Le cartulaire de Moon : vie et société d’une paroisse rurale en 1477
La lecture des actes consignés dans le cartulaire de Moon commandé en 1476 par Denis Cauvelande et Jehan Bauquet, pour le trésor de l’église de Moon, peut-elle nous aider à restituer quelques moments de la vie des habitants de la paroisse de Moon ? Nous vous invitons à parcourir les chemins de Moon et découvrir ces paroissiens de Moon de 1477.
La paix retrouvée et le cartulaire de Moon
L’écriture du cartulaire commandée en 1476
En cette fin d’hiver de 1476-77, Denis Cauvelande, le seigneur de Moon, en la partie du fief du Hommet, décida de se rendre au presbytère et d’y rencontrer Colin Activelles. Un an plus tôt, il avait commandé la réalisation du cartulaire de Moon.
Poussant la porte d’entrée, il se dirigea vers la pièce où Colin Activelles, penché sur son écritoire, recopiait un parchemin pour le cartulaire du trésor de la paroisse de Moon. Colin Activelles exerçait par ailleurs une charge d’adjoint de Guillaume Maresc, tabellion à Saint-Lô (ft 84). Il s’activait à ce travail de copiste depuis près d’un an.


Cartulaire de Moon à droite (« Cy enssuit par abrégié la desclaration des rentes appartenantes aux prestres, clercs et trésor de l’église Notre-Dame de Moon à cause de la messe Notre-Dame, qui sont par après plus à plain (table) desclérés : premièrement … »).
La paix retrouvée
La paroisse avait connu des temps difficiles en ce XVe siècle avec la guerre de Cent ans. Lors de l’occupation anglaise de 1418 à 1450, le fief du Mesnil-Vitey, situé sur la paroisse, avait été confisqué et attribué à un capitaine anglais. En 1450, la bataille de Formigny, engagée à moins d’une vingtaine de kilomètres de Moon, vit la défaite des « godons » et la fin de l’occupation.
Cependant la volonté des grands seigneurs de s’affranchir de l’autorité du roi de France, Louis XI, conduisit à de nouveaux troubles dans les années 1460. La défaite du duc de Bretagne en 1468 mit fin aux exactions des troupes bretonnes, commises en 1467-68.
Avec la fin des ravages de ces conflits, une époque de reconstruction put enfin s’engager. L’évêque de Bayeux fit réaliser à partir d’octobre 1477, la reconstruction de la tour centrale de la cathédrale de Bayeux. Plusieurs abbayes locales avaient fait mettre par écrit des registres de propriété, pour réorganiser l’administration de leurs terres (1). Dans la paroisse de Moon, le cartulaire de Moon pour le compte du trésor de l’église de Moon, fut rédigé dans ce contexte, en 1476-77.
La copie des actes de donation faîtes au trésor de l’église de Moon
Le temps de la paix retrouvé, Denis Cauvelande, tabellion, trésorier de la fabrique de l’église de Moon, et Jehan Bauquet, tabellion du roi à Saint-Clair, furent à l’initiative de la rédaction d’un cartulaire recensant toutes les donations qui avaient été faites à l’église de Moon. De sa plume d’oie, Colin Activelles s’appliqua en 1476 et 1477 à recopier tous ces actes. « Il leur cousta de bons deniers, mais le livre bien leur plaisoit ».

En l’an mil cccc sexante
Saize et dix sept, tout certain fist faire Denis Cauvelande cest livre a ung escripvain et, alors, signé de sa main fut ; car, pour lors tabellion de Saint Cler estoit, pour certain, et Jehan Bauquet son compaignon. Colin Activelles oult nom c’il qui l’escrit bien vollentiers. Et fut fait par l’oppinion des prestres, clers et tresoriers. Il leur cousta de bons deniers, mais le livre bien leur plaisoit, parquoy ils en estoient plus fiers ;et dudit coust moins leur challoit (importait).
Poème copié par Colin Activelles, en tête du cartulaire (2)
Ce 18 mars 1476 (1477), Colin Activelles achevait la copie d’un vieux parchemin daté du 16 novembre 1401. Guillaume Agoullant aumônait 2 sous et une gueline, chaque an, aux prêtres et clercs pour la célébration annuelle d’une messe et d’un requiem le mardi suivant la Sainte-Catherine en souvenir de sa femme Perrotte.Cette rente était « à avoir par la main de Henri de Monsannage », elle était « assise sur 3 vergies de terre à Moon en Camp au Goupil qui bute au quemin de St-Clair » (ft67) (3). En 1476, Me Mathieu Boulenc, prêtre curé en la paroisse de Moon, payait cette rente.
Le vin de Pâques
On frappa à la porte. C’était le prêtre curé de la grande portion de la paroisse de Moon, Maître Robert Sanson, qui souhaitait arrêter avec Denis Cauvelande les derniers préparatifs religieux des fêtes pascales du 6 avril qui ouvrait l’année 1477. La question portait sur le cérémonial de la distribution du vin, une tradition que les Cauvelande avaient instituée en 1402. « Jouhan Cauvelande de Notre-Dame de Saint-Lô donne et omosne à ces parroissiens de Moon, cinq soulz tournois de rente, pour avoir du vin le jour de Pasques et assemblés en diz parroisse et habitants, après ce que eulx auront reçu le sacrement de saincte église au jour de Pasques, à chacun par igal porcion, an petit peu, an grant, le vin chaulte par la main dudit trésorier » (ft 6).


Eglise et croix du cimetière de Moon-sur-Elle
Les Cauvelande étaient une famille aisée de la bourgeoisie saint-loise à la fin du XIVe siècle. Jehan, tabellion du roi, membre de cette famille, résidait à Moon au début du XVe siècle. Il fit cette donation en 1402. C’était renouer avec les premiers temps du christianisme. Le septième jour, les premiers chrétiens se retrouvaient en assemblée pour partager un repas, des agapes commémorant la Cène de Jésus. Jehan Cauvelande avait posé cette condition, que les participants à l’office aient communié.

Le cartulaire de Moon, les signatures de Denis Cauvelande initiateur du cartulaire (à gauche) et de Jehan Cauvelande (à droite), tabellions du roi (8 août 1477).
Au début du XVIe siècle, Jehan Cauvelande un cousin, descendant de la branche de Moon, neveu de Denis Cauvelande, perpétua cette tradition du vin de Pâques, mais aussi celle du pain béni en aumônant 18 sous et 4 boisseaux de froment en 1516. Quelques années auparavant en 1504, il avait aumôné 5 boisseaux de froment pour conforter la tradition du pain béni distribué à Pâques, initiée en 1465 par Laurent Delalande dit Fauconnet pour le prix d’une rente annuelle de 3 boisseaux de froment.
Les Cauvelande de Moon occupaient la charge royale de tabellion pour la sergenterie de Saint-Clair, une charge transmise de père en fils. L’ascension sociale des Cauvelande fut couronnée par le titre de seigneur de Moon attribué à Denis Cauvelande dans les années 1470, sans être anobli. Seigneur en partie de Moon, la paroisse relevait pour partie du fief du Hommet.
La paroisse de Moon desservie par trois curés.
La paroisse était partagée en 3 cures, dites les 3 portions.
- La grande portion relevait du fief Hommet.
- La moyenne portion, la cure du Fieu le Roy, était desservie par Richard Lorence, prêtre et fermier de la cure en 1477 (ft 78). Elle disparut à la fin du XVIe siècle, rattachée à la grande portion.
- La petite portion, appelée la prébende, avait pour patron un chanoine du chapitre de la cathédrale de Bayeux. Le moulin seigneurial de Moon, en ce XVe siècle appartenait au chanoine de Bayeux. Le chanoine touchait les revenus du fief de la prébende mais ne résidait pas à Moon. Pour desservir l’église, célébrer les messes et délivrer les sacrements, Il nommait un curé qui ne percevait qu’une faible portion des revenus de la cure. « Maistre Robert Sansson, prestre fermier desservait ladite église pour les cures et bénéfices du Hommet et de la prébende « en 1477 (ft 78).
Presbytère de Moon-sur-Elle, XVIIIe siècle abritant la cure de la grande et moyenne portion regroupées et la cure de la petite portion, dite la prébende.

Printemps 1477 et le trésor de l’église de Moon
Printemps 1477, la rédaction du cartulaire du trésor de l’église de Moon était bien avancée. Denis Cauvelande seigneur de Moon et trésorier de la fabrique de l’église de Moon souhaitait faire un bilan de cette première année. Avec Jehan Ledot, autre trésorier, il fit convoquer le conseil du trésor de l’église de Moon.
Le conseil du trésor de l’église de Moon
Le dimanche 13 mai 1477, ce conseil constitué des petits notables de la paroisse, la plupart issue de vieilles familles de Moon, se réunit. Jehan Aubret, Robin Castel, Colin Ducastel, Jehan Duquesnay, Jehan Durant, Henry Esnault, Jehan Fouchier, Henry Groult, Denis Lecanu (clerc), Guillaume Lecarpentier, Robin Lecoqu et Guillaume Vyart écoutèrent les deux trésoriers Denis Cauvelande et Jehan Ledot (ft 21).
Jehan Ledot, trésorier et clerc, expliqua qu’avec la création de ce cartulaire, près de 80 actes de donations avaient été répertoriés et copiés en partie. Dès mars 1476, une trentaine d’actes extraits de registres, avaient été retranscrits par Colin Activelles et certifiés « soubs les signes de Denis Cauvelande et Jehan Bauquet, tabellions en la sergenterie de Saint-Cler, le dix-huitème jour de mars l’an mil quatre cent soixante saize » (ft 6).
Si des actes avaient été conservés, beaucoup s’étaient trouvés dispersés, voire perdus, lors des troubles et conflits de cette période, comme cet acte de 1375 « Ces lectres qui aultreffoiz avoient este faictes, et lesquelles ont este perdues ou adirées (égarées) par fortune de guerre » (ft 84). Ces restitutions allaient permettre désormais trésor de l’église de Moon d’asseoir ses revenus.
Des contestations de rentes
Ce travail avait suscité la contestation de quelques paroissiens qui se refusaient à payer une rente oubliée depuis des années. Ces contestations contraignirent le trésor à aller porter l’affaire devant le tribunal de la haute-cour de justice de Montenay, le siège de Moon relevant du fief du Hommet. Au cours de l’année 1476, le conseil avait désigné Denis Cauvelande, trésorier, et Denis Lecanu, membre et clerc, comme procureurs pour défendre les intérêts des prêtres et clercs de l’église de Moon.

