disparu sur le cadastre Napoléon au début du XIXe siècle.
Selon le cartulaire il était proche de l’eau de l’Elle et d’un ruisseau, sur les chemins des Landes de Moon et de Saint-Clair. Cela correspondrait à un second moulin à la Castellerie, situé à la confluence de l’Elle et du ruisseau de la Rousserie (nom absent au XVe) dit d’Auvers à l’époque (ft 107).


Si le Moulin-Hébert est bien authentifié sous ce nom au XVe siècle, tout comme à la fin du XVIIIe siècle sous la Révolution française, il a pu être désigné parfois, par le terme de moulin des Essarts. Sur la carte de Cassini de la seconde moitié du XVIIIe siècle figurait le hameau de Bellessart et sur la carte de 1831 dessiné par Bitouzé-Dauxmesnil, figuraient les Essarts de Haut, situés entre la Croix sous l’Atre et le moulin-Hébert.
le moulin-Hébert (GL)
Certaines recherches l’ont assimilé au moulin Heuste. Le moulin Heuste existait à la fin du XIVe siècle en 1395 (3), mais le moulin-Hébert existait également dans la première moitié du XVe siècle, en 1437 (ft 44), selon le cartulaire. Il s’agirait bien de deux moulins différents. Un indice tiré de l’Etat-civil de Moon du 6 brumaire an 4 (28 octobre 1795) pourrait nous orienter vers une autre hypothèse, celle du moulin des Cures sur la Joigne aux confins de Moon près d’Airel et La Meauffe. Victor Huet est né le 6 brumaire an 4, « rue du moulin Heutre ». Il était le fils de Nicolas Huet meunier au moulin des Cures de 1787 à 1814.
Moulin des Cures ou Moulin-Hébert ? le moulin Heuste (Heute), assis en la paroisse de Moon fut baillé par l’évêché de Bayeux à Georget Le Gourt d’Airel en mars 1395, pour le prix de 60 sous tournois de rente annuelle, à payer par moitié en deux termes à Noël et à la Saint-Jean, sans autres redevances. « Nous luy avons accordé qu’il pourra prendre bois en notre forest de Nully (Neuilly) pour la réfection d’icelluy moulin … toutes fois que le cas soffrera … » (3).
Autre moulin au XVe siècle selon le chartrier du Mesnil-Vitey (4), « le moulin Quantet ». Il se trouvait dans le domaine non fieffé de la seigneurie du Mesnil-Vitey, « situé sur la Tortoigne » à proximité de la chapelle. Les vassaux y venaient moudre leurs grains. « Le fief au Roquais était sujet au curage du bief du moulin Quantet et à aider à charrier les bois, les meules et autres matériaux nécessaires ».
Paysages et paysanneries à Moon au XVe
Un paysage de petites parcelles
Les clos, les camps (champs), les labours et les sillons de terres, les prés, sont autant de mots du vocabulaire agraire, relevés dans le cartulaire, et qui évoquent les paysages agricoles.
Les espaces habités étaient énoncés dans le cartulaire par les termes de maisons, masures, gardins (jardins) et cours. Les quemins ou chemins quadrillaient ce bocage pour relier ces espaces.
Petites parcelles et exploitations constituaient la trame de ce paysage de bocage de la paroisse de Moon au XVe siècle.

Sur la centaine de terres énoncées dans le cartulaire, nous connaissons la surface pour un tiers d’entre elles. La moitié des parcelles, dont la surface nous est connue, faisaient moins de 2 vergées (0.40 ha).
11 terres d’1 vergée et moins (0.20 ha) = 34.3 %
7 terres de 2 vergées (0.40 ha) = 21.9 %
9 terres entre 3 et 4 vergées (0.60 à 0.80 ha) = 28.1 %
5 terres de 5 vergées et plus (1ha et plus) = 15.7 %
(Mesures anciennes : 1 vergée = 0.20 ha, 1 acre = 0.817 ha pour la perche de 22 pieds de 12 pouces = 7.14m)
Le 12 mai 1401, eut lieu la vente d’une rente de 4 sous, 11 deniers tournois de rente à verser à la Saint-Michel en septembre, par Jehan Martin à Jehan Cauvelande, bourgeois de Saint-Lô, demeurant à Moon, et pour ses héritiers, à prendre sur Jehan Martin pour le prix de 50 sous et 1 quarte de vin, rente assise « sur une pièce de terre, contenant demy acre et dix perques environ, assise illec, jouxtant Colin Lemoigne des costés et bute à Jehan Ducastel et à Richard De Cost … » (ft 6).
A l’époque de la féodalité, aux XI -XIIe siècle, le seigneur concédait une terre à exploiter, la tenure, à un paysan. Le vilain payait un cens et devait assurer le versement de redevances.
Trois siècles plus tard, au XVe siècle, le cartulaire de Moon avait conservé les traces de ces tenures anciennes avec les noms des premiers tenanciers ou lieux. Il les désignait par les termes de :
- le ténement de la Guellerie (ft 19), ou de la Becache (ft 66)
- la croulte Thomasset,
- la delle du Rouge Douyt,
- le triage (réage) de la Fautelaye
- le clos Meslier.
Avec les générations, la tenure primitive de l’ère féodale avait été divisée et le temps fit que ces termes eurent une signification plus restrictive. Le ténement à la Bécache avait été vendu en 1413 par Raoul du Rachinay à Me Robert Baisley prêtre à Moon (ft 66) exploité par Denis Ler.

