Libération 1944 de Moon-sur-Elle : témoignages
A l’approche des cérémonies du 60ième anniversaire du Débarquement des Alliés en 2004, j’ai pu recueillir toute une série de témoignages d’Anciens de Moon qui avaient accepté de raconter leurs souvenirs de leur première rencontre avec les Américains. Souvenirs de 60 ans, les versions peuvent diverger parfois, selon les témoins, dans le récit de quelques faits.
Vendredi 9 juin, vers 16h 30, les Américains arrivèrent par Lison. Les premières rencontres eurent lieu le vendredi 9 juin, lorsqu’en fin de journée, les premiers Américains remontèrent La Fotelaie ou le Chemin du Taillis. Les français attendaient les « Tommies », mais ce furent des Américains qui arrivèrent sur la Pomme d’Or. Ils se positionnèrent devant la vallée de l’Elle, face à une ligne défensive allemande prête à la bataille.
Les premiers contacts avec ces premiers soldats américains furent « méfiants » selon Roland Poirier, Marcel Levéel ou André Pallix. L’ennemi était encore présent sur la commune au sud de la vallée de l’Elle. N’oublions pas qu’officiellement le régime de Pétain collaborait avec l’Allemagne nazie. La famille d’André Pallix offrit des cerises et du cidre, mais ils durent goûter avant. La famille Poirier offrit des galettes et du lait aux premiers soldats qui appréciaient, car l’intendance ne suivait pas au début. Edouard Jeanne, commis-boucher à la gare, réfugié au château des Tiques, aperçut ses premiers soldats américains le vendredi fin d’après-midi au bas de la Fotelaie. Il s’avança avec un drapeau blanc. Il fut fouillé, interrogé, par un soldat canadien qui parlait le français. Il repartit avec des sachets de café, du chewing-gum, des cigarettes et des conserves. Henri Levéel rentra à sa maison située à la Fotelaie le samedi matin 10 juin. Ils offrirent du cidre à un groupe d’Américains qui firent la grimace.
Après les 48 premières heures, les échanges avec la population furent très cordiaux, une population enthousiasmée par l’arrivée continue de ces soldats américains accueillis comme libérateurs.
L’arrivée des premiers Américains à Moon-sur-Elle le 9 juin 1944
Dès la nuit du 5 au 6 juin 1944, les habitants de Moon-sur-Elle entendirent le grondement continuel des canons et qui apercevaient des lumières éclairant le ciel vers la côte.
Le Débarquement
Marcel Levéel avait 19 ans en 1944. Il a rapporté en 2004, dans son livre Rail et Haies, cette nuit angoissante : « … 6 juin à 5heures 55 (heure anglaise) au quartier de la Fotelaie : en quelques minutes, le ciel s’embrase au nord, en même temps que retentit le bruit infernal d’un bombardement. A quelques kilomètres, sur la mer, des violents tirs se prolongent … La cacophonie des canons et des obus se mélange très vite en un grondement continuel qui nous assourdit totalement! … les Anciens de la dernière guerre présents, ils sont trois avec nous, annoncent: C’était comme cela à Verdun … des grosses pièces sont en action. Nous comprenons que des navires de guerre sont en face de nous et tirent dans notre direction … Par chance nous sommes loin et nous ne sentons pas directement menacés. Mais prudence répètent les Anciens… Pendant une demi-heure, nous sommes paralysés, incapables d’agir… On attend et observons. »
Marcel Levéel, l’abri du Rachinet
Marcel Levéel, embauché à la SNCF en 1943, travaillait comme facteur aux écritures. Il avait jour de repos ce mardi 6 juin. Habitant au bord de la grande route d’Isigny, dans la côte de la Fotelaie, sa famille avait préféré quitter la maison pour se réfugier dans la rue de la Corde, puis à la suite du petit matin du 6 juin 1944, dans un abri retiré dans les champs vers le Rachinet. à deux kilomètres. 22 personnes, au total, étaient isolées dans le repère, un fossé de trente mètres de long avec foin et fagots.
La première préoccupation était d’assurer le ravitaillement. Du lait, du beurre baratté et des galettes de la ferme des Chan faisait l’affaire, ainsi que quatre pains du boulanger de Saint-Clair rapportés le mercredi 7 juin. Le vendredi 9 après-midi, au retour de la Fotelaie, les fabricants de galettes annoncèrent que les « Tommies » arrivaient par le Haut-Chêne. Ce ne fut qu’en fin de journée, que la mère Chan, revenant de traire ses vaches, précisa que c’étaient des Américains. Par prudence, le groupe passa la nuit dans l’abri. (1)


