Poilus de Moon-sur-Elle : le temps du deuil, le temps du Souvenir
Le 11 novembre 1918 l’armistice est signé, les combats ont cessé. Ce fut un immense soulagement pour les familles mais aussi une explosion de joie, la fin de la guerre et la victoire. 38 poilus de Moon selon la plaque du monument aux morts de Moon, 42 poilus de Moon selon la plaque de l’église ont fait le sacrifice de leur vie au cours de ce long conflit (voir article sur les poilus de 1914-18, à nos morts pour la France).
La fin de la guerre de 1914-18, l’ampleur des pertes



Monument aux morts de Moon-sur-Elle: la Palme du Combattant et la Croix de guerre au dos de l’obélisque, la plaque des 38 poilus de Moon-sur-Elle morts pour la France, la Croix de guerre attribuée à la commune de Moon-sur-Elle
L’armistice du 11 novembre 1918
L’armistice marquait enfin la cessation des combats au grand soulagement des familles, mais le traité de paix n’était pas encore signé. L’Etat-major craignait que les Allemands repliés sur leurs frontières mettent fin à l’armistice après une période de répit, pour reprendre l’offensive.
Les soldats ne furent pas alors immédiatement démobilisés. Ils durent rester sur les frontières de la France et en Alsace-Lorraine reconquise, avec notamment une armée d’occupation sur le Rhin. Dans l’attente de garanties sur la paix et de la signature du traité de paix qui eut lieu fin juin 1919 à Versailles, les poilus ne furent que démobilisés progressivement au printemps et à l’été 1919 selon leurs classes. Les classes de 1894 à 1897 sont démobilisées dès février. Les classes plus jeunes, de 1907 à 1917 furent démobilisées entre fin juillet et septembre 1919. Restaient alors les classes dites actives de 1918-19. Ce n’est qu’à la fin du mois d’août 1919 que les soldats du 136e RI regagnèrent leur casernement à Saint-Lô.
Les prisonniers furent rapatriés à leur dépôt militaire, notamment à Rennes, au cours du mois de décembre 1918, amenés par bateaux dans les ports comme Cherbourg, Le Havre …. Seuls deux poilus de Moon hospitalisés au cours de leur captivité ont pu être libérés avant. Ils avaient été remis à la Croix-Rouge et passèrent par la Suisse. Désiré Lemière et Pierre Jouanne furent rapatriés en juillet 1918. Pierre Jouanne décéda en novembre 1921 à Sainte-Marguerite des suites de pleurésie à l’âge de 29 ans. Après une permission de quelques semaines dans leurs familles, les anciens prisonniers furent réaffectés dans leurs régiments, avant la démobilisation au printemps ou été 1919.
Des poilus décédèrent encore après l’armistice du 11 novembre 1918, des suites de leurs blessures ou de maladie.
- Gustave Charles, soldat réformé, décèda chez ses grands-parents, à l’âge de 19 ans.
- Léon Gautier le second fils de l’instituteur de Moon décèda le 1er février 1919 aux Oubeaux, après son séjour dans les hôpitaux militaires ou mixtes de Cherbourg et de Saint-Lô en été 1917 pour pleurésie.
- Emile Germain décèda à l’hôpital mixte de Caen en avril 1919 où il fut envoyé en janvier 1919. Quant à
- Eugène Pignolet, cousin du maire de Moon, il décèda la veille de l’armistice à l’hôpital militaire de Lure en Haute-Saône des suites de maladie contractée en service. Il avait 45 ans et servait comme sapeur au 6e Régiment du Génie.
A nos fils, nos frères
Le conflit laisse de nombreuses familles endeuillées. Une vingtaine de nos poilus avaient 25 ans ou moins de 25 ans. Certaines familles ont perdu plusieurs enfants.
La famille Lemoigne originaire de Marigny a perdu trois de ses cinq fils. Alphonse Lemoigne domestique à Moon depuis septembre 1910, marié à Eugénie Lemercère, fut porté disparu à l’âge de 28 ans, dès le premier mois des combats, le 30 août 1914 dans les Ardennes. Son frère Pierre, porté disparu un mois plus tard le 4 octobre dans les combats de l’Artois, décèda de ses blessures en janvier 1915 à l’âge de 24 ans. Il fut enterré par les Allemands à Neuville-Vitasse dans le Pas-de-Calais. Edmond le troisième frère est porté disparu en juin 1915 dans la bataille de l’Artois à Roclaincourt, tué à l’ennemi à l’âge de 22 ans. Elisa Lemoigne, la mère, veuve, a perdu 3 fils en moins d’un an. Les frères Pierre et Edmond Lemoigne ont été inscrits sur le Monument aux morts de Marigny.