Château de la Rivière à St-Fromond (GL), la baronnie du Hommet passe à la famille de Montenay au XIVe siècle
Le tribunal de la haute-cour de justice de Montenay, avait été saisi contre Colin Ducastel, pourtant membre de ce conseil, qui refusait d’ « acqictier par chacun an … six soulz tournois de rente au terme Saint Michiel, à raison du don qui japieca leur en fut fait par deffunct Geuret de Clouey, pour avoir ung obit chacun an, en ladite église, et une messe en secret selon ce qu’il en est faicte mencion en viul messel de ladite église » (ft 84). Cette rente était assise sur une terre d’1/2 acre située à la Borderie sur le fief de Saint-Clair.
Le tribunal saisi, Denis Cauvelande et Denis Lecanu procureurs du trésor
Denis Lecanu prit la parole et annonça au conseil que Colin Ducastel avait perdu le procès. Il avait été mis en demeure de payer la rente ainsi que les arrérages. Colin Ducastel confirma au conseil qu’il se soumettait au verdict et que dans deux jours, un acte du 15 mai 1477, il allait reconnaitre qu’il tenait bien cette terre des prêtres et clercs de l’église de Moon.
Ce même jour, dans un autre acte, Thomas Lefèvre allait reconnaître qu’il devait 4 sous de rente aux prêtres et clercs de l’église de Moon pour l’obit de Clérisse et Colas Lefèvre, ses grands-parents. Clérisse avait fait cette donation de son vivant sur un sillon de terre sous le Clos nommé la vallée du Russeault. Le trésor obtint gain de cause après la « pourssuite faicte par lesdits procureurs de ladite rente, et plès de la haulte justice de Montenay à l’encontre dudit Thomas » (ft 84).
Tous les désaccords ne se terminaient pas devant un tribunal. Un bon accord était préférable à une longue procédure judiciaire. Il y a un peu plus d’un mois, Denis Cauvelande et Jehan Ledot, trésoriers s’étaient rendus chez Guillaume Guelle.
La visite chez Guillaume Guelle

Après avoir traversé la rivière Elle, puis le village dénommé la Rue de Moon, Denis Cauvelande et Denis Lecanu s’engagèrent sur le « quemin de Cherisy » en direction du village de la Guellerie, un hameau encore existant aujourd’hui. L’hiver finissait, l’épine noire se parait de multiples petites fleurs blanches, les primevères tapissaient les talus et les premières feuilles des noisetiers avaient poussé.


Le chemin de Cherisy entre la Guellerie et le village de Moon – vallée de l’Elle, la Guellerie à l’arrière-plan.
Dans les clos, le blé d’hiver était bien vert, vert comme l’herbe. Les paysans s’activaient dans les labours pour semer les blés de printemps, l’orge ou l’avoine. Arrivés à la Guellerie, toute la vallée de l’Elle, en contrebas, s’offrait à leur vue.
Guillaume Guelle les reçut et parla en son nom et au nom de ses frères Lucas et Richart. Héritiers de leur père Jehan, Ils estimaient que les rentes à verser étaient trop élevées. Ils ne les payaient plus au trésor. Ce don au trésor qui pesait sur les terres baillées par leur père, avait été fondé jadis par défunt Me Robert Delamare prêtre, pour les obits de Me Basley et Me Delamare, prêtres.
Les trésoriers avaient entendu les arguments et accepté de rabattre la rente à 15 sous annuels au lieu des 20 sous. Si le boisseau de froment restait maintenu, ils renoncèrent au paiement des derniers arrérages dus. Sur la seconde rente, ils ne cédèrent pas. Les 12 sous et 3 boisseaux de froment de rente seraient à verser au trésor annuellement à la St-Michel. L’accord conclu, les deux parties avaient accepté de signer l’acte dans les jours qui venaient, soit le mardi 8 avril 1477, après Pâques.
Le cidre une boisson, un art de vivre
Avant de se séparer, Guillaume Guelle invita les deux trésoriers à partager un verre de cidre. C’était une boisson qui commençait à se développer en Normandie. Elle avait été rapportée, disait-on, par les chevaliers normands partis combattre les Musulmans en Espagne, aux côtés des royaumes chrétiens du Nord.
Le cidre s’imposa au XVIe siècle, pour remplacer la bière, la cervoise. De nombreux travaux de greffage avaient permis de développer des espèces plus productives et adaptées à la Normandie. Le sire de Gouberville, un chatelain campagnard du Cotentin du milieu du XVIe siècle, expliquait dans son journal son travail de greffage, une activité qu’il considérait noble (4).

Pilaison à l’ancienne en Normandie (source Internet)
Dans la paroisse de Moon, la plantation de pommiers était attestée au XVe. En 1439, Jehenne Lefèvre baillait à son oncle Richard Lefèvre un jardin et ledit Richart sera tenu de « paier par chacun an, à la dite Jehenne, ung mectent de pommes amygot (5), la vie de ladite Jehenne durant … » (ft 75). Les pommes à migôt étaient des pommes de conserve, à murir pour l’hiver (6). En 1453 Jouenne veuve de Clément Bailleuil avait baillé à Jehan Vyart son beau-frère, les héritages de son père pour 28 sous et 2 boisseaux de pommes franches bonnes (ft 75).
Thomas Durand beau-frère de Denis Cauvelande
Cette même journée, ils poussèrent leur chemin jusqu’au village des Durand, situé près de la Guellerie, et empruntèrent le chemin qui descendait vers le moulin de Graffart (la Castellerie). Jehan Durand était le père de Thomas qui avait épousé la sœur de Denis Cauvelande, Jennyne en 1475 (ft 107).
Un mois plus tôt, le 4 avril 1477, Jehan Durant, membre du conseil du trésor (ft 21 et ft 83) avait reconnu le versement d’une rente de 3 boisseaux de froment à la Saint-Michel, un don fait jadis par Jouan et Raoul dit Rignon (ft 20). Jehan les reçut et leurs montra en direction du chemin du moulin Graffard, la portion de jardin sur laquelle pesait la rente.

Les ruines du moulin Graffard, la Castellerie
Jehan Durand leur désigna également la terre d’une acre appartenant à Richard Ducastel, située à côté de sa propriété et qui bordait le fief de Saint-Clair de l’autre côté, non loin du « quemin de Cherisy », un lieu appelé la Rignonnerie (ft 21). Richard Ducastel avait contesté la rente de 6 sous à verser au trésor de l’église de Moon. Le 4 avril dernier il avait dû s’incliner et reconnaître le paiement annuel de cette rente.
Fondations d’obits
Revenons à la réunion du conseil du trésor du dimanche 13 mai. Denis Cauvelande se félicitait que l’œuvre du cartulaire ait suscité en un an, une quinzaine de nouvelles donations. Lui-même annonça que, mercredi prochain, de ce mois de mai 1477, il allait confirmer la rente annuelle de 9 sous, 3 boisseaux de froment et d’une gueline qui avait été faite par son père Jehan Cauvelande de son vivant, une rente à prendre sur le fermage que versait Guillaume Guelle à Denis Cauvelande. Cette donation était destinée aux prêtres et clercs chargés de célébrer « une messe anote de requiem avec matines à 9 lichons en précédent de la messe le 15 octobre pour le salut de son âme et de ses amis » (ft 84).
L’angoisse de la damnation de son âme après la mort
D’ailleurs 5 autres membres de ce conseil avaient fondé des donations pour le trésor et les prêtres de l’église de Moon.
Les multiples désordres qui avaient affecté ce XVe siècle, guerre de Cent-Ans, exactions des troupes bretonnes en 1467-68 lors de la révolte des grands seigneurs, disettes et mortalités depuis la grande peste noire, avaient fortement éprouvé les populations. Ces fléaux étaient-ils l’expression de châtiments divins ?
L’angoisse de la mort et de l’Enfer favorisa ces mouvements de dévotion envers Dieu et les poussait à se tourner vers son intermédiaire, l’Eglise, afin d’être sauvé « pour le salut de son ame, desdits père, mère, parents, amis » (ft 53) et d’échapper aux flammes de l’enfer.


La messe Notre-Dame du dimanche matin
Après la guerre de Cent Ans, achevée il y a un quart de siècle en 1450, 27 paroissiens avaient fait une donation collective de rentes en juin 1464 pour célébrer la messe Notre-Dame, la sainte patronne de la paroisse, le dimanche matin et pour assurer aussi une messe du lundi matin, dite des trépassés (ft 40).
Mais trois ans après, en 1467-68, la région eut à subir à nouveau des pillages de l’armée bretonne, passée aux côtés de la révolte des grands seigneurs contre Louis XI.
La stabilité politique enfin revenue, les affaires du trésor de l’église pouvaient être mises en bon ordre, après une dizaine d’années de paix, par la rédaction de ce cartulaire en 1476-77.
55 foyers recensés à Moon en 1467
Après la guerre de Cent Ans, seulement 55 foyers avaient été recensés dans la paroisse de Moon, en 1467 (6).
220 à 275 habitants à Moon en 1467
Ce chiffre de 55 foyers représentait 220 à 275 habitants environ, si nous estimons que 4 à 5 personnes constituaient un feu (foyer).
37 foyers étaient soumis à l’impôt, le fouage, 12 foyers avaient été exonérés de fouage pour pauvreté. 6 privilégiés en étaient exemptés, soit Jacques de Creully noble, la Maison Creully était un lieu-dit de Moon appelé aujourd’hui les Tuileries, les prévôts du chanoine de Moon, du Hommet, du fief du Roy, de Montreuil et le meunier du chanoine de Moon (6).


A titre de comparaison, les paroisses voisines, Saint-Clair abritait 51 foyers en 1497, Airel 100 foyers en 1461, Cartigny 90 foyers en 1467 (6).
Qui étaient cette cinquantaine de familles dans la paroisse de Moon en 1477 ?
En nous appuyant sur les noms énoncés dans les actes du cartulaire, nous avons essayé de reconstituer en partie cette petite société rurale d’une cinquantaine de foyers à Moon, en cette seconde moitié du XVe siècle. A la lecture des noms de 1477 et des patronymes à la veille de la Révolution française de 1789 (en italique), nous constatons bien des permanences dans cette petite société rurale.
Un premier cercle avec les Cauvelande et Bauquet, tabellions du roi.
Au sommet de cette petite société les Cauvelande. Denis Cauvelande tabellion de Saint-Clair (ft 20) était le seigneur de Moon (ft 104) en la partie relevant du fief du Hommet. Denis Cauvelande n’était pas noble, seul Jacques de Creully fut recensé comme noble à Moon en 1467. Les de Creully étaient une famille noble de la paroisse de Saint-Clair.
Initiateur du cartulaire de Moon en 1476, Denis Cauvelande était le trésorier du trésor de l’église (ft 21) et fut désigné procureur en siège de Moon avec Denis Lecanu pour défendre les intérêts du trésor dans les procédures judiciaires (ft 83) lancées en 1477.
Dans les années 1490 et au début du XVIe siècle son fils Guillaume Cauvelande, tabellion royal, dut le suppléer dans les signatures des actes en raison d’une mauvaise vue en 1491 (ft 103), ou encore en 1514, (ft 101). La sœur de Denis Cauvelande, Jennyne, avait épousé Thomas Durand, fils Jehan en 1475 (ft 107).
Jehan Cauvelande, frère de Denis, également tabellion (ft 21) avait pour fils Jehan Cauvelande, tabellion royal, « niepin de Denis Cauvelande » (ft 101).
La famille Bauquet connaissait également une ascension sociale. Issu d’une famille d’avocats au début du XVe siècle (ft 58), Jehan Bauquet, tabellion royal de Saint-Clair (ft 93), accompagna Denis Cauvelande dans la commande du cartulaire de Moon en 1476. Il exerçait encore au début du XVIe siècle en son office royal de tabellion, en 1507 (ft 98).
Dans la première moitié du XVIe siècle, les frères Bauquet, Richard, curé de la grande portion de Moon en 1506 (ft 96), Robert (curé de Moon en 1519 (ft 105) et Guillaume, curé de Moon en 1519 figurent sur une plaque commémorative de la chapelle Sainte-Barbe de l’église de Moon, datant des années 1530.


On peut lire dans la chapelle Sainte-Barbe sur la plaque commémorative « Richard Robert Guill(aume) dictz Bauquet » (2ième ligne) « … prebtres curés ont … » (4ième ligne).
Guillaume et Thomas Bauquet, tabellions royaux de Saint-Clair, avaient acquis des Cauvelande, en 1521, la seigneurie de Moon, tenue du roi.
La chapelle Sainte-Barbe de l’église de Moon, est une chapelle seigneuriale attribuée aux Bauquet par de Gerville historien du XIXe siècle (7). Elle fut construite dans le pur style gothique flamboyant dominant des XVe et début XVIe siècle.
Pierre Bauquet fut anobli en 1577.
Un cercle de petits notables paroissiaux en 1477, présents au sein du conseil du trésor de l’église.
C’étaient des vieilles familles de Moon qui depuis le XIIe siècle avaient laissé leurs noms à des villages de Moon.