Le Clos Meslier qui avait une surface de 5.2 hectares, fut divisé en 7 parcelles sans oublier la masure la cour et les jardins, selon le parcellaire du cadastre Napoléon, du début du XIXe siècle. Ces parcelles avaient une surface moyenne d’une à une vergée et demie (0.30 ha), à l’exception d’une parcelle d‘1,8 ha.
Dans les années 1460 (ft 83) et 1470 (ft 22), un Guillaume Meslier résidait non loin du moulin de Moon. L’origine du nom est à rapprocher du meslier qui désignait le néflier.
Le ténement du clos Meslier aurait eu une surface de 4 ha et l’Entre le Clos Meslier d’1.2 ha.
De petites parcelles closes
Le Clos suivi du nom de l’exploitant, traduisait la volonté du tenancier d’enclore le ténement après autorisation du seigneur. Les clos étaient des pièces de terre entourées de fossés, soit des levées de terre plantées de haies avec souvent un creux qui les bordait.
La clôture protégeait les cultures et marquait la volonté du paysan de matérialiser la limite de sa tenure face au droit des autres. Les arbres assuraient la solidité de la haie et les épines, comme l’aubépine ou le prunelier, et arbustes divers assuraient le remplissage et l’étanchéité de la haie. Le fossé creusé constituait un obstacle plus difficilement franchissable par les bestiaux, et permettait le drainage ou la régulation de l’eau. (5).
Le mot clos, depuis le temps de la tenure primitive, s’était restreint à une pièce de terre de petite unité close (6).
Le mot clos, depuis le temps de la tenure primitive, s’était restreint à une pièce de terre de petite unité close (6). Le Clos Meslier qui avait une surface de 5.2 hectares, fut divisé en 7 parcelles sans oublier la masure la cour et les jardins, selon le parcellaire du cadastre Napoléon, du début du XIXe siècle. Ces parcelles avaient une surface moyenne d’une à une vergée et demie (0.30 ha), à l’exception d’une parcelle d‘1,8 ha. Dans les années 1460 (ft 83) et 1470 (ft 22), un Guillaume Meslier résidait non loin du moulin de Moon. L’origine du nom est à rapprocher du meslier qui désignait le néflier.
Au Moyen-Age, le clos était le plus souvent cultivé. Aujourd’hui, il est entendu comme un pré, un herbage entouré de haies.
Le Clos es Vaques qui malgré son nom (le clos des vaches), était défini comme une surface cultivée de deux sillons de terre en 1456 (ft 48) ou le Clos de la Vallée de Russeault en 1477 « … à raison d’un sillon de terre qui fut (à) Guieffroy Delamare… » (ft 84). Le sillon de terre renvoyait au trait de culture du labour.
Le Clos des Coustures qui appartenait à Denys Cauvelande l’aîné, se composait de « … 2 terres dans le clos, la 1ere jouxtant la cure de la prébende de Moon … en 2 sillons étant en dit clos…, la deuxième étant audit clos… » (ft 108).
Seul le Clos Girot était mentionné comme exploité en pré par Raoul Lefèvre dit le Vétier en 1459 (ft 15). Il se situaità proximité du « … chemin tendant de la Rue de Moon au Rouge Douyt … » et de la « rue Cautelon… ».
Une quinzaine de clos sont répertoriés dans le cartulaire de Moon.

Le clos en BasTravers de Sainte-Marguerite, sur Moon, appartenant aux frères Durant en 1483 (ft 87).
Le Clos Bauquet, tenu par Thomassin Raoul en 1491, proche du clos Girot (ft 26).
Le Clos Delalande appartenant à Messire Richart Laurence en 1502 proche du chemin Saint-Clair (ft99).
Le Clos de la Dévoitre ? proche du chemin de Cerisy.
Le Clos des Coustures,à Denis Cauvelande l’aîné,jouxtant la cure de la prébende de Moon (ft 108).
Les Clos en dellage de Cost en 1413, exploité par Henry Hardy, bute au chemin de la Planche (ft 80).
Le Clos es Vignes, Richart Lefèvre en 1451.
Le Clos es Vaques, constitué de deux sillons de terre appartenant à Thomas Cauvelande en 1456 (ft 48).
Le Clos Girot exploité en pré par Raoul Lefèvre dit le Vétier en 1459, situé vers le Rouge Douyt (ft15).
Le Clos Bosquier (Boschier), proche du chemin de Cerisy en 1463 (ft 83).
Un Clos, jouxtant le chemin de la Rue de Moon au Rachinay, en 1463 (ft 83).
Le Clos de la Gruyère à Guillaume Lecarpentier en 1475 (ft 76).
Le Clos du Russeault appartenant à Denis Lecanu en 1476, proche de la rue de Moon, (ft 77).
Le Clos des Glisais tenu par Roulet Le Harivel et sa femme Martine en 1477 (ft78).
Les camps (champs)
Les camps (champs), autre terme de vocabulaire agraire employé dans le cartulaire, pouvaient être ouverts et non enclos. Ils s’ouvraient sur des terres labourées. Robin Laurence cultivait en 1453 un sillon de terre dans le champ Goullet qui butait au chemin de Moon à Airel (ft 104). Toutefois des champs pouvaient porter des près, comme le champ Butet, au nord du village de Moon, proche du Clos Meslier, exploité en deux prés par Gabriel Groult en 1480.
Une quinzaine de camps sont dénommés dans le cartulaire.
- Le Camp Sornier (ou Soimier ?), en 1374, proche de la Guellerie (ft 84)
- Le Camp de Port, en 1374, proche de la Guellerie (ft 84)
- Le Camp au Goupil de 3 vergées à Guillaume Agoullant en 1401, bute au chemin St-Clair (ft 67).
- Le Camp Boschier proche du chemin Cerisy et du moulin de Moon en 1408 (ft 82).
- Le Camp Challes, vendu par Raoul du Rachineyen 1411, sur le chemin de Cost à Clouay (ft 66).
- Le Long Camp, fieffé par Raoul du Rachinay à Denis Ler en 1414, bute au quemin de Cherisy (chemin de Cerisy) (ft 66).
- Le camp de l’Aumosne (ou Omosne) à Marguerin Lemoigne en 1431, situé à la rue de Moon (ft 19).
- Le Camp Bayvel, 1 acre jouxtant l’eau de l’Elle à Jehan Guelle en 1445, situé chemin de la cepelle (chapelle de Sainte-Marguerite) et bute au chemin de la Guellerie, relevant du fief de Saint-Clair (ft 14).
- Le Camp d’Aigneaulx, en 1447 (ft 65).
- Le Camp aux Francois (aux français), tenu par Jehan Lefèvre sur Jehan Viard en 1451.
- Le Camp Goullet 1 sillon de terre que Thomas Lefèvre dit le Vétier baille à Robin Laurence en 1453, bute au chemin de Moon à Airel (ft 104).
- Le camp Butet, 2 prés situés à l’Abbaye (près du Clos Meslier) exploités par Gabriel Groult en 1480 (ft 25).
- Le camp es Goulles, tenu par Guillaume Castelen 1496 bute au chemin tendant de la Moignerie es Landes de Moon (ft 94).
La delle ou le dellage
Le nom de dellage ou delle, un toponyme très répandu dans le Bessin, était d’une appellation ancienne qui serait d’origine saxonne,le deil anglais, le teil allemand. Avec l’effondrement de l’empire romain, des Saxons s’étaient installés dans le Bessin. La delle désigne un quartier de terres partagé en champs labourés dans le même sens. Robin Delamare exploitait en 1478 plusieurs pièces de terre dans le dellage du Perray (Pierroix) « La première en un sillon contenant une vergie environ assise en travers en fieu du Roy jouxtant Denis Lecanu et ledit Robin des costés, bute d’un but au chemin tendant de Moon à La Foucherie … la deuxième en Perray en deux sillons … la troisième endit dellage … la quatrième endit dellage en un sillon en fieux de la prébende » (ft 86). Les sillons renvoient clairement à des champs de labour.