Cinq familles ont perdu deux fils. Le restaurateur au Quartier de la Gare depuis 1882, Alphonse Decaen, a perdu deux de ses fils. Emile tué en septembre 1914 dans la Meuse à l’âge de 21 ans, Aimé mort de ses blessures en octobre 1917 à Verdun. Le père qui décéda en janvier 1918, ne verra pas la mort de son troisième fils, Albert, instituteur, qui fit toute la guerre. Blessé, une balle au bras en septembre 1914, Albert reçut ensuite la Croix de guerre en 1917. Il décéda de maladie en janvier 1923 à l’âge de 35 ans.
Léopold Gautier, l’instituteur de Moon, qui partit ensuite aux Oubeaux lors de sa retraite, a vu la disparition de ses deux fils, André et Léon mobilisés en 1914 et 1916, morts des suites de maladie en octobre 1918 et en février 1919 à l’âge de 28 ans et de 23 ans. Léopold Gautier, le père, leur survit peu, il décèda en mars 1921 à l’âge de 58 ans.


La famille Allix, originaire de Longueville (14) mais dont les grands-parents paternels étaient de Moon, a perdu Léonce en novembre 1914 mort à l’âge de 23 ans de ses blessures dans le Nord de la France, et Edmond fut porté disparu en juin 1915 à Roclincourt lors de la bataille d’Artois à l’âge de 22 ans. Ils étaient tous les deux journaliers.
Les frères Simion nés à Moon, la famille s’était installée sur Lison au début du XXe siècle, décédèrent au cours du conflit, en janvier 1915 pour Albert à l’âge de 29 ans et en janvier 1917 pour Léon à l’âge de 25 ans.
La famille Lahaye résidant à Moon en limite de Sainte-Marguerite d’Elle, perdit deux garçons sur trois, Clément, domestique à Moon, tué dans la Marne en octobre 1915 à l’âge de 24 ans et Ernest, charpentier et marié à Saonnet (14), mort en octobre 1914 à l’âge de 30 ans. Son nom est inscrit sur le Monument aux morts de Saonnet. Quant au frère aîné, Jules ouvrier agricole sur Moon, il est renvoyé dans ses foyers, un mois avant la mort de son jeune frère Clément, en septembre 1915 après une blessure à la cuisse droite par balle en septembre 1914 et une hospitalisation.
Louis Lemarquand, le fils du garde-champêtre de Moon, père veuf décédé en décembre 1915, fut tué en juillet 1918 à l’âge de 21 ans, alors que son frère Ernest était prisonnier. Le cantonnier de la commune, Gustave Pitrey a perdu son fils Henri âgé de 20 ans en septembre 1918. Son premier fils Albert âgé de 21 ans en revint, mais blessé par deux fois, en mai 1918 par un éclat d’obus et en octobre 1918 par balle.
Plusieurs membres du conseil municipal ont perdu un membre de leur famille. Constant James a perdu son fils Louis porté disparu en septembre 1914 âgé de 27 ans. Amand Le Canu a perdu son fils Alexandre en juin 1915 porté disparu à l’âge de 24 ans. Paul Martin a perdu son fils Juste en mars 1918 âgé de 29 ans. Quant au maire Alexis Pignolet, il a vu la mort de son cousin Eugène, décédé la veille de l’armistice en 1918 âgé de 45 ans. Parmi les nouveaux élus en décembre 1919, Alphonse Lefoulon avait perdu son fils Jean-Baptiste âgé de 30 ans l’année précédente, en octobre 1918, et Jacques Grenier avait perdu son frère François âgé de 24 ans en août 1914. Sans oublier le secrétaire de mairie, Léopold Gautier instituteur, qui avait perdu ses 2 fils André en octobre 1918 et Léon début février 1919.
La famille Lefoulon, cultivateurs à Moon, qui avait déjà perdu leur fils cadet en 1912, décédé de tuberculose à l’âge de 23 ans, fut touchée à nouveau en 1918 par la perte de leur deuxième fils, Jean-Baptiste âgé de 30 ans. Une tombe au nom des deux fils est encore érigée dans le cimetière de Moon.

La famille Jeanne, des charpentiers, a vu Charles Jeanne, né au village Pignolet en 1895, tué en 1918 à l’âge de 22 ans et son beau-frère Désiré Marie, charpentier également, tué en 1916. Désiré Marie, marié à Moon en 1906 à Félicie Jeanne, a son nom inscrit sur la plaque de l’église de Moon et sur le Monument aux morts de Saint-Clair sur Elle.