Des familles qui ont laissé leurs noms à des villages de Moon.
Castel Georget était un clerc, membre du conseil du trésor en 1477 (ft 78) tout comme Robin Castel (ft 21) marié à Colete, au moins depuis les années 1460 (ft 40).
Nous pouvons rapprocher de ce patronyme, la forme Ducastel. Richard Ducastel (ft 21) devait une rente au trésor sur une terres proche de la Rignonnerie et du chemin de Cerisy. Richard Ducastel exploitait une terre en Bas Travers de Sainte-Marguerite sur une pièce de terre en clos, proche du chemin tendant de l’église de Moon au « Hamel es Anglois ». Le village dans le fond de la vallée de l’Elle, proche du moulin Graffard porte le nom de la Castellerie.
Colin Ducastel membre du conseil du trésor (ft 21) était marié à Guillemine (ft 21 et 79) et avait pour fils Guillaume Castel (ft 94). Il contesta également une rente due au trésor de l’église. Refusant de la reconnaître il alla en procès devant la haute justice (ft 83). Guillaume Castel était également membre en 1477 du conseil du trésor (ft 83).

Village de la Castellerie et l’Elle (GL)
A proximité de la Castellerie, étaient les Durand qui laissèrent également leur nom à un village, le village de la Duranderie. Jehan Durand par son mariage avec Jennyne Cauvelande pouvait se prévaloir d’une certaine notabilité par ce lien avec Denis Cauvelande seigneur de Moon. Deux de ses fils s’installèrent à Saint-Lô. Thomas Durand clerc et membre du conseil du trésor en 1477 (ft 98), l’époux de Jennyne (ou Jehannyne) Cauvelande, sœur du seigneur de Moon, habita à Saint-Lô au moins au début des années 1480 (ft 25) et son frère Pierre Durand également natif de Moon y vécut au moins dans les années1490. Thomas, Pierre, Denis et Jehan Durand étaient les autres fils de Jehan (ft 87). Denis était clerc aidant aux célébrations des obits (ft 85).
Les Groult, vivaient à proximité du village actuel de la Planche. Ils baillaient des terres près de l’eau de l’Elle et du moulin d’Auvers (ft 78 et 107), et sur le côteau nord de l’Elle, le champ Butet (ft 85). Robin Groult avait un jardin près de l’eau de l’Elle et du bief du moulin d’Auvers (ft 107). En 1477, vivaient Gabrieul et Fleury Groult, clercs aidant aux célébrations des obits et membres du conseil du trésor (ft 22, ft 78, ft 93), tout comme Jehan Groult (ft 20) et Henri Groult (ft 21) tous les deux membres du conseil du trésor et clercs. La famille avait un de ses membres, prêtre, Martin Groult (ft 31).

Vallée de l’Elle et le moulin de la Planche (GL)
Surplombant le village de la Planche, le village de la Guellerie ou Hamel de la Guelle à l’époque (ft 84) était construit sur le flanc nord de la Vallée. Jehan Guelle, déjà décédé en 1477 (ft 78), avait pour fils Guillaume, Jehan, Lucas et Richart Guelle (ft 78). Guillaume Guelle entra au conseil du trésor de l’église en 1478 (ft 25) tout comme Denis Guelle (ft 93) qui officiait comme clerc aidant aux obits (ft 85, ft 93). Robert Guelle présent en 1477 (ft 84) avait vendu en 1474 des rentes assises au Hamel de la Guelle (ft 84).
A hauteur du village de la Planche, sur le versant sud de l‘Elle, se trouve le village de la Fèvrerie (orthographe du cadastre Napoléon). Les « Fèvre » (ft 17) étaient très nombreux dans la paroisse de Moon. Le cartulaire a précisé plusieurs fois leur métier, des métiers non liés aux paysans mais au monde des artisans : maçon, charpentier, couturier, fiselier.
Richard Lefèvre dit le Jeune (ft 22), membre du conseil du trésor en 1477 (ft 83), fils de Jéhan Lefèvre maçon avait pour oncle Richard Lefèvre dit l’Aîné (ft 22, ft 21). Richard Lefèvre dit le Jeune dut reconnaître en mai 1477 le paiement de la rente de 2 boisseaux de froment sur des terres au Hamel les Foucheries reçues en héritage (ft 22).
Au milieu du XVe siècle un Jehan Lefèvre, fils de Perrin,exerçait le métier de charpentier et avait pour frères Guillaume Lefèvre, Marguerin, Perrin (ft 44).


Thomas Lefèvre (ft 22), petit-fils de Colas et Clérisse Lefèvre, marié à Guillemette était fiselier (ft 74). Le fiselier ou fuselier fabriquait des fuseaux pour les fileuses. En 1478, en conflit avec le trésor de l’église, il était poursuivi devant le tribunal de Montenay (ft 83) et dut verser la rente annuelle de 4 sous créée par sa grand-mère Clérisse.
Un Jehan Lefèvre était couturier dans les années 1460.
Les confusions possibles entre les différentes familles Lefèvre expliquent les surnoms, Richard Lefèvre dit l’Aîné, Richard Lefèvre dit le Jeune, voire à une nouvelle branche les Lefèvre dit le Vétier, comme Denis Lefèvre dit le Vétier résidant près du moulin de Moon (ft 22).
Puis une autre branche ne porta plus que le surnom Le Vétier comme Lucas le Vétier en 1473. Le vétier était un fabricant ou vendeur de rubans et de galons (rubans décoratifs sur des vêtements). Lucas était le fils de Thomas Le Vétier, avait pour frères Robin, Colin, Guillaume marié à Thienote (ft 95), Denis (ft 101) et pour grand-père Denis Lefèvre dit le Vétier (ft 101) .
La forme Lefèvre put évoluer en Lefèbure (Lefèbvre) ou Lefeuvre. Richard Léfèbure ou parfois Lefeuvre était le fils de Jehan, père cousturier déjà décédé en 1477. Sa sœur Olyne avait épousé Richard Lorens (1477).
En aval du village de Moon, sur le côteau sud de la vallée le « Hamel de la Foucherie » (ft 81) est à rapprocher de la famille Fouchier ou Foucher. Jehan Fouchier était membre du conseil du trésor de l’église en 1477 (ft 21) et possédait « un mesnage », soit une maison ou un domaine rural, rue de la Foucherie (ft 89) au début des années 1480. Une famille notable de la paroisse puisque l’un des leurs, Me Jehan Fouchier, natif de Moon, avait officié comme prêtre curé de la grande portion de Moon en 1425 (ft 81).


Le nord de la paroisse, couvert de landes et bois, était peu habité. Parmi les rares familles établies, celle de Guieffroy et de Robin Gislot (ft 76), famille qui a laissé son nom au village de la Gisloterie.
Jehan Duquesnay membre du conseil du trésor (ft 21), Laurent Duquesnay (ft 21), Perrin Duquesnay (ft 31) étaient issus d’une vieille famille de Moon, qui a laissé le nom à un hameau, le village du Quesnay, au sud de la paroisse à proximité du fief du Mesnil-Vitey. Jehan et Perrin Duquesnay possédaient des terres en la delle de Pampelune à proximité de la chapelle du Mesnil-Vitey (ft 20).
Non loin, aux limites des Landes de Saint-Clair et Moon, était établi le hameau de l’Hôtel-Viard. Guillaume Vyart l’aîné, membre du conseil du trésor (ft 20) était marié à Thiénotte (ft 76). Pour le distinguer d’un autre Guillaume Vyart, ce dernier portait le surnom de Guillaume Vyart le Jeune (ft 18).
D’autres vieilles familles de Moon
Denis Lecanu, membre du trésor en 1477 (ft 21) clerc (ft 78) fut désigné en 1477 par le conseil comme procureur avec Denis Cauvelande trésorier pour défendre les intérêts du trésor devant la haute justice de Montenay face à des contestations de rentes (ft 83). Denis Lecanu était marié à Mariète, sœur d’Onfroy et de Jehan Lemonier de Cartigny (ft 89). Jehan Lecanu clerc (ft 22) et ses frères Guillaume et Fleury avaient aumôné une rente au trésor, au début des années 1480 (ft 89). Au début du XVIe siècle, un Fleury Lecanu était prêtre chapelain de la cure relevant du fief du roi (ft 91).
Jehan Ledot, fils de Michiel et Rogière Ledot (ft 94), membre du conseil du trésor de Moon, fut le trésorier de la fabrique aux côtés de Denis Cauvelande (ft 21). Par son mariage avec Perrine Godes, nièce de Richard Godes prêtre curé de de la grande portion de Moon, il hérita de Richard Godes en 1478 (ft 93). Très lié au monde de l’église, il fut clerc participant aux offices d’obits (ft 85).
Nous trouvons également pour la même période, une vingtaine d’autres patronymes, non membres du trésor de l’église de Moon, attestés dans le cartulaire à cette période de 1477 (voir annexe 1).
Un clergé très présent
La paroisse de Moon fonctionnait selon le système des cures à portion. Trois curés desservaient l’église de Moon, célébrant l’office divin du dimanche chacun selon un tour établi. Lors de la fondation de la messe Notre-Dame du dimanche matin, les donateurs avaient spécifié « par condicion que les curés dicelle parroisse diroient et cellebreroient icelle messe chacun à son tour … » (ft 40).

Plusieurs prêtres curés présents dans la paroisse en 1477
Maistre Robert Sanson du Foliot (ft 23), était prêtre fermier desservant l’église de Moon pour les cures et bénéfices du Hommet et de la prébende en avril 1477 (ft 78). La cure du Hommet correspondait à la première portion dite la grande portion. Un lieu-dit de Moon sur la carte de Cassini portait le nom de la Sansonnerie à rapprocher du patronyme Sanson.
Maistre Jehan de Hennot, était le prêtre curé de la paroisse de la prébende de l’église de Moon en avril 1476. La cure de la prébende dite la petite portion relevait du chapitre de la cathédrale de Bayeux, un chanoine en était le patron mais ne la desservait pas. Des terres pouvaient être attachées à une cure et finançaient la cure sans oublier la perception de la dîme.
Maistre Richard Laurence (Lorence), était prêtre fermier desservant l’église de Moon pour la cure du fieu le Roy en avril 1477 (ft 78), soit la deuxième portion.