Une douzaine de delles ou dellages sont recensés dans le cartulaire de Moon.
S’y ajoutent quatre autres delles du Mesnil-Vitey, fieffées par le seigneur du Mesnil-Vitey, celles de la Croulte du Mesnil-Vitey, des Hairies et de La Croix-du-Quesnay contigües à la delle de Pampelune, cette dernière était également mentionnée dans le cartulaire.
La delle de Pampelune (ft 20) divisée en 4 parcelles, selon le cadastre Napoléon, faisait au total une surface originelle d’à peine un hectare. Elle est située près de la Chapelle du Mesnil-Vitey, sur le chemin de Moon à Saint-Lô, aujourd’hui appelé les Kerballais.
Pampelune est le nom d’une cité espagnole de Navarre associée au chemin de pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle. Des seigneurs normands allèrent en Navarre au Moyen-Age, aux côtés des royaumes chrétiens, combattre les Musulmans. En l’église de Moon, une statue de Jacques le majeur dans la nef et des motifs représentant des coquilles Saint-Jacques dans la chapelle Sainte-Barbe montraient l’importance de ce pèlerinage.

Près du chemin de Pampelune, Richart Duquesney baillait en fieu en 1458 à Perrin Duquesnay son frère deux pièces de terres « la première en quatre 4 sillons à la Joirerie, jouxtant Jehan Duquesnay l’aîné et de l’autre côté 2 sillons de terre tenus par leur mère en douaire, bute au chemin Panpelune … la deuxième bute à l’eau de Vecie » (ft 42).
Des terres labourées
Le sillon
Le mot de sillon, souvent employé dans le cartulaire, renvoyait assurément à des espaces cultivés. Le sillon était une planche de terre labourée ensemencée. Il était composé de plusieurs raies de charrues, de 4 à 20, la raie étant la tranche de terre découpée et retournée par la charrue.

La largeur d’un sillon variait selon les régions et les paysans qui l’exploitaient.
La largeur de la planche de labour ou sillon pouvait correspondre à la portée du jet de semences du semeur (7).
Selon un paysan de Saint-Jores, cité par Fernand Lechanteur en 1959 (8), une planche de labour c’étaient 10 raies de charrue.
Deux ordres de grandeur sont donnés par le cartulaire. Selon l’acte de 1478 (ft 86), Robin Delamare possédait une pièce de terre « d’un sillon contenant une vergie environ … (qui) bute au chemin tendant de Moon à La Foucherie », soit une contenance de 0.20 ha. Selon un autre acte de 1448 ft 112), Jourdain Fouchier avait pris en bail « une pièce de terre en 3 sillons contenant demye acre environ », soit 0.41 ha pour la terre, et 0.14 ha pour la surface de chaque sillon.
La pièce de terre était plus longue que large, car plus appropriée pour le laboureur qui ouvrait dans la terre une longue tranchée traçant la raie avec la charrue.
Colin Esmalles en 1408 (ft 82) baillait en fief à Robin Goulet plusieurs terres dont une dénommée « le Long Sillon et une canchière … (qui) bute au chemin de Cerisy ».
En 1414 Denis Ler (ft 66) avait pris en fief de Raoul du Rachinay une terre dite « le long Camp ».

Au bout du sillon, un espace non labouré permettait au paysan de tourner la charrue, appelé la canchière. Marguerin Lemoigne avait en 1431 « une canchière située au bout du champ de l’Aumosne … (qui) bute à la Rue (de Moon, soit le village) ». Souvent elle était plantée en légumes, une fois les travaux de labour terminés (Rémy Villand). En 1439, Giret Gisle exploitait « trois quanchières de terre … butant au chemin tendant de la Sansonnière à Catperdu » (ft 15 et 112).
Des champs en lanières
De ces sillons, de ces croultes et coutures, de ces delles, la structure agraire qui en découlait, étaient des pièces de terre plus longues que larges, car plus adaptées aux labours. Elles constituaient des parcelles en forme de lanières, 4 à 5 fois plus longues que larges et d’une à deux vergées de surface moyenne (0.20 à 0.40 ha) pour l’exemple de la Couture, voire d’un ha au maximum.