A nos pères, nos maris
Sept poilus étaient mariés lors de la mobilisation en été 1914 et deux étaient veufs. Ils laissent au moins sept orphelins.
La famille Lemoigne déjà éprouvée par la perte de 3 fils, laisse plusieurs orphelins. A 24 ans, Alphonse Lemoigne s’était marié en 1910 à Fervaches avec Eugénie Lemercère de Moon. Tué en 1914, il laisse 2 enfants à Moon, Georges âgé d’à peine 4 ans et Marie âgée de 2 ans.
Charles Gouye, tué en octobre 1914, s’était marié en 1906 avec Marie Labonde et laisse deux orphelins sur Lison : Maurice âgé de 6 ans et Suzanne âgée de 4 ans. Le frère de Clément Lahaye, Ernest a quitté Moon pour Saonnet où il se maria avec Gabrielle Marie en 1912. Décédé en octobre 1914, il laissa deux jeunes orphelins : Yvonne âgée de 2 ans et Jules âgé d’un an.
Eugène Grandcamp, cultivateur à La Maison Neuve, tué en septembre 1914 laissait une petite fille, Elise, âgée 3 ans et demi.
Charles Lenoir et Louis James étaient beaux-frères. Louis marié à Marguerite Daguet eut une petite fille Suzanne né en juin 1914 et Charles marié en 1913 avec Maria James eut un fils Charles en septembre 1914. Tous les deux furent tués dans les premiers mois de la guerre, Louis lors de la bataille de la Marne en septembre 1914 la veille de ses 28 ans et Charles fut tué le 9 novembre 1914. Deux jeunes papas qui laissaient deux bébés orphelins. Marguerite Daguet, veuve de Louis dut affronter également la mort de son frère Emile, qui résidait à Airel, tué le mois suivant en octobre 1914. Le mois suivant, ce fut Charles son beau-frère qui était tué.
François Grenier venait de se marier un an plus tôt à Moon en juin 1913 avec Louise Costard domestique à Moon. Emmanuel Folliot s’était marié en octobre 1913 avec Elisa Letellier et Charles Lenoir s’était marié en juillet 1913 avec Maria James. Ces 3 poilus qui venaient de se marier à Moon en 1913, veille du conflit, sont tués l’année suivante à l’automne 1914.
Pupilles de la Nation et secours aux familles
La première guerre mondiale laissa de nombreuses familles sans soutien familial. La loi de juillet 1917 créa les Pupilles de la Nation destinées aux orphelins de guerre adoptés par la Nation. Le pupille se vit accorder des aides pour les études, la protection de la santé, l’accès à l’emploi. La petite Marie Lemoigne née en 1912 ou le petit Charles Lenoir né en 1914 furent reconnus pupilles de la Nation.
Avec la loi de février 1915, une dizaine de familles parents de poilus tués, petits cultivateurs, domestiques ou cheminots, avaient pu recevoir un secours après la mort d’un de leur proche : 6 veuves (Alvina Grandcamp, Marguerite James, Eugénie Lemoigne, Marie Lenoir, Louise Grenier, Gabrielle Lahaye), 5 parents (de Maurice Bernard, de Florent Degouet, de Clément Lahaye, d’Edouard Lesellier et d’Albert Simion) reçurent chacun un soutien de 150 francs.
Le deuil des familles
« Qu’ils reposent en paix » (inscrit sur la plaque de l’église)
Faire le deuil pose la question d’une sépulture sur laquelle la famille puisse se recueillir. Sur le front, de simples croix de bois signalaient les tombes. Après la guerre, l’Etat procéda à l’identification des corps, car de nombreuses tombes restaient isolées et des corps avaient été mal identifiés.
Rapatriements et inhumations au cimetière communal à Moon–sur-Elle
Le rapatriement des corps du front vers le cimetière communal n’était pas encore autorisé début 1920 et même si les corps étaient identifiés, l’Etat invoquait la pénurie des transports, jugés insuffisants pour les besoins économiques. Les familles furent autorisées à se rendre en pèlerinage sur la tombe du mari, du fils ou du frère tombé au champ d’honneur. L’ayant-droit pouvait bénéficier d’une réduction de 50 % sur le billet de train depuis l’été 1919.