D’autres prêtres énoncés dans des actes du cartulaire étaient présents sur la paroisse de Moon :
Maistre Mathieu Boullenc Mathieu, prêtre, participait au conseil du trésor comme membre (ft 93), il est qualifié de prêtre fermier desservant l’église de Moon en novembre 1478. Au début du XVIe siècle, en 1504, nous le retrouvons prêtre à Saint-Germain-des Oulmes après être passé par la paroisse de Belleville en 1488 (ft 90). La famille Boullenc a été présente tout au long du XVe siècle à Moon, un Nicole Boullenc était prêtre-curé à Moon dans la première moitié du XVe siècle et son neveu Maistre Guillaume Boullenc était prêtre curé à Saint-Sulpice de Bayeux au milieu des années 1450 (ft 57).
Maistre Richard Lecarpentier, prêtre, participait également au conseil du trésor de l’église de Moon comme membre en 1477 (ft 78) ou 1478 (ft 93).
Le clergé, des propriétés, des revenus.
Ces membres du clergé, présents sur la paroisse par leur nombre, possédaient des biens, même si les patrons des cures percevaient une partie des revenus de la dîme.
Le chanoine du chapitre de la cathédrale de Bayeux, patron du fief de la prébende, percevait une part de la dîme sur les récoltes des terres du fief de la prébende, ne laissant qu’une portion congrue au prêtre desservant. Il percevait également des revenus du moulin de Moon baillé à un meunier, en tant que seigneur du fief de la prébende. En 1467 étaient recensés sur la commune le meunier de la prébende et le prévôt du chanoine de Moon.
Maistre Jehan de Hennot, qui était le prêtre de la cure de la prébende en 1476, possédait une maison à Valognes, « assise enbourgaige et ville de Vallongnes » (ft 77). Maistre Richard Laurence, prêtre-curé à Moon en 1477, possédait une terre sur Moon-Airel, le Clos Delalande (ft 99).
Une vieille famille de Moon, les Boullenc, étaient propriétaires de plusieurs terres. Maistre Mathieu Boullenc, prêtre à Moon en 1477, desservait au début du XVIe siècle la paroisse de Saint-Germain-des-Oulmes et avait alors baillé à sa nièce Jacquemyne mariée à Guillaume Bauquet, trois pièces de terre lui appartenant, dont une terre avec une maison et une masure, cours et jardin contre une rente annuelle de 4 livres (ft 95). Sa famille avait acquis des rentes comme en 1467 avec Guillaume Boullenc prêtre, une rente annuelle de 10 sous pour le prix de 6 livres (ft 60) et comme en 1436 avec Nicole Boullenc, prêtre, deux rentes, une de 10 sous pour le prix de 6 livres et une de 15 sous pour le prix de 9 livres (ft 58).
L’acquisition de rentes annuelles était une source de revenus pour le clergé. Maistre Richard Godes, prêtre curé de la première portion au milieu du XVe siècle avait acquis une rente annuelle de 5 livres pour le prix de 62 livres (ft 39), que ces frères Jehan Godes, curé d’Omblie et Robert Godes, curé de Brevant avaient héritée en 1463.
Robert Carbonnel, prêtre curé de la moyenne portion au milieu du XVe siècle avait acquis plusieurs rentes annuelles en argent, un total de 31 sous et 8 deniers et une rente en nature de 5 boisseaux de froment (ft 53). Son neveu Rogier Carbonnel, fils de Jehan, était prêtre vicaire à Notre-Dame de Bayeux en 1463.
Maistre Robert Basley, prêtre curé de la prébende dans la première moitié du XVe siècle, donna et aumôna aux prêtres, clercs et successeurs à Moon plusieurs rentes à prendre à la Saint-Michel, assises sur une terre, à Moon, en « « camp d’Aigneaulx » et sur trois autres terres près du moulin de Moon (ft 111).
Des liens étroits existaient entre le clergé et les familles de notables de la paroisse.
Plusieurs prêtres étaient issus de familles de Moon. Dans la première moitié du XVe siècle des petits notables de la paroisse avaient accédé à la prêtrise, comme Jehan Foucher, ou Guillaume, Nicole et Mathieu Boullenc. Dans la seconde moitié du XVe siècle les familles Delamare, Laurence, Groult étaient représentés, puis au début du XVIe siècle la famille Lecanu, ou la famille Bauquet avec les frères Robert, Richard et Guillaume.
Plusieurs familles du cercle des petits notables ruraux de la paroisse, avaient des membres au sein du conseil du trésor de l’église de Moon qui, en tant que clercs, participaient aux côtés des prêtres à la célébration des offices et aux messes anniversaires des défunts, les obits.
Des alliances matrimoniales ont pu être scellées entre les familles. La nièce de Maitre Mathieu Boullenc, Jacquemyne, avait été unie au début du XVIe siècle à Guillaume Bauquet, fils de Jehan (ft 95), tabellion du roi qui acquit la seigneurie de Moon en 1521.



La paroisse de Moon, permanences d’une société rurale
Avec une quarantaine de patronymes, dont quelques-uns comptaient plusieurs chefs de famille, nous avons un large aperçu des familles qui composaient cette société de la paroisse de Moon. La paroisse comptait 55 foyers recensés pour l’impôt en 1467, dix ans avant la rédaction du cartulaire.
Des familles séculaires à Moon
Sur ces 40 patronymes, plus de la moitié (60%), 24 noms (en italique), était encore présente trois siècles plus tard, à la fin du XVIIIe siècle. Des familles de paysans installées sur des terres ancestrales, de génération en génération, ont perpétué cette société rurale. Certaines ont laissé leurs noms à des villages de la paroisse depuis le XIIe siècle.
Une hiérarchie sociale qui perdura
La hiérarchie sociale a même perduré. Sur les 18 signataires du cahier de doléances de 1789, des laboureurs essentiellement, 10 des patronymes figuraient déjà dans le cartulaire du XVe siècle :
- Castel . Cavelande
- Delalande . Durand
- Foucher . Gislot
- Lecanu . Lefèvre
- Lelaizant . Piquenard
Cinq de ces familles étaient membres du conseil du trésor de l’église de Moon en 1477, Castel, Cavelande, Durand, Foucher et Lecanu. Ils savaient lire, chanter. Plusieurs membres du trésor étaient clercs, aidant aux offices. Ils faisaient partie du cercle des petits notables ruraux de la paroisse.
Trois siècles plus tard nous retrouvons ces noms, signataires du cahier de doléances, qui appartenaient au monde des paysans les plus aisés, les laboureurs.
En 1789 la famille Cauvelande n’était plus seigneur de Moon. Toutefois François Cauvelande, marchand toilier, fut le procureur syndic de la nouvelle municipalité de Moon, issue de la Révolution française.
Henri Bauquet seigneur de Moon, sans descendance masculine, les Bauquet avaient acquis la seigneurie de Moon au XVIe siècle, maria en 1737 sa fille Marie Bauquet, dame patronne de Moon, à François de Baupte. Leur fils Jean de Baupte fut le dernier seigneur de Moon.
Les prénoms en cette fin du Moyen-Age
Denis Cauvelande le seigneur de Moon en partie, était le fils de Jehan Cauvelande, fils lui-même de Jehan Cauvelande. Denis Cauvelande avait pour frère Jehan Cauvelande, qui donna le prénom de Jehan à son fils. Jehan Bauquet fut l’initiateur du cartulaire de Moon aux côtés de Denis Cauvelande.
La transmission du prénom aux enfants ou petits-enfants dans les familles conduisait à des confusions. Pour les distinguer, parfois un surnom s’ajoutait, comme Guillaume Vyart l’Aîné et Guillaume Vyart le Jeune. Richard Lefèvre l’Aîné était l’oncle de Richard Lefèvre le Jeune.
Plus d’un homme sur cinq prénommé Jehan
Tout au long du XVe siècle et au début du XVIe siècle, selon les actes du cartulaire de la paroisse de Moon, trois prénoms furent portés par plus de 40 % des hommes : Jehan, Guillaume et Thomas.


Le prénom Guillaume était très présent en Normandie en souvenir de Guillaume le Conquérant duc de Normandie (image Tapisserie de Bayeux).
Le prénom Thomas est à relier à Saint-Thomas archevêque de Cantorbéry, chancelier du roi d’Angleterre assassiné dans sa cathédrale en 1170 (statue de Saint-Thomas au sommet de la chapelle du Mesnil-Vitey à Moon).
22 % des hommes étaient prénommés Jehan. Jehan Cauvelande et Jehan Bauquet étaient les initiateurs du cartulaire en 1476-77, Jehan Ledot avec Jehan Cauvelande étaient les trésoriers de la fabrique de l’église de Moon et Jehan de Hennot était le prêtre curé de la prébende à Moon en 1476.
Seulement 10 prénoms à être portés par les trois quarts des hommes
Venaient après ces trois prénoms, Robin, Richard, Colin, Perrin (Perrinet), Denis. Ces 5 prénoms étaient portés par un homme sur quatre dans la seconde moitié du XVe.
Le prénom Richard était davantage donné dans la seconde moitié du XVe et début XVIe. Raoul et Robert assez représentés dans la première moitié du XVe reculèrent au cours de la seconde moitié du XVe siècle et disparurent dès la fin XVe avec Robert et au XVIe avec Raoul.
Denis recula au XVIe tout comme Gieffroy , alors que Colin et Robin disparurent dans la 1ère moitié du XVIe.
Cette première moitié du XVIe siècle virent émerger d’autres prénoms comme Pierre qui remplaçait Perrin, ou Georges ou Jacques.
Au total, dans cette seconde moitié du XVe siècle, selon ce cartulaire, 10 prénoms étaient portés par 75 % des hommes : Jehan, Guillaume, Thomas, Robin, Richard, Colin, Perrin (Perrinet), Denis, Raoul, Gieffroy.
Prénoms portés par les hommes, dans la seconde moitié du XVe siècle selon le cartulaire.
Sur 323 prénoms relevés dans les actes du cartulaire, nous listons :
Jehan : 72 (dont 3 Jouan) Guillaume : 42 Thomas (dont 2 Thomassin) : 33
Robin : 18 Richard : 17 Colin : 17 Perrin / Perrinet : 16 Denis : 13
Raoul (dont 4 Raoulet/ Raoulin) : 9 Gieffroy ou Guieffroy ou Guiffroy : 11
Pierre (Pierres) : 8 Georget (Georges) : 6 Laurent : 5 Martin : 5 Henri : 5
Lucas 4 Girot (Girart/Giret) : 4
Ces 17 prénoms représentent 88.7 % des prénoms portés par les hommes.
Autres prénoms à l’époque :
Andrieu : 1 Baudre : 1 Cardot : 1 Charles : 1 Clément : 2 Estienne : 1
Fleury : 2 Gabriel (Gabrieul) : 1 Germain : 1 Geuret : 1 Godefroy : 1 Guillemin : 3
Jacques : 1 Lixot : 1 Loys : 1 Mathieu : 1 Marguerin : 2 Michiel : 2
Nicolle (masculin) : 1 Onfroy : 1 Philippot : 3 Ranend : 1 Regault : 1
Regnon (Remon) : 1 Rogier : 2 Sandres : 1 Tellier : 1 Tienot : 1 Tristan :1
Yon : 3
(Voir annexes pour la première moitié du XVe siècle et pour la première moitié du XVIe siècle).
Près d’une femme sur quatre prénommée Jehanne
Chez les femmes, nous disposons d’un échantillon plus limité, 58 prénoms pour la seconde moitié du XVe siècle. Nous retrouvons comme pour les hommes, le prénom de Jehanne et ses diminutifs, dans la proportion d’une femme sur cinq, prénommée ainsi : Jeanne, Jehanne, Jehenne, Jehanète, Jehannyne, Jouenne. Cette dominante, elle était déjà présente dans la première moitié du XVe siècle, Jeanne était portée par 25% des femmes sous la forme de Jehanne, Jehenne, Jehannette, Jehennette, Jouhenne.
Si Jeanne était le prénom majoritaire, le prénom de Marie était peu donné au XVe siècle. Pourtant Marie était la sainte patronne de la paroisse. Ce prénom se déclinait en Marie, Marion, Mariète.