Les toponymes de la Couture (Cousture) ou de la Croulte (Croute) font clairement référence à des pièces de terres labourables. Le terme de Croulte renvoie aux premières tenures concédées à l’ère féodale, crofta en bas-latin, croft en vieil anglais (le champ), tout comme les réages ou triages. La Croulte-Thomasset (ft 95) était sise entre la Couture et la Chapelle du Mesnil-Vitey « … par moictié une porcion de une pièce de terre en clos audit Denis Leconte appartenant … ». A la Couture de Bas, une parcelle du cadastre Napoléon portait encore le nom de Triage de la petite Girette.


Le toponyme la guere a été trouvée une fois avec en 1414 « Denis Ler de Moon qui de son grey confessa avoir prins en fieu, affin de héritage de Raoul du Rachiney d’illenq, trois pièces de terre assis illenq en fieu de la prébende, …, la tierce une guere jouxtant ledit Robin des costés, bute audit fieu de Saint Cler », proche du chemin de Cerisy (ft 66). Ce terme de guere, guerre, gaire, gare signifiait un champ en forme triangulaire, dont l’origine serait du vieil anglais galra et du vieux scandinave geiri.
Avant tout, des pièces de terre en labours
Sur les terres labourées, les paysans exploitaient les cultures céréalières. Ils y récoltaient les blés, le froment, l’avoine et l’orge comme l’attestaient les fondations de rente en nature à verser au trésor de l’église dans le cartulaire. La majorité des versements se faisaient en froment à la Saint-Michel après l’été, une fois les récoltes engrangées.
L’avoine, avaine ou avène, fut mentionnée plusieurs fois dans quelques actes, comme cette rente « deux reys et demi d’avayne » dus en 1504 par les mariés Guillaume Bauquet fils Jehan et sa femme Jacquemine assise sur des terres proches du Rouge Douyt (ft 95). En 1463 « … cette rente que ledit Thomas Cauvelande (bourgeois de Saint-Lô) dis avoir et prendre par chacun an quatre bouisseaulx et demy de froment et ungt bouissel d’avoyne sur Jehan Moisson » (ft 48).
En 1514 selon cet acte, « Jehan Jouan se portant pour Jacques (son frère), donnent et aumônent pour les prêtres et clercs six boisseaux de froment, mesure de Moon, et un mectent d’avoine, mesure de Saint-Lô et une gueline pour la messe Nostre Dame, à prendre sur les hoirs (héritiers) de Thomas le Vétier, de Moon, sur des héritages assis à Moon, une maison nommée grange et jardin en Hamel du Rouge Douyt, butant à l’eau d’Elle » (ft 101).
L’orge fut mentionnée une fois dans un acte de 1411, Raoul du Rachiney de Moon vendait à Robert Basley le Jeune, prêtre, de Moon, « une rente de 2 boisseaux d’orge à la Saint-Michel, mesure de Moon, à prendre sur Perrin Lefèvre dit Petit, … en la Gondonnerie, jouxtant le quemin de Moon au moulin d’Auvers… » (ft 66).
Les volumes se mesuraient en boisseaux, mectents ou reys. Si le mectent pouvait valoir 25 litres (Villand), le rey ou ray signifiait une mesure à ras bord.

Le boisseau de froment est difficile à évaluer car sa contenance varie localement, la mesure de Moon, la mesure d’Airel (ft 43), la mesure de Bayeux ( ft 19), la mesure de Saint-Lô (ft 26)…
Une estimation à 31 litres le boisseau de froment peut être retenue à Moon, assez proche de celle de Cerisy-la-Forêt (32.8 litres soit 18 pots) et de celle de Bayeux (28.88 litres soit 16 pots).
(la table des comparaisons avec le système métrique en Manche ((table du préfet 1834), histothèque Jean-Vitel).
Boisseau du Cotentin (région de Bricquebec) GL
A la fin du Moyen-Age, l’assolement triennal rythmait le calendrier des travaux agricoles. La première année, le blé d’hiver était semé, soit le froment, la seconde année le blé de printemps, avoine ou orge, au cycle plus court, était cultivé et la troisième année, la terre laissée en jachère se reposait.
Prés et herbages
L’image d’un bocage normand converti aux près et herbages et dédié à l’élevage laitier, ne se développa qu’au cours du XIXe siècle. Le mot herbage n’a jamais été rencontré dans le cartulaire de Moon. Si le terme de pré est connu, ils restent peu nombreux.
- le Prey Bouillon proche du Hamel de la Guelle, dont la rente fut vendue par Robert Guelle en 1474 (ft 84).
- Le Pray es Clers proche de la Foucherie et de l’eau, 2 prés baillés à Marguerin Alain en 1448 (ft 14).
- Le Pray Le Roy proche de la Foucherie en 1448 (ft 111 et 14).
- Un pré avec bout de maison à Perrin Lefèvre en1411, en la Gondonnerie (ft 66).
- Un pré, d’une demie vergie à Raoulet Le Harivel, qu’il baille à son frère Jehan (ft 91).
Nous avons vu que quelques rares champs étaient exploités en prés, comme Le camp Butet, situé près du Clos Meslier par Gabriel Groult en 1480 (ft 25).
Le cultivé et l’inculte

Peut-être faudrait-il nuancer la séparation entre le cultivé et l’inculte.
Les bois et landes de la Fautelaye ou les landes de Moon,
les fonds de vallée ou du marais aux abords de l’Elle et du Rieu
s’ouvraient au pacage des animaux.
Sur le cadastre Napoléon du début du XIXe siècle, de nombreuses parcelles portent le nom de pièces à vignes, entendues comme vignots.
Les jannières, espaces conquis par les ajoncs, se prêtaient à un système agraire extensif, complémentaire du système cultivé, où les animaux, comme moutons, bovins, pouvaient y divaguer et pâturer.
Une des parcelles à la Fotelaie est dénommée la pâture de la Fotelaie.