En mai 1920 l’Etat décida de créer des cimetières nationaux sur le front pour regrouper les tombes. Les rapatriements furent autorisés, mais face à des entreprises aux pratiques peu scrupuleuses, l’Etat décida en septembre 1920 de prendre les opérations de rapatriement des corps à sa charge si les familles le souhaitaient. Cette demande était à formuler avant le 15 février 1921.
En mars 1921, arriva à Lison l’un des premiers convois avec 2 wagons chargés de 42 cercueils de poilus de la Manche. Le 5 août 1921 le corps de Monsieur Victor Lebeurier, qui était maire de la commune de Saint-Clair, et tué sur la Meuse, fut inhumé à Saint-Lô. Le corps d’André Gautier, décédé en octobre 1918 à Dourdan, dont le nom figure sur les Monuments de Moon et des Oubeaux est inhumé au cimetière des Oubeaux en présence de sa mère Madame Léopold Gautier et de sa sœur, le 9 juin 1922.
A Moon, c’est le mercredi 19 juillet 1922 que fut inhumé le corps de Maurice Bernard, brancardier au 336e RI, tué en février 1915. Les obsèques eurent eu lieu en présence d’une foule nombreuse, de la société des Anciens combattants de Moon précédée de la fanfare de Saint-Clair. Monsieur Ladroue, chef de la musique de Saint-Clair, a rendu hommage à Maurice Bernard qui avait fait partie de la fanfare pendant 10 ans.
La société d’Anciens combattants avait d’ailleurs tenu son assemblée générale annuelle le dimanche précédent, le 16 juillet. Elle avait émis, lors de sa réunion, le vœu de voir s’achever les travaux projetés d’ornementation du Monument aux morts.
Au cimetière de Moon sur Elle, 4 tombes de poilus existent encore aujourd’hui :
La famille de Maurice Bernard avait demandé après la guerre, l’exhumation du corps de leur fils Maurice Bernard tué en février 1915 à Souains dans la Marne, afin de l’inhumer au cimetière communal de Moon en juillet 1922 « A notre cher fils Maurice Bernard mort pour la France le 17 février 1915 à l’âge de 28 ans – regrets éternels ». A titre posthume Maurice Bernard avait reçu la Croix de guerre avec étoile de bronze.


Jean-Baptiste Lefoulon décéda à l’hôpital de Bergues dans le Nord des suites de la grippe espagnole le 31 octobre 1918.
Gustave Charles est décédé 15 jours après l’armistice chez ses grands-parents au Quesnot. Soldat de la classe 1919 il fut réformé. A pour inscription sur sa tombe « A notre frère – Gustave, Raymond, Louis Charles – dcd 26 9bre 1918 âgé 19 ans – mort pour la France – regrets de toute sa famille ».
Ce frère est Georges Charles, né en février 1898 à La Meauffe, frère qui se maria en 1922 à Moon avec Henriette Leviennois. Les 2 frères étaient nés en 1898 et 1899 chez leur oncle Ange Marie. Leurs parents à l’époque étaient domestiques à Quetteville près d’Honfleur comme cocher et cuisinière. La mère devenue veuve était domiciliée à Moon en 1918.
Quant à Alexandre Lecanu porté disparu lors de l’offensive en Artois en juin 1915, son nom a été gravé sur le caveau familial encadré par les 2 médailles : la Croix de guerre et la Médaille militaire.


Les disparus lors des combats, 13 poilus de Moon
La question des portés disparus lors des combats rendait le deuil encore plus difficile pour les familles. 13 poilus de Moon portés disparus, c’est un tiers des poilus gravés sur la plaque du monument aux Morts.
Octave Lemerre fit paraître dans la presse locale en janvier 1919, l’Avenir du Bessin et Cotentin et le journal d’Isigny réunis, cet avis : « Monsieur Octave Lemerre à Moon sur Elle serait très reconnaissant à des militaires rapatriés qui pourraient lui donner des nouvelles de son fils Paul Lemerre soldat du 119e RI, 12e Cie, 3e Section, secteur postal 81, disparu dans la nuit du 25 au 26 juin 1915 à Aix-Voulette Souchez » le Tribunal acta 6 ans plus tard, en août 1921, le décès officiel de Paul Lemerre. Les tribunaux pour rendre ces jugements s’appuyèrent sur les informations transmises par les autorités militaires. Les décisions judiciaires furent ensuite transcrites à l’Etat-civil de la commune où résidait le poilu.