Statue de Jeanne d’Arc (1412-1431) et statue de la Vierge Marie, patronne de Moon, dans l’église de Moon-sur-Elle.
Prénoms féminins relevés dans le cartulaire pour la seconde moitié du XVe siècle
Jehenne / Jehanète (5), Jehanne / Jehannyne fe Durand (2), Jouenne (3)
Marie (1), Marion (3), Mariète (3)
Guillemine (4) – Guillemette (2) – Michelle (Michielle)(5) – Colette (Colecte)(4) – Robine (4)
Autres prénoms donnés à l’époque :
Agnès : 1 Birette : 1 Cardine : 2 Catherine : 1 Jacquemyne : 1 Laurence : 2
Magdeleine : 1 Martine : 1 Olyne : 1 Perrette : 2 Perrine : 1 Perrote : 1
Raouline : 2 Rogière : 3 Tiénote : 3 Valentine : 1
(Voir annexes pour la première moitié du XVe siècle)
Eté 1477, le temps des moissons
En juillet 1477, Thomas Lefèvre travaillait à la moisson sur sa pièce de terre « le Clos du Russeault« proche du village de Moon. Il tentait d’évaluer sa récolte de froment, car il n’avait pas oublié que cette année, il allait devoir verser 2.3 boisseaux de froment et une mesure d’avoine au trésor, à la Saint-Michel. Pour l’avoine, la récolte venait après celle du froment, l’avoine n’ayant été semée qu’en début de printemps. Les hivers étaient rigoureux à cette époque.
La moisson 1477 s’annonçait bonne
L’été 1477 fut chaud et sec (8). La récolte céréalière s’annonçait bonne comme en 1474, il y a trois ans. Toute la communauté paysanne de la paroisse s’activait dans les champs pour la moisson. Les hommes avec leur faucille coupaient les épis à mi- tiges. Les femmes les rassemblaient en gerbes reliés par un lien en paille. Les gerbes, réunies 5 à 6, se dressaient à la verticale pour mieux sécher.
Déjà dans un clos, les gerbes étaient chargées sur une charrette par les paysans, pour être emportées vers l’aire de battage. Ensuite, les troupeaux seraient menés dans les champs pour pâturer les tiges laissées lors de la récolte. Le chaume restant serait brûlé pour enrichir le sol.
Août, La récolte finie, les hommes pouvaient pleinement se consacrer au battage des épis sur une aire en plein air. Deux équipes de paysans face à face maniaient leurs fléaux en cadence pour battre les épis. Puis venait le vannage avec la fourche pour éparpiller la paille des épis et la séparer du grain.


Fête patronale du 15 août à Moon-sur-elle, avec les Battous du Cotentin : à gauche le battage au fléau, à droite vannage avec Claude Baumel maire à droite et André Lecalvez président du comité des fêtes au centre, en l’an 2000.
Le 15 août, les prêtres et toute la communauté paysanne de Moon se retrouvaient à l’église de Moon pour célébrer la fête religieuse de la sainte patronne de la paroisse de Moon, Notre-Dame. Cette fête pouvait être vue par les paroissiens de Moon comme une fête des moissons, surtout en cette année 1477, les récoltes étaient bonnes. Le sourire était sur les lèvres des paysans, la disette était écartée pour le prochain hiver.


La Vierge à l’enfant couronne le maître-autel, symbole de la maternité divine et de fécondité.
Quatre ans plus tard, en 1481, la récolte fut catastrophique. Un été très pluvieux avait succédé à un hiver et un printemps très froid (8). A l’arrivée de l’hiver en 1482 puis au printemps, ce fut la grande disette en Normandie, voire la famine dans certaines provinces du royaume. Le roi Louis XI dut intervenir pour autoriser la circulation des grains dans le royaume et interdire la constitution de stocks spéculatifs.
Le moulin de Moon
Les paysans, en vertu du pouvoir du seigneur, devaient moudre leurs grains au moulin banal du seigneur. Le moulin de Moon, en cette fin du XVe siècle, appartenait au chanoine du chapitre de la cathédrale de Bayeux, seigneur patron de la petite portion de la paroisse de Moon, dite la prébende.
Le prévôt du chanoine de Moon, veillait aux affaires du chanoine, notamment à que le moulin soit effectivement employé. Le meunier du chanoine de Moon prélevait une redevance, un droit de mouture, sur chaque sac de farine. C’était une forme de monopole du chanoine. Au milieu du XVIe siècle, le moulin en bien piteux état fut racheté par les Bauquet, nouveaux seigneurs en partie de Moon. (voir article du site sur les Bauquet seigneurs de Moon).

Le terme de la Saint-Michel
En septembre l’été s’achevait, les récoltes étaient rentrées. Le terme de Saint-Michel approchait et les rentes dues au trésor de l’église devaient être versées. Rentes et loyers étaient exigés à la Saint-Michel.
Thomas Lefèvre livra, en cette année 1477, ses 2.3 boisseaux de froment et sa mesure d’avoine au trésor de l’église. Les années précédentes, il avait refusé de payer cette rente. Mais en mai 1477, il avait dû reconnaitre le versement de cette rente. Pour défaut de paiement, le trésor avait décidé d’aller en haute justice de Montenay siège de Moon. Finalement Thomas Lefèvre avait reconnu le paiement de la rente, si les poursuites étaient arrêtées (ft 22).
Ce don avait été fait au trésor dans le passé, par Guillaume Argoullant et autres personnes. La rente s’appuyait sur une pièce de terre « le clos du Russeault », butant au chemin tendant de la Rue de Moon à aller par-dessus le Russeault.

Eglise de Moon-sur-Elle : Saint-Michel à gauche du maître-autel
Les jours des Quatre-Temps de la Saint-Michel
Les travaux agricoles et la vie de la communauté paysanne étaient rythmés immuablement par le cycle des saisons et des fêtes religieuses.
Dans le calendrier religieux, les Quatre-Temps étaient d’anciennes périodes chrétiennes de prière et de jeûne de trois jours, le mercredi, le vendredi et le samedi, qui marquaient le début de chacune des quatre saisons.
Guillaume Lecarpentier avait fondé, il y a deux ans, en 1475, un obit le jour des Quatre-Temps de la Saint-Michel (ft 76) pour le salut de son âme, de celle de sa femme Robine et de ses parents. Ce jour marquait l’entrée dans la saison automnale. Il avait créé une rente annuelle de 10 sous à verser au trésor de l’église, afin de célébrer une messe à note de Requiem, accompagnée par les vigiles, un office chanté la veille, et par des prières, celle du matin appelée les matines et celle du soir appelée les vêpres, une prière des morts. Pour la célébration de ces offices, sur les 10 sous, le prêtre touchait 3 sous, les clercs aidant 6 sous et le trésor gardait un sou pour le luminaire allumé.
Quant au seigneur de Moon, Denis Cauvelande, il avait confirmé une rente fondée par son père Jehan, de 9 sous à verser au trésor de l’église (ft 84), à prendre sur une terre exploitée par Guillaume Guelle, qu’il avait rencontré début avril 1477. La somme permettait la célébration d’un obit fixé le 15 octobre pour le salut de l’âme de Jehan Cauvelande, son père. La messe à note de requiem était précédée des « matines à neuf lichons », le premier office du matin au point du jour. Des prières et des psaumes devaient être récités à la lumière de neuf chandeliers.
Maisons, masures, mesnages
Le cartulaire de Moon apporte peu d’informations sur les lieux de vie des paysans de Moon en 1477. La description donnée se rapporte souvent à une pièce de terre, avec une maison dessus et un jardin (ft 30) comme au Hamel la Foucherie où résidait Jehan Nicolle en 1477 (ft 80).


Georget Delalande, pièce de terre et maison dessus, fief de la prébende, en 1460 (ft 80).
L’habitation pouvait se limiter à un simple jardinet avec une maison dessus, comme celle sise à la Couture et baillée par Hébert Mouisson à Thomas Boutey en 1401(ft 10). Le trésor baillait à Richard Gisle en 1479, une simple masure avec une cour, près du carrefour de la Rue de Moon pour 3 sous de rente par an à payer à la Saint-Michel (ft 26).

Maison de terre avec sous-bassement en pierre et toit en chaume, du pays de Daye (Parc des Marais)
A la maison ou masure, étaient attenants bien souvent la cour et le jardin. Ce dernier était l’objet de tous les soins pour le paysan. Racines, choux, pois, fèves apportaient un complément alimentaire à la famille paysanne. Jehan Lefèvre avait baillé en 1458 à son neveu Jehan Guelle, une propriété assise à Airel composée d’une maison, d’une cour et d’un jardin, pour 5 sous par an à la Saint-Michel, à prendre sur Georget Lausnay (ft 72) et que payait désormais Robin Lebracheur en 1477, marié à la fille de Colin Lausnay.
La masure ou la maison pouvait être le centre d’un petit domaine rural, le mesnage, composé outre de la cour et d’un jardin, d’un clos et de terres labourables, comme ce domaine avec deux sillons de terres labourables, et une demi-aulnaie, sis à la Guellerie près du bois des Canivières, baillé par Robert Goullet en 1406 à Jehan Goullet, pour 18 sous de rente annuelle à payer à la Saint-Michel (ft 65).

Le mesnage pouvait être plus conséquent. Composé d’un jardin avec la maison dessus, et de six pièces de terre, sis à proximité du village la Rue de Moon, ce domaine rural était la propriété de la famille de Bauptéis (un lieu-dit les Beautais proche de la Lande, figurait encore à la fin du XVIIIe siècle sur la carte de Cassini), était baillée en 1463 à Jehan Lepaulmier, pour un loyer de 18 sous par an à payer à la Saint-Michelb(ft 83).

Jehan Cauvelande, fils Jehan, tabellion, avait donné une belle rente annuelle de 30 sous au trésor de l’église pour la célébration de 3 obbits. Cette était à prendre sur une propriété composée de la maison avec des jardins et une terre labourable, closés, sis près de l’église de Moon (ft 91).
La maison de Maitre Mathieu Boullenc
Seul un acte de 1505 nous apporte quelques précisions sur la composition d’une maison. Maître Mathieu Boullenc, prêtre à Moon et membre du trésor de l’église de Moon en 1477, ne résidait plus à Moon, car il officia ensuite à Belleville puis à Saint-Germain-des-Oulmes. Il avait fieffé sa propriété, située entre le village de la Rue de Moon et le Rouge Douyt, composée d’une maison, d’un jardin labourable, des cours et de deux pièces de terre, à Guillaume Bauquet qui avait épousé sa nièce Jacquemyne.
Il fut précisé que Me Mathieu Boullenc se retient « à jouyr sa vie durante de la grande chambre dicelluy mesnage et de la cave de dessoulz, avecques les galendais (*) et droit d’aller et venir en icelles par le lieu aconstenue, laquelle chambre, iceulx mariés seront tenus tenir en réparacion de couverture, et n’y pouvra icelluy maistre Mathieu, mectre autre personne que lu, et demourer, oultre la volenté desdits mariés » (ft 95).
(*) galendais : garlandage, garni d’une cloison de briques (dictionnaire Godefroy).
Il conservait ainsi à Moon, sa vie durant, une grande chambre et la cave de dessous avec le droit de circuler librement. Les mariés devaient, pour ce mesnage et 2 autres terres, verser une rente conséquente de 4 livres annuelles à la Saint-Michel.
La langue française d’oil et les formes normandes
Comment les habitants de Moon s’exprimaient-ils en cette fin du XVe siècle ? La rédaction du cartulaire peut-elle nous donner quelques informations ?
Patois, dialecte, langue normanno-picard
Dans ce cartulaire, apparaissent des formes normandes dans la langue qu’on appelait autrefois le patois. Une approche linguistique fut faite par André Dupont dans l’analyse du cartulaire par Rémy Villand. Le normanno-picard appartenait aux langues d’oil du nord de la France. Depuis la fin de la guerre de Cent Ans et la défaite anglaise de 1450, le duché de Normandie avait réintégré le royaume de France.
Le Bessin, terres de la paroisse de Moon, se situe au nord de la ligne Joret allant de Granville à Pont-Farcy, Falaise, et le sud de l’Eure, où le dialecte normanno-picard s’imposait. Au sud de cette ligne c’étaient des parlers se rattachant au français de l’Ouest (Maine, Anjou) (9).
Reprenons le chemin imaginé, suivi par Denis Cauvelande en 1477 à travers la paroisse de Moon.
Passé la rue Cantelou, il print le quemin de Cherisy, laissant à sa droite le quemin de la Planque pour arriver au hamel de la Guellerie où demouraient les Guelle. Guillaume Guelle le receult. Denis Cauvelande l’informa que la rente deue de 20 sous était tranchie à 15 sous, mais que le bouissel de fourment à verser au trésor restait deue au prouchain terme de la Saint-Michel. Pour la seconde rente de trois bouisseaulx de fourment, Guillaume Guelle estoit obligie de la paier. C’estoit la vollenté du trésor. Après avoir longé le gardin, où quelques guelines picoraient, ils prinrent le quemin du Clos du Russeault sur lequel pesait la rente. Ce clos avoit une surface d’une demi-acre, soit 2 vergies. En remontant vers la masure et le gardin de Guillaume Guelle, ils dérangèrent une bécache qui s’envola. Enparavant, ils se promistrent de se retrouvier à la Sainte-Cratherine.
Denis Cauvelande prit le quemin de la Duranderie. Il renoncha à suivre le quemin de la capelle de Sainte-Marguerite et le hamel des Anglois. Du haut du côteau nord de l’Elle, les camps ainsi que les preys de la vallée lui apparoient. Certains camps étaient cultivés en avaine. Dans les preys de la vallée, quelques vaques paissaient. Au-delà de l’eau de l’Elle, vers Saint-Cler étaient les landes de Moon, il avoit une veue sur le camp au goupil.