Avec la Révolution française de 1789, la commune de Moon est devenue propriétaire des landes de Moon, qui s’étendaient du village de La Lande sur Moon à la commune de Saint-Clair. Les quatre parcelles cadastrées B 181 à 184 en 1813, dites les pièces des Landes au levant et au couchant, occupaient une surface de 7 ha 30. Ces landes avant la Révolution française étaient des biens communaux collectifs, ouverts à la pâture des animaux des habitants de la paroisse de Moon.
Face à ces espaces collectifs largement ouverts, les terres ensemencées devaient être protégées des bestiaux qui vaquaient. L’espace privé était largement enclos, entouré de fossés et de haies.

Seule la haie étanche arrêtait l’animal.
Les limites des parcelles privées étaient marquées par des bornes appelées « mercs et devises ».
En 1408, Colin Esmalles baillait en fief à Robin Goullet une maison avec jardins et terres, proches du village de Moon, dont une terre d’une acre « assise entre deux devises » (ft 82).
Selon les coutumes (codification des coutumes de la Manche) les bornes de division, en pierre de section carrée, étaient posées avec des morceaux de charbon de bois ou de poterie sur les côtés pour témoins.
Les propriétaires veillaient à ce que l’entretien de ces divisions soit assuré. En1459, Denis Lecanu avait baillé en fief à Girot Levieul, le bout de deux sillons de terre, l’un en fief Duhommet, l’autre en fief la prébende. Ce dernier sillon butait au bout « … audit Denis, par les mers mis par entreulx ». Dans ce bail, Denis Lecanu donnait « … accord que le fossey que a fait ledit Girot au dessoulx dudit bail, ayt son repayre, ainsy que fossey doit avoir raisonnablement… » (ft 89). Ce fossé fait par Girot au-dessous du sillon baillé par Lecanu devait être raisonnable et avoir son repare, soit une bande de terre au pied du talus planté.
La largeur de la repare était de 33 cm selon les coutumes dans la région de Torigni, baillage dont relevait Moon. La repare (repayre, repaire) servait à réparer la masse de terre du talus pour éviter les éboulements qui survenaient avec le temps.
La division d’une parcelle s’accompagnait souvent d’une obligation de clôture. Jehan Bailleul et sa femme Colecte, deux jeunes mariés, avait pris en fief en avril 1504, de Denis Leconte par bail, une moitié de pièce de terre en clos, appelée la Croulte Thomasset. « … Ladite portion, à travers ladite pièce et en haut dicelle … et par les mers mis … » devait être clôturée. « … Les mariés n’entreront qu’à la Saint-Michel prochain et feront un fossey par moitié entre ladite fieffe et la portion de Denis pour Noël prochain… » (ft 95). Le « fossé » est entendu comme un talus planté. Il comportait un creux et une repare (voir coutumes).
En 1431 Henri Delamare avait échangé une portion d’un jardin nommé le jardin à la Rue, du jardin nommé la Vergie au coustour, avec une canchière de Marguerin Lemoigne, située au bout du champ de l’Aumosne,entre le « … gardin nommé la Vergie au coustour, jouxtant ledit Henry, empar (délimité par) les mercs et devises par entreulx mis… » et la portion du jardin échangés, « …ledit Moigne sera tenu clorer… » (ft 19).
Hameaux et chemins à Moon, un territoire organisé
Un habitat dispersé en hameaux
L’habitat était dispersé en hameaux au sein de la paroisse au milieu des parcelles agricoles. Le hamel de la Foucherie, le hamel de la Guellerie, le hamel du Rouge Douyt (le Rouge Douai), le hamel de la Planque (la Planche), …, sont autant d’appellations trouvées dans le cartulaire. Le centre de la paroisse était le village de la Rue de Moon.
Généralement, l’habitation consistait en une maison, une court, un jardin, objet des soins du paysan pour la production de légumes destinés à son alimentation. En 1457 Colin Lausnay résidait sur « une maison menable (allongée) avecques le gardin etcourt à ce, et assis audit lieu en la fieufferme de Moon … » (ft 72).
La masure désignait en ancien français la maison avec les terres qui en dépendent. En 1479 « Jehan Ledot et Denis Cauvelande trésoriers du trésor en l’église de Moon baillent en fief à Richart Gisle dudit lieu, une masure avecques la court … près la Croix du carrefour de la Rue de Moon… «, pour 3 sous de rente par an à la Saint-Michel (ft 26).
Des pièces de terre closes proches de la maison et des jardins constituaient une petite exploitation agricole. En 1391 Raoul Rignon baille par échange une rente de 2 boisseaux de froment St-Michel pour « ung mesnage (maison) et le gardin, à ce appartenant et avecques ung sillon de terre sur ledit gardin, assis illec et ledit Colin (Esmalles) et ses hoirs par retour il devoit audit Raoul et à ses héritiers ung reiz d’avène de rente à la Saint-Michiel en septembre … assis sur 1 pièce de terre à St-Clair… » (ft 56).
Le village- centre de la Rue de Moon au XVe siècle
Il est cité une dizaine de fois dans le cartulaire. Situé au franchissement de l’Elle, ce village, centre de la paroisse, s’étirait sur le flanc nord de la vallée de l’Elle le long du chemin Saint-Lô – Moon – Isigny.
Son site était un gué sur l’Elle mais aussi un carrefour, « la Croix du carrefour de la Rue de Moon » (ft 26), entre « le chemin du pont de Moon à Saint-Lô », les chemins de Cerisy, Airel-Isigny. Il était écrit en 1477 (ft 22), que le chemin passait « par le moulin de Moon vers le pont de Moon »., ce qui prouverait que le franchissement de l’Elle était assuré par un pont et non par un gué.