Ces décisions furent encore nombreuses après la guerre. A Moon trois notifications de ces jugements du tribunal sont transcrites en 1920 (Charles Gouye disparu en octobre 1914, Louis James disparu en septembre 1914, Ernest Maugendre disparu en septembre 1917), cinq transcriptions en 1921 (Georges Bernard, Alexandre Lecanu, Paul Lemerre tous les 3 disparus en juin 1915, Alphonse Lemoigne disparu en août 1914, Emile Marcel disparu en mai 1917), 3 en 1922 (Edmond Leberruyer tué en mai 1918, Allix Edmond disparu en 1915, Capelle Lucien tué en 1918) et une en 1937 (Louis Lemarquand disparu en juillet 1918).
Les nécropoles nationales et carrés militaires
Pour la grande majorité des combattants morts pour la Patrie, les corps ont été regroupés et reçurent une sépulture proche des lieux de combat, dans les nécropoles ou le carré militaire d’un cimetière.
Nécropole de Notre-Dame de Lorette à Ablain-Saint-Nazaire (Pas de Calais) sur le front de l’Artois proche de la crête de Vimy
- Georges Bernard (tombe n° 18413) – Emmanuel Folliot (tombe n° 7281) – Paul Lemerre (tombe n°1876)
Notre-Dame de Lorette en Artois, fut un champ de bataille disputé entre octobre 1914 et septembre 1915. L’Anneau de la mémoire inauguré en 2014 porte sur 5000 plaques d’acier, 579 606 noms de soldats de toutes nationalités, tombés dans le Nord – Pas-de-Calais en 1914-18.


Nécropole de La Targette à Neuville-SaintVaast (Pas de Calais) sur le front de l’Artois proche de la crête de Vimy
- Edmond Allix (tombe n°7255) – Edmond Lesellier (tombe n° 2424)
Cimetière de Sailly-Labourse (Pas de Calais) sur le front de l’Artois
- Joseph Groult (tombe n° 5 dans le carré militaire)
Nécrople de Zuydcotte (Nord) sur le front des Flandres, près d’un hôpital militaire.
- Allix Léonce (tombe n°1106)
Nécropole de Tracy le Mont (Oise) proche du front de la Somme
- Charles Jeanne (tombe n°1631)
Cimetière de Meaux (Seine et Marne) sur le front de la Marne
- Léon Simion (carré militaire)
Nécropole de Soupir (Aisne) sur le front en Champagne près du Chemin des Dames
- Louis Lemarquand (tombe 4061)
Nécropole de Slllery (Marne) sur le front en Champagne près de Reims
- Eugène Grandcamp (tombe n° 694)
Nécropole de Saint-Thomas en Argonne (Marne) sur le front en Argonne
- Clément Lahaye (tombe n° 1763)
Nécropole de La Forestière à La Chalade (Meuse) en Argonne
- Ernest Lepoultier (tombe n°1054)
Nécropole de Rembercourt sur Maisne (Meuse) près de Bar le Duc en Argonne
- Emile Decaen (tombe n ° 626)
Nécropole de Glorieux à Verdun (Meuse)
- Aimé Decaen (tombe n° 1623)
Nécropole de Glacis le Château à Belfort
- Eugène Pignolet (tombe n° 56)
Cimetière Ouest de Rouen (Seine maritime)
- Edmond Lelaizant (rang 6, tombe n° 34)
Cimetière de Forges-les-Eaux (Seine maritime)
- Henri Pitrey (carré communal)
Nécropole de Bitola en République de Macédoine
- Emile Langlois (tombe n° 1408), sur le front des Armées d’Orient dans les Balkans.
Le temps du Souvenir
De l’armistice du 11 novembre 1918 à la Fête de la Victoire le 14 juillet 1919
C’est lors du 14 juillet 1919, date de la Fête nationale, que fut célébrée la Victoire. A Paris, le défilé à l’Arc de Triomphe a vu passer d’abord les mutilés, puis les 2 maréchaux Joffre et Foch suivis de Pétain. Arrivaient ensuite les Armées alliées et enfin l’Armée française.
A Isigny-sur-Mer, les maisons étaient pavoisées et un drapeau de la Victoire fut remis à la commune en la mairie. Fête foraine, retraite aux flambeaux et grand bal populaire furent au programme des réjouissances. Les morts n’ont pas été oubliés. En l’église de Grandcamp une grand-messe fut célébrée en leur hommage.