Vue sur la Petite Castellerie, proche du moulin du ruisseau de la Rousserie (moulin d’Auvers).
Arrivé au hamel des Durand, il salua Thomas Durand, qui estoit clerc aidant aux célébrations des offices religieux. Ils s’accordèrent pour se retrouvier dymence prouchain au prébitaire (ft 46) de la prébende, proche de l’église et du chymetière. Avec le prêtre et les aultrys clercs, ils célébreroient et diroient la messe Notre-Dame. Il pensoit qu’une oroison seroit leue, emparavant de la messe.
Denis Cauvelande print congie et print la direction du village de Moon, en empruntant le quemin du moulin d’Auvers à Moon, passa le russau non loin de la Févrerie. Les Fèvre travaillaient comme compaignons dans les métiers du bâtiment. Jehan Lefèvre avoit été machon et son fils Jehan estoit carpentier. Il délessie le quemin du Rouge Douyt et la cauchée vers Airel pour approucher la rue de Moon.
Des formes normandes
Le son guttural k, dur, se retrouve dans le ch (le quemin), le g dans le j (gardin) ou le g (gueline), le r dans le h (la raie pour haie). Le parler des habitants de Moon montre que les langues saxonnes et scandinaves, liées aux invasions, avaient pénétré leur langage.
Selon les linguistes (9) nous trouvons des formes normandes dans les actes du cartulaire de Moon.
Le son guttural du k dans le ch :
- Le quemin de Moon (chemin, ft 84), la cauchet vers les Andrieux (la chaussée, ft 9), le quemin de la Planque (la Planche, ft 80), la rue Cantelou (chanteloup, ft 22), le long camp (champ, 65), le clos es vaques (les vaches, ft 48), le camp au goupil (le champ, ft 67), la perque (ft 6, perche), la capelle (chapelle, ft 11), la quaesre (chaire, ft 84), le cancheel (chancel, porte de la cloture entre la nef et le chœur, ft 99), le carpentier (charpentier, ft 25), l’acat (l’achat ft 68) mais aussi sous la forme d’achacteur (acheteur, ft 42). Nous pouvons rattacher le patronyme de Richard Lecarpentier (le charpentier), prêtre en 1477 (ft 78) ou le village du Quesnay (la Chesnaie).
Le son guttural de gu pour le j ou le g plus doux :
- Le gardin (jardin, ft 19), le gardinet (jardinet), la gueline (géline, ft 26).
Le son guttural r du h (par exemple une raie pour haie) sous une autre forme avec le c :
- Sainte-Cratherine (ft 66), sa femme Cratherine (ft 75), le Craresme (le Carême ft 71 ou 76).
Le ch dans le s, c doux :
- bécache (bécasse, ft 66), chinquante (cinquante, ft6) chymetière (cimetière, ft 77), renforchement de loi (renforcement,ft 21), renonchant (renonçant, ft 82), renonchement (renoncement, ft 67), machon (maçon, ft), faichon (façon, ft 55), le cancheel (chancel, ft 99), le chemin de Cherisy (Cerisy, ft 66), japiecha (japieca,ft 20), mais japieca existe aussi (jadis, ft 22). Cependant le dimanche a été francisé abusivement en dymence (ft 9). Nous pouvons y rattacher des patronymes avec Michiel Lehérichion (le Hérisson, ft 40), Guillaume Pinchon (Pinson, ft 57), Philippot Lebracheur (le brasseur, ft 47), Franchois (Francois, ft 47).
Le i pour e, ée :
- vergie (vergée, ft 8), prendre congie (congé, ft 22), marchie (le marché, ft 87), lignye (lignée, ft 92), delessie (délaissé, ft 6) declerie (déclaré, ft 6, ft 8), bouchie (bouché, ft 9), tranchie (tranché, ft 16), chargie (chargé ft 26), estoit obligie (était obligé, ft 16),acquitie (acquitté ft 26), acquitier (acquitter, ft 94)auctorisie (autorisée, ft 40), empeschie (empêchée, ft 67), degaigi (dégager, ft 30), dangier (danger, ft 90), exploities (exploitées, ft 68) , baillie (baillée, ft 92), trouvier (trouver, ft 94), aultrys (autres, ft 15), mais aussi aultre (autre, ft 21), promistrent (prometttrent, ft 14), promist (promet, ft 14), mais on trouve aussi promect (promet ft 15 ou 16), promecte (promette, ft 22), mistrent (mettent, ft 26), enchierirent (enchérirent, ft 46), sur ce fites (faites, ft 53).
- Des patronymes avec Pierre Fouchier (Foucher ft 52), Saint-Michiel (Michel, ft 39), Sandres Lehuchier (Lehucher, ft 87), Michielle Lehugot (Michelle, ft 105).
Des formes de l’ancien français
on peut en retrouver dans le cartulaire de Moon.
Le oi pour ai :
- anglois (anglais, ft 87), francois (français), congnoissance (connaissance, ft 21), ayant vroie congnoissance (ayant vraie connaissance, ft 22), recongnoisse (reconnait, ft 22), oroisons (oraisons, ft 8,9), ploinne (pleine, ft 92), estoit (était, ft 6), avoit (avait, ft 6), aidoit (aidait, ft 6), disoit (disait, ft 9), pensoient (pensaient, ft 9), il pouvroit estre (pouvait être, ft 20, ft24), pouoit (pourrait,ft 69), vouloit (voulait, ft 21) voudroit (voudrait, ft 24), pairoit (paierait, ft 26), resteroit (resterait ft 26), apparoit et apparoisse (apparait, ft 29), appartenoit (appartenait, ft 69), considéroit (considérait, ft 71), jouissoit (jouissait, ft 77), comparaistroit (comparaitrait, ft 79), demouvroient (demeuraient, ft 79), fournoit (fournit, ft 93), l’avoyne (avoine ft 47) ou l’avaine (ft 26), l’avène (ft 43), le patronyme Langlois en 1477 avec Thiénote veuve de Jehan Langlois ( ft 106), le prénom Gieffroy en Gieffray.
D’autres formes anciennes courantes du XVe
D’autres formes anciennes figurent dans le cartulaire de Moon :
Le ou pour eu :
- bienfaictours (bienfaiteurs, ft 67), clamour (clameur, ft 6), prenour (preneur, ft 30), tenour (teneur, ft 43), baillour (bailleur ; ft 65), sounnour (sonneur, ft 81), lours (leurs, ft 81), seignourie (seigneurie ft 82), seignourial (seigneurial, ft 67), aillours (ailleurs, ft 68), demourant (demeurant, ft 99), demouvroient (demeuraient, ft 79), oulrent (eurent, ft 40), voult (veut, ft 43).
Le ou pour o :
- prouchain (prochain, ft 16, 22), à son prouffilt (profit, ft 15), fourment (froment, ft 6), honnourable (honorable, ft 81), sounnour (sonneur, ft 81), le renouchement (renoncement, (ft 82), aproucher (approcher ft(ou compangnie) 83),le patronyme Jehan Mouesson (Moisson, ft 100).
- le bouissel (boisseau ft 6), le bouisseau (ft 9, ft 78), la forme bouissel (au singulier) et bouisseaux (au pluriel) peut être également trouvée avec boissel (ft 40 ou ft 45) et boisseaulx (ft 14). Le patronyme Jehan Mouisson (Moisson, ft 70) ou Mouesson (Moisson, ft 100).
Le ou pour u :
- sourplus (surplus, ft 23) sourpelix (surplis, ft 60), mais on trouve aussi l’inverse avec les lectres suscrites (souscrites, ft 24) ou se submist (se soumet, ft 25).
le o pour ou :
- doloure (douleur, ft 26), la cort (cour, ft 72)
Le eu pour u :
- deu (du, ft 7), deutz (doit, ft 48) deubz (doit ft 26), deuement (dument, ft 47), rente estre deue (être due, ft 22), receult (reçut, ft 15), leue (lu, ft 16), escheu (échu, ft 21), il lui pleust (plut, ft 23), meu en devocion (mu en dévotion, ft 76), estre leue (lue, ft 82), la veue (la vue, ft 100).
Le e pour i :
- messel (missel, ft 83), crucefix (crucifix, ft 96), pain benest (béni, ft 91), cemetière (cimetière, ft 105), fournesture (fourniture, ft 76), admenistrer (administrer, ft 6), entervenir (ft 6) mais aussi l’inverse avec enchirisseur (enchérisseur, ft 25).
Le e pour o :
- vollenté (volonté, ft 6), voullenté (volonté, ft 48), sexante (soixante, ft 81).
le e pour a :
- la cheritey (charité, ft 91)
Le ai pour a :
- partaige (partage, ft 26), héritaige (héritage, ft 26), dommaiges (dommages, ft 30), gairantir (garantir, ft 30), degaigi (dégager, ft 30), déclairer (déclarer, ft 30), merquer (marquer, ft 55), faichon (façon, ft 55), bourgaige (bourguade, ft 77), escroistre (accroitre, ft 95), compaignon mais aussi sous la forme compangnon (compagnon, ft 6), en long et en lay (en long et en large, ft 101).
Le an pour a ou au :
- campangnon (compagnon, ft 6, ft 22), compangnie (compagnie, ft 23), mais aussi compaignon, enparavant (auparavant, ft 11) emparavant (auparavant, ft 14), héritanges (héritages, ft 26).
Des formes plus dures :
Le in pour en :
- print (prend, ft 8) avoir print (pris, ft 8), princt (pris, ft 22), prindrent ou prindent (prennent, ft 29 et 30), mais aussi prengt (prend, ft 22), comprins (comprend, ft 53), se tindrent (se tiennent, ft 68), appartindrent (appartiennent, ft 21) mais également au singulier il appartend (appartient, ft 21), appartendant (appartenant, ft 26).
Le u pour ui :
- Russeault, russau (ruisseau ft 77), l’us (le huis, porte ft 84), Nully l’Evesque (Neuilly, ft 99).
Quelques mots de vocabulaire, anciens :
- Une gaste masure (ft 26), gast : mauvais, une terre inculte (vast au nord de la ligne Joret).
- Canceler (annuler, ft 26), une forme normande à rapprocher avec l’anglais canceled (annulé).
- Calengier (ft 95), débattre, négocier.
- Arder : 2 sierges ardront durant la messe (ft 70, ft 76), le lumynaire ardant sur sa sépulture (ft 81), brûler.
- Ardirer (ft 84), égarer, perdu.
- Ael et aelle (ft 84) aïeuls (grand-mère, grand-père), l’anisné (l’aîné, ft 87), niepin (neveu, ft 101).
- Vuidement (ft 80), vuide : espace non occupé, le vuidement : vider un lieu, évacuer comme le vuidement du Cotentin entre 1378 et 1392 ordonné par le roi Charles V.
Ces formes anciennes nous montrent des consonnances plus dures normandes avec ses formes le quemin, le gardin, le craresme, le renforchement ou Cherisy, print. Les vocales se présentent sous la forme i en fin de mot comme congie, ou la vocale ou comme le prouffit, le sourplus, ou la vocale e, eu comme le pain benest, la veue, la rente deue, ou la vocale ai comme héritaige ou partaige. La forme d’ancien français oi est répandue comme estoit, anglois, voudroit.