Des « Masures et gardins » occupaient ce lieu entre l’eau de l’Elle et les flancs du côteau
La rue Cantelou était un chemin creux, qui partait entre les deux maisons, et remontait vers le chemin du Taillis de la Fautelaye, ce qui expliquerait son nom, le chant du loup avec les hurlements.
De ce village partait (vers le fond sur la gauche) le chemin du Rouge Douyt qui longeait la vallée, vers l’aval.
Face à cette maison, le village abritait le moulin de Moon.
Le moulin seigneurial relevait au début du XVe siècle du chanoine du chapitre de la cathédrale de Bayeux ft 82).
en amont de la maison, le chemin du Rachinay partait de la Croix et du moulin.

Le village faisait face à l’église de Moon qui se dressait sur le versant sud.
La paroisse de Moon dépendait de l’évêché de Bayeux. C’était une cure à trois portions dont la plus petite, la prébende, était sous le patronage du chanoine. Me Robert Basley, prêtre curé de la prébende au milieu du XVe siècle tenait une rente du moulin de Moon (ft 65).

A l’époque du cartulaire, dans les années 1470, quelques personnes qui vivaient au village de la Rue de Moon ont pu être identifiés.
Quelques habitants au village la Rue de Moon au XVe siècle
Richart Gisle baillait en fief de la prébende une masure et une court, contre une rente de trois sous qu’il versait au trésor à la Saint-Michel, chaque année. « Une masure près de la Croix du carrefour de la Rue de Moon » (ft 26).
Denis Lefèvre dit le Vétier baillait en fief une portion de terre avec masures dessus contre une rente de 2 sous 6 deniers tournois à verser au trésor à la St-Michel chaque année. « Une rente assise sur une portion de terre avec masures, près le moulin de Moon, jouxtant Denis Lefèvre dit le Vétier d’un costé, et d’un but et autre costé Guillaume Meslier » ( ft 22).
Perrin et Lixot dis de Baupteiz frères, baillent en fieu à Jehan Lepaulmier (en 1463), « … sept pièces de terre pour trente sous tournois de rente à la Saint-Michel que Jean Lepaumier paiera aux prêtres, clercs et trésor de Moon … dont la première un gardin, ladite masure dedans, jouxtant l’eau d’Elle et le chemin tendant de la Rue de Moon au moulin des costés, la seconde nommée la Rivière jouxtant ladite eau d’un costé et d’un but et d’aultre costé Raoul Le Vétier et Denis Lecanu (ft 83).
Henry Delamare payait en 1431 « une rente de 2 boisseaux de froment, mesure de Bayeux, chaque an à la St-Michel au trésor de Moon, à cause du jardin nommé la Vergie au coustour » (ft 19). En 1476 cette rente était à prendre sur Guillaume Lecarpentier et Raoulet Le Harivel. Le coustour était le sacristain de l’église.
Tout un réseau de chemins reliait les hameaux de Moon et desservait les clos.

Des chemins partaient du centre du village de Moon
-la Rue de Moon au Rouge Douyt (ft 95),
-La Rue de Moon au Rachinay (ft 83), le chemin allant du moulin de Moon au Rachiney (ft 82).
-Le chemin de Moon au moulin d’Auvers (ft 66).
-Le chemin tendant de Moon à la Lande (ft7).
Le chemin des Foucheries tendant à l’église de Moon (ft 62).

Des chemins reliaient les hameaux au nord de la paroisse de Moon

-Le chemin de la Guellerie (ft 111).
-Le chemin du Rouge Douyt à la Croix Solenge (ft 101).
-Le chemin de la Sansonnière à Caperdu (ft 16).
Des chemins reliaient les hameaux au sud de la paroisse de Moon
-Le chemin du Quesnay au Mont Pellay (aujourd’hui le Mont-Sauvage) (ft 10).
-Le chemin des Querrières (des carrières), proche de la delle de Panpelune (ft 20).
Des chemins aux noms évocateurs
-Le chemin de la maison au Goupil (le renard) aux Landes de Moon (ft 108).
-La rue Cantelou (le chant du loup), non loin du moulin de Moon (ft 22).
-Le chemin de Panpelune (ft 42), chemin des pèlerins en route vers les chemins de Saint-Jacques de Compostelle.
-Le chemin de l’église de Moon au Hamel es Anglois en 1483 (ft 87), référence aux Anglais et à la guerre de Cent-Ans. Il existait aussi un hamel de la Gondonnerie (les Godons étaient les Anglais).
-Le chemin de Moon à la commune d’Airel (ft 59) et le chemin du Quesne en larrons sur Airel en 1433 (ft 59), une référence à un grand chêne où étaient pendus les brigands ?
Statue de Saint-Jacques, église de Moon-sur-Elle, pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle (GL)