L’élévation d’un monument aux morts à Moon-sur-Elle
Fêtes du Souvenir
Dès octobre 1919, des fêtes du Souvenir sont organisées selon les initiatives locales. Fêtes patriotiques comme à Littry le 12 octobre, à Formigny le 19, à Lison le 21, aux Oubeaux le 29 octobre 1919 ou à Trévières le dimanche 23 novembre 1919. A Longueville dont est originaire Emile Germain, nous retrouvons les mêmes cérémonies, messe, Te Deum, diplômes, banquet, qui eurent lieu le dimanche 7 novembre.
Le 15 août 1920 la municipalité de Moon organisa une fête en l’honneur de ses poilus avec le concours de la musique de Saint-Clair. Après la messe un banquet fut servi par Monsieur Yvrande restaurateur à Moon. Puis l’après-midi les vêpres furent célébrées et un vin d’honneur fut offert aux poilus en mairie. Des divertissements et jeux divers étaient également prévus au programme avec un feu d’artifice pour clôturer la journée
Des crédits votés en 1920 pour l’élévation d’un monument aux morts à Moon
C’est dans ce contexte que des souscriptions pour l’élévation d’un monument aux morts furent lancées.
Dès mai 1919, Lison lança une souscription sous la direction d’un Comité constitué de conseillers municipaux, de notables de la commune et du curé de la paroisse. Le monument aux morts est érigé le jour de la fête du Souvenir du 21 octobre 1919. La mairie était pavoisée, les habitations étaient décorées, la musique de Saint-Clair était présente. Le cortège se dirigea vers l’église trop petite pour contenir toute la foule assemblée. Après la messe, dans le cimetière le monument est béni dans un grand recueillement ; parmi les discours prononcés, celui de Monsieur Jamot président du Comité. Enfin des diplômes furent remis aux familles des soldats défunts et un vin d’honneur fut offert aux Anciens combattants.
A Sainte-Marguerite d’Elle, le Conseil municipal vota en août 1919 un crédit de 3 000 francs et lança une quête publique. Charles Gervais propriétaire de la laiterie de Sainte-Marguerite donna, en septembre 1919, 1 000 francs pour la souscription du monument aux morts. En octobre 1919, le monument aux morts est commandé auprès de l’industriel Mr Pachy de Vire. Le Comité du monument fut autorisé, en mai 1920, à encaisser les sommes de la souscription publique qui a donné une somme 8 727 francs, selon les 4 listes des souscripteurs publiées dans la presse locale. Le monument est réceptionné en gare de Lison début septembre 1920 et l’inauguration officielle se déroula le 3 octobre 1920 avec la messe, la musique de Saint-Clair, un banquet, et les vêpres. La bénédiction de la plaque de l’église eut lieu ce même jour.
Cette année, le 11 novembre 1920 marquait le deuxième anniversaire de l’Armistice mais aussi celui du cinquantième anniversaire de la Troisième République. Le 11 novembre fut instituée fête du Souvenir.
A Moon sur Elle, une première réunion des Anciens combattants se tint en mairie le 15 mai 1920 en vue de constituer une association et un bureau. Il est décidé d’organiser une fête patriotique à l’occasion de l’inauguration du Monument qui devait être érigé à la mémoire des enfants de la commune tombés au champ d’honneur. La date n’était pas encore arrêtée. Le mois suivant, le 26 septembre 1920, Le conseil municipal vota un crédit de 3346.50 francs pour le monument aux Morts, retenu auprès de l’entreprise de Neuville-Vire. Ce Monument a t’il été inauguré en cette fête du Souvenir du 11 novembre 1920 ou l’année suivante ?


Le Monument aux morts pavoisé et la plaque dans l’église de Moon placée entre la statue de Jeanne d’Arc, canonisée le 16 mai 1920 à Rome et la statue de Sainte Thérèse de Lisieux envers laquelle une dévotion s’est fortement développée.
Le Monument aux morts, situé dans le cimetière, a la forme d’un obélisque et porte pour emblèmes, une Croix catholique sur la face avant, la Palme du combattant et la Croix de guerre à l’arrière. S’y ajoute une dédicace gravée « Moon à ses enfants morts pour la France – 1914-1919».
Dans les bourgs de la région, de nombreux monuments aux morts sont inaugurés à la mémoire des héros. Ce fut le cas à Saint-Clair avec l’inauguration du Monument le 8 novembre 1920. A Cerisy la Forêt ce fut le 21 mai 1920. Si dans de nombreuses petites communes nous trouvons de simples obélisques comme monuments, dans les villes et les gros bourgs ou chefs-lieux de canton des monuments plus élaborés et plus onéreux furent érigés.