A la fin du XVe siècle,
Une quinzaine d’années après la commande du cartulaire, Denis Cauvelande, seigneur de Moon en partie, exerçait toujours l’office royal de tabellion, mais il était de plus en plus suppléé par son fils Guillaume Cauvelande, tabellion royal, en raison de sa perte de vue « … Ce présent extrait a été signé par moy, Guillaume Cauvelande, filz diceluy Denis Cauvelande, à ce auctorisy par justice, pour l’inconvénient de la veue, advenu audit Denis Cauvelande » (ft 103).
Le XVIe siècle s’ouvrait. Il avait la satisfaction de voir le cartulaire toujours tenu à jour. La famille des Bauquet, également à l’initiative du cartulaire, poursuivait son ascension sociale.
les Bauquet allaient acquérir en 1521, la seigneurie des Cauvelande et édifier la chapelle Sainte-Barbe dans le pur style gothique flamboyant, accolée à l’église de Moon.
Gilbert Lieurey
Sources :
1 : plusieurs abbayes firent mettre par écrit des registres de propriété en 1477 – source Internet.
2 -Documents du XVe siècle des Archives de la Manche, Catalogue de l’exposition de 1998.
3 – ft : feuillet du cartulaire de Moon, et page numérisée, Archives du département de la Manche.
4 – Journal de Gille de Gouberville (1549-1562).
5 – Rémy Villand le cartulaire et les registres paroissiaux de Moon-sur-Elle et Revue du département de la Manche de juillet 1962, fascicule 15.
6 – fouages, cahier Léopold Delisle, t. 25, page 154, 1976 – Bibliothèque Nationale ms fran 25015 ou 25915 n° 377 (table de Bayeux).
7 – Charles de Gerville, voyage archéologique dans la Manche (1818-1820)
8 – évolution du climat en Europe du M.A. au XXe, EHNE (encyclopédie d’histoire numérique de l’Europe).
9 -Histoire de la Manche, André Dupont, tome 1, OCEP 1975.
Annexes
Annexe 1 :
Une vingtaine d’autres patronymes identifiés à l’époque de la rédaction du cartulaire (en italique familles encore présentes à la fin du XVIIIe siècle).
Auvray Jehan (ft 22).
Bayvel Guillaume (ft 85) et Thomas (ft 47).
Bouchart Robin (ft 23).
Boullenc Guillaume ( ft 25), sa femme Girete (ft 61), ses filles Michielle, Perrine, Rogière (ft 95), ses frères Jehan et Thomas Boullenc.
Delalande Laurent (ft 85) et Georget (ft 79), un lieu-dit La Lande existe encore aujourd’hui.
Delahaye Lucas (ft 23).
Delamare Robin (ft 85), petit-fils de Guieffroy Delamare.
Esnault Henri (ft 21) et Thomas (ft 20).
Gisles Richard (ft 22), loue au trésor, une masure près de la croix du carrefour de la Rue de Moon (ft 26).
Langlois Thiénote veuve de Jehan Langlois ( ft 106). Un village es Anglois, disparu aujourd’hui, existait à l’époque. Par recoupement il pourrait se situer près de la Duranderie.
Lebreul ou Lebreuil Girot (ft 22) et sa femme Robine (ft 85), Lebreuil Jehan, Lebreuil Thomas (ft 23).
Lecarpentier Guillaume (ft 21) et sa femme Robine (ft 78).
Leconte Jehan (ft 83) et sa femme Colecte, neveu de Velon Leconte (ft 87), père de Denis Leconte (ft 97). Un lieu-dit la Conterie existait encore au XVIIIe siècle à Moon, situé entre le Quesnay et la Chapelle-du-Mesnil-Vitey (carte de Cassini).
Lecoqu Robin (ft 48).
Le Harivel Raoul ou Raoulet et sa femme Martine (ft 78), Jehan Le Harivel et sa femme Perette (ft 91).
Lehugot Perrin et sa femme Michielle fille de Perrin Lefèvre dit le Vétier (ft 106).
Lelaizant Guieffroy (ft 85), a 2 fils Jehan et Guillaume (ft 90).
Lemoigne Georges (ft 77), un lieu-dit de Moon portait le nom de la Moignerie à cette époque.
Le Rouyer Guiffroy (ft 31).
Le Vengueux ou le Vengueur Perrin (ft 21).
Lorel Guillaume (ft 20).
Meslier Guillaume (ft 22), une pièce de terre près du moulin de Moon porte ce nom.
Mouisson Jehan (ft 100), un lieu-dit la Ferme Moisson existait encore en 1831, situé près de la Couture de Bas (carte de Bitouzé – Dauxmesnil).
Nicole Jehan (ft 22), fils de Germain (ft 79) et sa femme Perrine (ft 90).
Annexe 2 : prénoms avant 1450 et après 1500
masculins
Avant 1450 prénoms : 244 personnes masculines citées
Jehan / Jouan 51 (dont 11 sous la forme Jouan, voire les employés selon le doc) = 22.1 %
Guillaume (voire Guillaumet) 22 = 9 %
Thomas 20 = 8.2 %
Jehan (22.1 %), Guillaume, Thomas = 39.3 %
Colin 18 – Perrin 16 – Robin 15 – Raoulin / Raoul/Raoulet 13 – Denis 12
Robert 11
Suivent Colin, Perrin, Robin, Raoul, Denis, Robert = 85 (34.84 %)
Richard 6 – Gieffroy /Guieffroy 6 – Guevrier / Gueuret/Guiret/Geuret 5 – Giret/ Girot/ 4
Puis Geuret (Gueuret), Richard, Giret (Girot) = 21 (14.5%)
Soit 9 prénoms représentent 75%, ou 13 prénoms 90 %
Autres prénoms :
Georet 1 – Joiret/Joret 2 – Henri 5 – Pierre(s) 5 – Marguerin 3 – Michel/ Michiel 3
Audrieu 1 – Clément 2 – Colas 1 – Estienne 1 – Fleury 1 – Georget 1
Gosset 1 – Hébert 2 – Jourdan /Jourdin, Jourdain 1 – Louys 1 – Lucas 1
Macieu 1 – Marguet 1 – Martin 1 – Naudin 2 – Nicolle 1 (masculin) – Onfroy 1
Philippot 1 – Rogier 2 – Symon 1 – Velon 1 – Vigor 1
1510/50 : 72 personnes masculines
Jehan 17 – Guillaume10 – Thomas 7 – Thomassin 2
Permanence avec Jéhan (23.6%), Guillaume, Thomas soit 36 personnes = 50 %
Pierre 5 – George 1 – Georget 4 – Jacques 3 – Richard 3
Suivent Pierre, Georges, Jacques, Richard = 16 personnes (22.2%), Pierre remplace Perrin, Georeges, Richard demeurent, Jacques apparait, Colin, Robin, Raoul disparaissent quasiment comme Perrin, quant à Denis, Guieffroy ils reculent aussi.
Autres prénoms masculins donnés
Colin 1 – Audrieu ou Andrieu 1 – Denis 2 – Brande 1 – Gabriel 1 – Girart 1
– Girot 1 – Henri 2 – Laurent 1 – Nicollas 2 – Perrin 1 – Raoulet 1
Robert 2 – Robin 1 – Yon 1
Féminins
Prénoms féminins avant 1450 : 32 personnes
Dont 8 Jehanne et diminutifs (25%)
Jehanne 3 (dont 1 aussi jehannette ou Jehanne fe Bauquet) – Jouhenne / Jehenne / Jehennette 5
Perrotte 3 – Agnès 1 – Aliz 2 – Ameline 1 – Clérisse 1 – Collete 2
-Emeline 2 – Girete 1 – Guillemette/Guillemine 2 – Jaquete 1 – Marguerite 1
Mariète 1 – Marion 1 – Michielle 1 – Symonne 1 – Thomasse 1 – Thomine 2
Après 1510 : seulement 4 personnes pour les prénoms féminins
Coliche 1 – Guillemine 1 – Raouline 1 – Thomine 1
Annexe 3 : actes du cartulaire
Feuillet 84 (page 106 ADM) : une contestation réglée après procès
15 mai 1477 : Thomas Lefèvre reconnait devoir 4 sous de rente aux prêtres et clercs de l’église de Moon suite au don japiéca de Clérisse femme de Colas lefèvre en son vivant, ael et aelle de Thomas, pour son obit (1 messe anote), assise sur 1 sillon de terre sous le Clos nommé la Vallée de Russeault, une reconnaissance après procès et plès haute justice de Montenay contre Thomas Lefèvre.
« Enssuit l’extrait de la recongnoissance faicte par Thomas Lefèvre de quatre soulz de rente, pour l’obit de Clerisse, son aelle, en son vivant femme Colas Lefèvre.
Donne par extrait de registre, le 15e jour de may l’an 1477, devant /2 Jehan Bauquet et Jehan Cauvelande, tabellions en la sergenterie de Saint Cler, Thomas Lefèvre /3 de la parroisse de Moon, qui confessa que les prestres et clers de l’église dudit lieu, /4 ont droit de prendre et avoir chacun an, au terme Saint Michiel, affin quatre soulz /5 tournois de rente, sur une pièce de terre comme et assise soubz le clos nommé la Vallée /6 de Russeault, jouxtant Denis Lecanu d’un costé et d’aultre costé ledit Thomas, à raison /7 d’un sillon de terre qui fut Guieffroy Delamare, bute d’un but au chemin /8 de Russeault et d’autre aux héritiers Colin Lebay, à raison du don qui, japiécha, en fut fait /9 auxdits prestres et clers par Clerisse, en son vivant femme de Colas Lefèvre, ael et /10 aelle dudit Thomas, pour avoir chacun an en la dite église, une messe anote pour l’obit /11 de la dite Clerisse, et voullu se consenty et acorda tant pour lui que pour ses hoirs, /12 que lesdits prestres et clers puissent faire leur plainière justice pour le temps advenir, /13 sur la dite pièce de terre, pour le deffault du paiement de la rente, comme enparavant /14 et sans renforchement de loy, sans ce que il puisse jamaiz aller à l’encontre, les /15 lectres desdits prestres et clers demourent en leur dabte force et vertu comme enparavant /16 du jourdhui, lequel gagie Denis Cauvelande et Denis Lecanu, procureurs desdits /17 prestres et clers, prindrent et aceptèrent agreablement moiennant et par my, ce /18 que à certain procès pend par entre eulx touchant la pourssuite faicte par lesdits /19 procureurs de la dite rente, et plès de la haulte justice de Montenay à l’encontre /20 dudit Thomas, ilz s’en vont hors, et duquel ledit Thomas promist prendre congie et en /21 garder lesdits prestres et clers de tous dommages. Tesmoings mestre Richart Lorence /22 prestre, Jehan Durant, Richart Lefèvre, Jehan Leconte, Guillaume Ducastel, Girot /23 Le Breul, Gabriel Groult, Guillaume Vyart, Raoul Leharivel, et Thomas Le Breul. Cest /24 présent extrait a este fait et signé par nous tabellions dessus nommés.
Collacion faicte J.Cauvelande (paraphe)«
Feuillet 84 (pages 106 et 107 ADM) : une fondation de rente confirmée par Denis Cauvelande en 1477