Des chemins assuraient la liaison entre Moon et les paroisses voisines

-« Le quemin de Saint-Clair » (ft71), non loin du dellage du Perray
-Le chemin de l’église de Moon à l’église d’Airel (ft 98.,
-« Le chemin de la Cepelle » (ft 14) non loin de la Guellerie, renvoyait à la Chapelle de Sainte-Marguerite d’Elle.
Le chemin du Pont de la Pierre à Saint-Clair (GL)
Le grand chemin de Saint-Lô à Isigny et la mer
-C’était « le chemin de Saint-Lô » (ft 63) à Moon. Il passait par Le Mesnil-Rouxelin, Villiers-Fossard, et arrivait sur Moon par » le chemin de Panpelune » (ft 42), proche de la Chapelle du Mesnil-Vitey pour tendre vers l’Eglise de Moon. Puis il traversait l’Elle au village de la Rue de Moon, pour rejoindre la mer et Isigny par la bordure occidentale du Bessin, avec le « chemin de Moon à Airel » (ft 104) et « la voie de Nully (Neuilly) à la court et Audrieux (sur Airel »)(ft 10.
Ce grand chemin de Saint-Lô après avoir franchi l’Elle à Moon, bifurquait également vers Cerisy. «Le quemin de Cherisy » (ft 66) remontait la vallée de l’Elle, pour filer vers l’abbaye de Cerisy ainsi que vers Bayeux.
Il était écrit en 1477 (ft 22), que le chemin passait par le moulin de Moon vers le pont de Moon. Le chemin de Saint-Lô devait franchir l’Elle par un pont, en bois, et non à gué, au XVe siècle. D’ailleurs existait, légèrement en amont, un autre franchissement de l’Elle, le chemin de la Planque (la Planche).