Monuments aux morts de Lison – Sainte-Marguerite d’Elle – Saint-Clair-sur-Elle
Le monument de Saint-Clair est en calcaire réalisé par 2 sculpteurs de Caen ; un poilu, en tenue militaire et armé, serein mais plein de détermination à assurer la défense de la Patrie. Une attitude toute patriotique avec ses mains appuyées sur un casque allemand et un coq gaulois au pied du monument. Pendant la Seconde Guerre mondiale, face à cet affront, les Allemands lui ont coupé les bras.
13 novembre 1921, fête cantonale à Saint-Clair sur Elle
A Saint-Clair sur Elle, Une fête cantonale en l’honneur des Anciens combattants de 14-18 se déroula le dimanche 13 novembre 1921 en présence du général Bühler commandant la subdivision et de chacune des communes, dont Moon, avec leur drapeau. La messe en musique, le matin, fut suivie du banquet le midi. Au programme de l’après-midi, la cérémonie au Monument aux morts, inauguré l’année précédente le 8 novembre 1920, la remise de décorations, l’assemblée générale des Anciens combattants et la réunion des Anciens combattants du canton. Le soir furent projetés des films patriotiques dans le cadre d’une grande séance de cinéma offerte aux habitants. Nous trouvons ainsi diverses manifestations pour l’anniversaire de l’armistice dans toute la région.

L’Union des Anciens Combattants de Moon-sur-Elle, tableau du bureau et des membres de l’Association entre les deux guerres (mairie de Moon-sur-Elle)
A Paris, l’Assemblée nationale débattait du projet de faire du 11 novembre une journée Fête nationale et fériée intitulée fête du Souvenir. La loi fut votée en octobre 1922 et depuis, une cérémonie dans chaque commune est organisée.

Une cérémonie du 11 novembre aux Oubeaux où ont été enterrés 2 poilus de Moon, les frères Gautier.
Les années 1920, la vie reprend
Pendant le conflit, la vie avait été de plus en plus éprouvante avec les réquisitions et des productions tournées vers l’effort de guerre. La question de la gestion du ravitaillement des populations fut l’une des tâches confiées aux mairies. Des cartes d’alimentation avec des tickets de pain, des coupons de sucre avaient été instituées.
L’inflation
La situation perdura après la guerre. Ainsi à Moon, la Commission des cartes d’alimentation existait encore en mai 1924.
Avec des denrées rares et un franc qui se dépréciait, les prix montaient plus vite que les salaires. La spéculation des accapareurs et des marchands de gros accroissaient le mécontentement. En 1919, ils achetaient le beurre, les œufs directement aux producteurs et sur les marchés, pour les expédier par train vers Paris et les départements sinistrés du Nord et de l’Est où ils les revendaient au prix fort, 18 voire 20 francs la livre de beurre. La municipalité d’Isigny pour ravitailler ses habitants, décida en février 1919 de réquisitionner du beurre au prix de 9,50 francs pour le revendre au détail, au prix de 11,20 francs, mais les producteurs ne voulaient le lâcher qu’à 16 francs sur le marché d’Isigny.
Face à la forte inflation, les prix furent taxés en ce début 1919 avec un prix maximum fixé : 9.50 francs la livre de beurre, 0.45 francs le litre de lait ou 0.90 franc le camembert de 300 grammes par exemple. En août 1919, des manifestations contre la vie chère éclatèrent sur les marchés de la région comme à Isigny le 13 août. L’affichage des prix devint alors obligatoire et des contraventions furent prévues au cas où les prix étaient dépassés. Ainsi le boucher de Moon fut condamné à une amende de 16 francs en mars 1920 par le tribunal de Bayeux pour le défaut d’affichage du prix des denrées.
A la fin de 1919 le ravitaillement et les prix restaient toujours une préoccupation majeure pour les populations. Si le prix du beurre redescendit à 7 francs la livre, il restait cher. Le prix du pain fut fixé à 1.25 franc les 2 Kg en octobre 1919 mais atteignit 1.90 franc au début de 1920. Puis le prix du pain se stabilisa à 1 franc le kilo environ. L’hectolitre de cidre qui coûtait 8 francs avant la guerre, atteignit les 60 francs en mai 1919 pour redescendre à 20 francs en septembre 1919.
La vie chère
Face à la vie chère, les salaires augmentaient mais ne suivaient pas l’inflation. Un journalier qui gagnait autour d’1.50 franc par jour en 1914 voyait son salaire journalier passer à 5 à 6 francs en été 1918. Pour une femme journalière, le salaire moyen était passé d’1.25 franc à 2.50 à 3 francs. Le cantonnier de Sainte-Marguerite démobilisé, de retour en 1919, obtint que son salaire mensuel passât à 150 francs en janvier 1919, puis à 200 francs en mars 1920, et à 280 francs en mai 1922.