16 mai 1477, Jehan Cauvelande en son vivant japiéca a donné et aumôné aux prêtres et clercs de Moon, 9 sous / St-Michel du nombre de 14 sous 3 boisseaux de froment et 1 gueline sur les hoirs Jehan Guelle (à présent Guillaume Guelle) ayant le droit de Thomas et Jehan dis Langlois, pour 1 messe anote de requiem avec matines à 9 lichons en précédent de la messe le 15 octobre pour le salut de son âme et de ses amis. Denis Cauvelande son fils confirme cette rente.
« Obit pour Jehan Cauvelande montant neuf soulz de rente que paie à présent Guillaume Guelle par exécucion. Enssuit l’extrait du don fait de ladite rente.
Donne par extrait de registre, le 16e jour de may l’an 1477, devant /2 Jehan Bauquet et Jehan Cauvelande, tabellions en la sergenterie de Saint Cler, comme deffunct /3 Jehan Cauvelande en son vivant de la parroisse de Moon, eust, de japiécha, donné et omosné /4 affin aux prestres et clers de la dite parroisse, pour avoir par chacun an, affin le 15e jour d’octobre /5 une messe anote de requiem avecques Matines à neuf lichons, en précédent de la dite /6 messe, pour le salut de son ame et de tous ses amys, neuf soulz tournois de rente, /7 qu’il avoit à prendre par chacun an, au terme Saint Michiel, du nombre de quatorze /8 soulz, trois bouisseaulx de fourment et une gueline sur les hoirs Jehan Guelle, /9 ayant le droit de Jehan et Thomas dis Langlois, laquelle rente fut acquise japiecha /10 par Guillaume Agoullant de Robert Guelle, à prendre sur les dessus dits, et non obstant /11 s’obliga la garantir, fournir à paier ou faire paier par voye et manière d’exécucion, /12 selon ce qu’il est porté par les lectres de la dite vente passée devant Benest Le Villons / 13 tabellion à Saint Lo, le samedy après la quaesre (1) Saint Pierre l’an 1474, /14 au (2) vidimnes desquelles, ces présentes sont annexées, duquel don ainsy fait par ledit Cauvelande, /15 lectre n’eust oncques este passé par quoy, lesdits prestres et clers eussent prié et requiem /16 à Denis Cauvelande, filz et héritier anisné dudit deffunct Jehan Cauvelande, leur /17 en passer lectres affin que ilz peussent plus aysiement jouir de la rente en temps /18 advenir, en là par fin, savoir faisons que et fut présent ledit Denis confessa ledit don, /19 aussy avoir este fait par ledit deffunct son père, et voullu se consenty et acorda /20 que lesdits prestres et clers jouissent ores et pour le temps advenir, diceulx neuf /21 soulz tournois de rente par les termes dessus dits, sans ce qu’il puisse jamaiz aller /22 à l’encontre, promecte icellui don, gairantir de son fait et dudit deffunct son père. /23 Tesmoings Colin Activelles et Laurens Duquesney. Cest présent extrait a este fait et signé /24 par nous tabellions dessus nommés.
Collacion faicte J. Cauvelande (paraphe) «
- Quaesre : chaire (St-Pierre), fête le 18 janvier (St-Pierre apôtre à Rome) ou le 22 février (St-pierre apôtre à Antioche)
- Vidimer : verbe, certifier authentiquement (Godefroy)
Feuillet 95 (pages 117 et 118) : un bail en fief de Me Mathieu Boullenc aux mariés Guillaume Bauquet et Jacquemyne, dont une maison.
5 mars 1504 (1505), maître Mathieu Boullenc, prêtre curé de Saint-Germain des Oulmes baille en fief auxdits mariés Guillaume Bauquet fils Jehan, de Moon, et Jacquemyne sa femme, nièce de Me Mathieu Boullenc, 3 pièces de terre pour 4 livres tournois de rente à la St-Michel allant à Me Mathieu Boullenc, dont la première avec maison, masures et gardin où ledit Me Mathieu se retient « à jouyr sa vie durante de la grande chambre dicelluy mesnage et de la cave de dessoulz, et droit d’aller et venir en icelles par le lieu aconstenue, laquelle chambre, iceulx mariés seront tenus tenir en réparacion de couverture, et n’y pouvra icelluy maistre Mathieu, mectre autre personne que lu, et demourer, oultre la volenté desdits mariés ». Les 4 livres donnés par Me Mathieu Boullenc pour 6 obits dont lui, père, mère et parents (60 sous), pour une messe ND (10 sous) et pour le trésor (10 sous).
« De quatre livres de rente sur Guillaume Bauquet et Jacquemyne sa femme, pour six obitz fondés en ladite église par vénérable et discrète personne maistre Mathieu Boullenc, curé de Saint-Germain d’Oulmes, dont il y a pour les six obitz 60 soulz tournois, pour la messe Nostre Dame dix soulz, et pour le trésor dix soulz. Enssuit la creacion dicelle rente.
Vénérable et discrète personne maistre Mathieu Boullenc, prestre curé de Saint /2 Germain des Oulmes, désirant augmenter et escroistre Guillaume Bauquet, filz /3 Jehan, de la parroisse de Moon, et Jacquemyne sa femme, nyepce dudit curé, a … /4 avoir baillie en fief afin auxdits mariés, et à cil (1) d’eulx qui le plus vivra, le tout /5
tendra, et après leurs decept, les hoirs dudit Guillaume. A ce, présent, ledit Guillaume /6 pour luy et sa dite femme, qui confessa avoir prins dudit maistre Mathieu, c’est à savoir /7 troys pièces de terre comme et assis audit lieu de Moon, qui furent et appartiennent à deffunct /8 Jehan Boullenc. La première tant en gardin que en terre labourable, une maison et /9 unes masures dessus estant, avecques les cours à ce appartenant, jouxtant ledit Guillaume des /10 costés, et bute d’un but au chemin tendant de la Rue de Moon au Rouge Douyt, et d’aultre /11 but au Clos Girot, et autres butz de champs. La deuxième au-dessus dudit gardin, jouxtant /12 le Clos Girot et Bauquet d’un costé, et d’autre costé audit Bauquet, bute du but /13 au chemin de Cerisy, et d’autre but sur ladite première pièce. La troisième jouxtant ledit Bauquet /14 et Guillaume Levieul d’un costé, et d’autre costé audit Bauquet, bute d’un but audit chemin 15 de Cerisy, et d’autre but audit chemin tendant de la Rue de Moon audit lieu du Rouge Douyt, /16 fait par quatre livres tournois de rente allant par chacun an audit bailleur, et audit terme /17 Saint Michiel, franchement et quictement, oultre et par dessus tout ce que deu en est, /18 justicier tant sur ladite fieffe, que sur tout telz héritages, comme ledit Guillaume a prins /19 et acquis, ou comme luy peulvroit à y tenir que furent à deffunct Girot Levieul et /20 sa femme, assis auprès et à l’environ dicelle fieffe et sur chacune partie pour le tout ,/21 touteffoys que mestrer en sera, o tout et tant en trente soulz tournois de rente, que /22 ledit maistre Mathieu avoit à prendre par exécucion sur lesdits héritages, au droit /23 du retrait qu’il en avoit fait de Roulland et Michiel ditz Jehan, qui les avoit /24 en précédent acquis de Guillaume le Vétier et Tiénote sa femme fille dudit feu Jehan /25 Boullenc selon les lectres sur ce faicttes que autrement gairantir de son fait, et /26 empeschement seullement, et lesquelz héritages compectent (2) appartiennent audit /27maistre Mathieu, tant au droit de fieffe que en a faicte de Colin Adam, pour /28 luy et establi pour Birete sa femme, que de la succession que luy en est venue /29 de ladite Tiénote, et mesmes de l’acquisicion qu’il en a faicte, tant de Thomas /30 Poullain, pour luy et procuré de Colecte sa femme, que de Michielle Boullenc /31 et Perrine veufve de feu Regnault Legaloys, icelles femmes seurs, filles de feu /32 Guillaume Boullenc, et héritières en leur partie desdites Tiénote et Birete, selon /33 les lectres desdites acquisicions annexées. Et aussy faire ce que ledit maistre Mathieu /34 soit gairanti en aucune manière auxdits mariés, de tel droit comme Jehan Ledouc… /35 et Rogière sa femme, seur desdites seurs, pouvroit avoir calengier (3) et demander esdits héritages, /36 s aucun droit, y voulloient demander, mais s’en deffend lesdits mariés, ou en /37 appoincter à leur charge, ainsy qu’ilz verront à convenir, et aussy selon les hoirs /38 de Jehan, Perrin et Richart ditz Duquesnay voulloient demander quelque /39 rente sur iceulx héritaiges, au droit de Jouenne,, en son vivant veufve dudit /40 feu Jehan Boullenc, lesdits mariés la feront tenir, deffendre ou paier à leur … /41 ainsy que dessus, et par ce moyen, aussy iceulx mariés seront tenus faire et /42 acquicter par chacun an, afin, et la seigneurie de Moon, en fieu au Carpentier, deux reys e… /43 deux reys et demy d’avayne, à quoi lesdits héritaiges estoient subjetz, tant en /44
l’acquit des hoirs Jehan Guelle, que d’autres, et en garder ledit maistre Mathieu /45 de dommage. Et sy retient, ledit maistre Mathieu, à jouyr sa vie durante de la grande /46 chambre dicelluy mesnage et de la cave de dessoulz, avecques les galenas ?(4) et droit /47 d’aller et venir en icelles par le lieu aconstenue, laquelle chambre, iceulx mariés seront /48 tenus tenir en réparacion de couverture, et n’y pouvra icelluy maistre Mathieu, mectre /49 autre personne que lu, et demourer, oultre la volenté desdits mariés. Lequel contract /50 et apoincte, lesdites parties oulrent agréable, promecte non aller à l’encontre. Tesmoings /51 Jehan Ledot, Richart Onffroy et Jehan Pierrefyte, fait le 5e jour de mars l’an /52 1504, devant Denis et Jehan ditz Cavelande, tabellions en siège /53 duHommet.
Collacion faicte D.Cauvelande (paraphe) »
- Cil : celui (Godefroy)
- Competer, compecter : appartenir, être du ressort de (Godefroy)
- Calengier : en normand, débattre, négocier
- Galendeis, garlander, galendage: garnir d’une cloison de briques (Godefroy)