Nous vous invitons à suivre ces chemins à la découverte de la société et de la vie des paroissiens de Moon de la fin du Moyen-Age, en 1477, à travers lecartulaire de Moon, cela dans un autre article « vie et société d’une paroisse rurale ».
Gilbert Lieurey
- Le paysage de l’historien, Annie Antoine, Presses Universitaires de Rennes 2000.
- B.M.S paroisse de Moon-sur-Elle, registre 1700-31, page 96, 5 MI 1537 Archives départementales de la Manche numérisées.
- Manuscrit le livre rouge de l’évêché de Bayeux, T.2, pages.229-230, Anquetil 1910.
- Chartrier du Mesnil-Vitey, Gaston Du Boscq de Beaumont.
- Le paysage de l’historien, Antoine Annie, Presses Universitaires de Rennes, 2000.
- Fernand Lechanteur Annales de Normandie, décembre 1951.
- Les mots de l’agronomie, dictionnaire, Pierre Morlon.
- Fernand Lechanteur, Annales de Normandie, année 1959, p.17-19.
- Le cartulaire de Moon avec les numéros de feuillet (ft 82 par exemple), Archives du département de la Manche numérisées, et l’analyse par Rémy Villand.
Annexes :
Feuillet 82 (pages 104 et 105 ADM) du 11 mai 1408
Colin Esmalles l’aîné, de Moon, baille en fief à Robin Goulet de Moon, une maison avec les héritages, dont plusieurs pièces de terre situées à proximité de la Rue de Moon et du moulin seigneurial, appartenant de Moon appartenant au chanoine de la cathédrale de Bayeux, patron de la prébende de Moon.
« Enssuit l’extrait de l’acquisicion desdits quarante-cinq soulz
Donne par extrait de registre, le 11e jour de may l’an 1408, devant Jehan Cauvelande tabellion en la sergenterie de Saint Cler, Colin Esmalles l’anisné de la parroisse de Moon baille en fieu affin de héritage à Robin Goulet de la dite parroisse, c’est à savoir une maison avecques les héritages que eussent, assis en ladite parroisse, premièrement la maison avecques les gardins tant d’une part de la Rue d’Elle que de l’aultre sy comme, et Item une porcion de terre assise entre le moulin de Moon appartenant au chanoine et ladite maison, jouxtant la dite eau d’Elle d’une part et le chemin le Roy d’autre, Item une vergie de terre /8 environ, assise entre les chemins jouxtant Lucas Colecte d’une part et le chemin tendant de Moon au Rachiney d’aultre, Item une pièce de terre sy comme est porporté jusque à la devise, jouxtant le chemin de Cerisy d’une part et d’autre à ladite devise, bute au camp Boschier, Item une acre de terre environ assise entre deux devises, bute sur le camp Boschier, Item une pièce de terre contenant demye acre et demye vergie environ, jouxtant Robin Lebarbier d’une part et Guillaume Goullet le Jeune d’aultre, bute à la Rue Cantelou, Item une pièce de terre contenant une vergie environ, assise sur le gardin audit Guillaume Goullet, bute au chemin allant du moulin de Moon au Rachiney, Item le Long Sillon et une canchière le chacune passée par my, jouxtant Guillaume Lecousturier à cause de sa femme d’une part et Guillaume Goulet l’anisné d’aultre, bute au chemin de Cerisy d’un bout, par faisant en pour toutes, par chacun an, à deux termes égaulx le premier à la Saint Michiel, et l’aultre à Noël, et promist ledit bailleur garantir,
/20 et fournir par les rentes et services, qui deubz en sont aux chiers ? seigneurie ? et par six bouisseaulx /21 de fourment allant à Jaquete, fille autertre ?, présents Raoul Boulenc et Jouhan Rignon. /22 Cest présent extrait a este fait et signé par moy, Denis Cauvelande, tabellion en /23 ladite sergenterie, à ce auctorisy par ustice après le trespas dudit deffunct Jehan Cauvelande ».
Collacion faicte D.Cauvelande (paraphe)
Feuillet 22 (page 49 ADM) du 11 juillet 1477
Le trésor baille en fief à Denis Lefèvre dit le Vétier, une portion de terre avec masures dessus, contre 1 rente de 2 sous 6 deniers tournois par an à la Saint-Michel. Cette rente est assise sur une portion de terre avec masures, près du moulin de Moon, jouxtant Denis Lefèvre dit le Vétier d’un côté, et d’un but et de l’autre côté Guillaume Meslier, bute d’autre but au chemin passant par après ledit moulin tendant au pont de Moon.
« De deux soulz six deniers tournois de rente sur Denis Lefèvre dit le Vétier
Donne par extrait de registre le xje jour de juillet 1477, devant Jehan Cauvelande et Jehan Bauquet, tabellions en la sergenterie de Saint Cler, Denis Cauvelande et Jehan Ledot, trésoriers dudit trésor de l’église de Moon baillent en fieu, affin à Denis Lefèvre dit le Vétier dudit lieu de Moon, une porcion de terre uncs masures dessus estantes assises audit lieu, près le moulin de Moon, jouxtant ledit preneur d’un costé et d’un but et d’autre costé Guillaume Meslier aiant le droit des Bouchart, bute d’autre but au chemin passant par après ledit moulin tendant au pont de Moon, fait par deux soulz six deniers tournois de rente allant par chacun an audit trésor justice, et tant sur le dit bail que sur ses aultres héritages assis illecy, (ladite porcion barrée) jouxtant Jehan Goullet et la Rue Cantelou des costés, bute audit chemin d’un but et sur chemin partie et sur laquelle porcion de terre, lesdits trésoriers disent, ledit trésor avoit droit de prendre chacun an, ungt bouissel de fourment et ledit (Le)dot en son nom deux soulz tournois le tout de rente, donc ladit porcion de terre demeure quite et deschargée,affin de héritage, gairder et acquictier de toutes rentes, et aultes choses quelscongs par lesdits deux soulz six deniers tournois de rente, et par le porport, et suict de fieu, qui deu en est, passer la main dudit preneur, pour tous acquits et ne paiera ledit preneur aucune chose de ladite rente, jusques à de la Saint Michiel prouchain, vente en un an. Tesmoins Richart Gisles et Guillaume Vyart ».
J Cauvelande (paraphe)
Feuillet 26 (page 52 ADM) du 23 août 1479
Le trésor baille en fief à Richart Gisle une masure et une court à Richart Gisle pour 3 sous de rente par an à la St-Michel. Une masure près de la Croix du carrefour de la Rue de Moon, jouxtant les hoirs de Jehan Lepaumier, et le chemin passant devant la Croix tendant à l’église pour les côtés, et pour les buts l’eau de l’Elle et le chemin tendant de la Croix de Moon au moulin de Moon. Fieffé en la seigneurie de la prébende.
« Donne par extrait de registre le xxiije (23) jour d’aoust mil iiiict lxxix (1479) devant Jehan Bauquet et Jehan Cauvelande tabellions en la sergeantrie du Hommet, Jehan Ledot et Denis Cauvelande trésoriers du trésor en l’église de Moon baillent en fief afin de à Richart Gisle dudit lieu, unce masure avecques la court et appartenus dicelles illec près la Croix du carrefour de la Rue de Moon jouxtant les hoirs ou (ayan…) de feu Jehan Lepaulmier d’un costé et d’aultre costé le chemin passant par devant la Croix tendant à l’église dudit lieu, bute d’un but à l’eau d’Elle et d’aultre but un chemin tendant de la dite Croix au moulin de Moon, par trois soulz tournois de rente par chacun an au trésor de ladite église au terme Saint Michiel, justicier et garantir et acquictier par tant et par les rentes pourports et suicte de fief qui (d…) en sont à la seigneurie de la prébende passant main (d’un.s…) pour tout acquit et à ladite garantie lesdits trésoriers obligèrent ladite rente seullement, et par ce moien fieffe demoure quicte et deschargée afin de ung boissel de fourment de rente que ledit trésor avoit droit sur lesdites maisures en partie (dicel…) et aussy de 2 solz de rente que ledit (Le)Dot y avoit à prendre à raison de (t…) heritanges qui furent au coustur et du droit d’iceulx, tesmoings Guillaume Boullenc et Raoulin (…) , cest présent extraict a este fait et signé par nous tabellions desnommés, le quinzième jour de juillet l’an mil cinq centz … »
Collacion faicte J Cauvelande (paraphe)
Feuillet 89 (page 112 ADM) du 19 février 1458 (1459)
Denis Lecanu, de Moon, baille à Girot Levieul, de Moon, pour le prix de 22 deniers de rente à la St-Michel en septembre, le bout de 2 sillons de terre près du Clos dudit Girot : l’un en fieu Duhommet l’autre en la prébende jouxtant ledit Girot et but, l’autre côté aux héritiers Meslier et bute audit Denis par les mers mis par entre eux. Denis Lecanu est d’accord pour que le fossé, fait au-dessous par Girot Levieul, aie son repayre raisonnablement.
« Enssuit l’extrait de la creacion diceulx 22 deniers de rente à prendre sur ledit Girot Levieul.
Donne par extrait de registre, le 19e jour de feuvrier 1458, devant Jehan Cauvelande, tabellion en la sergenterie de Saint Cler, Denis Lecanu, de Moon, baille en fieu affin à Girot Levieul dudit lieu, le bout de deux sillons de terre comme et assis illec, en la co… du Clos dudit Girot, l’un en fieu Duhommet et l’aultre en la prébende, jouxtant ledit Girot du costé et du but, et d’aultre costé les héritiers Meslier, bute et but audit Denis, par les mers mis par entreulx, fait par vingt -deux deniers tournois de rente, allant prochain an audd…,7 au terme Saint Michiel en septembre, justicier et garantir et aquicter de toutes rentes et aultres choses quelscongs, par tant pour tous acquis. Et par cest présent bail, ledit Denis fut d’accord que le fossey que a fait ledit Girot au dessoulx dudit bail, ayt son repayre, ainsy que fossey doit avoir raisonnablement. Tesmoings Guieffroy Lelesant et Perrin de Baupteys. Cest présent extrait a este fait et signé par moy, Denis Cauvelande, à ce auctorisy par justice, après le trespas dudit tabellion ».Collacion faicte D.Cauvelande (paraphe)