En octobre 1919, la commune de Moon se vit attribuer une somme de 823.75 francs pour les dépenses résultant de l’état de guerre. Le conseil décida de répartir cette somme entre le garde-champêtre, Monsieur Rivière qui avait remplacé Monsieur Lemarquand décédé, à hauteur de 200 francs, le secrétaire de mairie Monsieur Gautier à hauteur de 400 francs pour la vie chère, et les frais de ravitaillement pour 150 francs.
Appel à la solidarité avec les régions du Nord et de l’Est dévastées.
L’Etat avait lancé un appel à la solidarité et à la générosité des habitants pour ravitailler les populations des départements dévastés du Nord et de l’Est. Sous l’autorité du Préfet de la Manche, un train de 20 wagons, chargés de 3 400 poules et de 1 300 lapins collectés, quitta la gare de Lison pour le département de l’Aisne en juin 1919. Il fut escorté par 9 soldats chargés de la garde du train et de la nourriture des animaux.
Les communes du Nord-Est de la France pouvaient être parrainées et aidées afin de faire face aux pénuries et aux destructions. Le canton de Saint-Clair a adopté la commune de Breuil. Le conseil municipal de Moon vote par 2 fois, en mai 1921 et en juillet 1922, un secours de 350 francs. Est-ce la commune de Breuil dans la Somme totalement détruite par les bombardements allemands ?
La vie reprend à Moon-sur-Elle
Mariages et naissances
La vie reprit progressivement son cours au début des années 20. Si six mariages furent seulement célébrés pendant la durée du conflit entre 1914 et 1918, dont un seul entre 1914 et 1916, sept mariages furent célébrés dès 1919, dix en 1920 et douze en 1921. Quatre veuves de nos poilus se remarièrent.
La commune enregistra un pic de naissances en 1920-21 avec 18 naissances en 1920 et 21 naissances en 1921. La moyenne avant-guerre, autour d’une quinzaine de naissances annuelles, tomba à une dizaine au cours des années 1915-16-17-18 et 19.
Les poilus rentrés reprirent leur place. Monsieur Georges Leboulanger hôtelier à Sainte-Marguerite d’Elle sur le Quartier de la Gare, et qui venait d’être démobilisé, annonçait dans la presse locale d’Isigny du 3 mai 1919 la réouverture de son établissement l’Hôtel de l’Ouest à la gare de Lison, avec service restauration, chambres, écuries et garages.
Arbre de Noël et tour de France
Les Tuileries de Beauvais avaient en 1920 les tuileries de Lison, d’Airel-Moon et de Saint-Fromond aux Etablissements Couvreux. La nouvelle société annonça en novembre 1920 que 60 logements ouvriers seraient construits à Lison. Le 25 décembre 1921, la nouvelle société, avec Monsieur Dupont pour directeur, organisa un Arbre de Noël pour ses ouvriers dans une salle de l’usine d’Airel. Des jouets et des gâteaux furent distribués par le père Noël aux 150 enfants présents avec leurs parents. En soirée un concert vocal et instrumental fut donné, suivi par une pièce de théâtre comique « la nouvelle Bonne » jouée par des employés de l’usine de Saint-Fromond.
Le premier Tour de France d’après-guerre passa à Isigny le 1er juillet 1919 vers midi 30. Henri Pélissier remporta cette deuxième étape, longue de 364 km, à Cherbourg en 15h 54 minutes. Les coureurs avaient quitté Le Havre à 2h 30 du matin. En juin 1921 le tour du Bessin partant de Bayeux rassembla 7 coureurs dont Louis Marguerite de Moon sur Elle qui termina deuxième.
La vie reprenait, mais les deuils et la vie chère pesaient sur les populations. Les années d’avant-guerre furent désormais perçues comme celles des belles années, celles de la « Belle Epoque ».
Gilbert Lieurey
Sources :
- Etat-civil de Moon et registre du Conseil municipal.
- Archives de la Manche et du Calvados (Etat-civil, registres des matricules militaires, comptes rendus de conseils municipaux de Sainte-Marguerite, presse).
- L’avenir du Bessin et du Cotentin et le journal d’Isigny de 1919 à 1924 (Archives du Calvados)
- Site Internet mémoire des hommes (première Guerre Mondiale)
- Les Manchois dans la Grande Guerre (Patrick Fissot) 2008