Peinture de Marcel Levéel (dans la nuit du 5 au 6 juin 44)
Arthur Turmet, cheminot au dépôt de Lison
Arthur Turmet allait avoir 21 ans au moment du Débarquement du 6 juin. Dans la nuit du 5 au 6 juin 1944, il avait pris son service avec Leboulanger au dépôt. L’équipe de manoeuvre au travail, une locomotive fut tournée à11 heures du soir au triangle, puis une autre à 1 heure du matin.
Selon Marcel Levéel, la gare de Lison était d’abord une gare de triage. Jour et nuit, une équipe de manoeuvre avec une locomotive triait des wagons sur les 8 voies de la Plaine. Un train complet de marchandises pour les Allemands, c’étaient 30 à 50 wagons.
Vers 2 heures du matin, selon Arthur Turmet, les avions arrivèrent de la direction de la Bouque d’Elle et bombardèrent la gare. Le dépôt et le triangle en étaient les cibles. 21 locomotives furent détruites sur les 22 au dépôt. Seule, la bossue soit une 140-555 fut sauve. Si la gare en elle-même fut épargnée, l’usine des tuileries de Lison fut touchée.
Avec Leboulanger, Arthur s’était réfugié sous le deuxième château d’eau pour se protéger des mitraillages en enfilade. La DCA allemande n’avait pas répondu. Si Leboulanger avait connu la guerre14-18, Arthur connut son baptême du feu avec grande frayeur. Dans la nuit il repartit chez lui. D’ailleurs la gare fut désertée par les cheminots.


Arthur Turmet, maire d’honneur de Moon-sur-Elle, décoré en 1996 – destructions du triage de la Plaine en gare de Lison en juin 1944.
Madame Laval, la femme du chef du dépôt de la gare de Lison, Albert Laval, était réfugiée au chemin du Taillis dans la maison des Labbé. Elle raconta quarante ans plus tard que « dans la nuit des tirs étaient assourdissants malgré les 30 km qui les séparaient de la côte. Sortis à l’arrière de la maison (des Labbé), tous virent le ciel tout éclairé et flamboyant à l’horizon. C’était impressionnant » (source la République du Centre du 7 juin 1994).
Edouard Jeanne commis boucher au quartier de la Gare
En juin 1944, Edouard Jeanne avait 18 ans et travaillait comme commis boucher chez Madame Pelcot, au quartier de la Gare. Son père était cheminot, mécanicien au dépôt de la gare, et la famille résidait au carrefour d l’Herbage à Chasles.


Edouard Jeanne (à droite) président de l’Association du Mur du Souvenir à Saint-Jean-de-Savigny – le chemin du Rachinet menant au château des Tiques
Sous l’occupation, le rationnement
Pendant l’Occupation, ses patrons avaient le droit à une vache par semaine, à abattre obligatoirement à Saint-Clair. Le ravitaillement en bestiaux se faisait à Cerisy-la-Forêt, puis ce fut Saint-Lô. L’abattage clandestin existait dans la campagne, il permettait de mieux supporter le rationnement, 300 à 400 grammes de viande au lieu des 150 grammes légaux de viande autorisés par semaine, par personne, que la boucherie avait le droit de distribuer le samedi. A cela s’ajoutaient quelques porcs et veaux.
Le quartier de la Gare était en limite de la zone interdite. Lorsqu’Edouard prenait le train pour voir sa tante à Cherbourg, situé sur la côte dans la zone interdite, il n’était pas très rassuré à la vue des contrôles allemands. Mais n’ayant pas 18 ans, seule sa carte d’identité suffisait.
Les bombardements sur la Gare
Dès 1942, le dépôt de Lison fut mitraillé. Au début la RAF se présentait au-dessus de l’objectif, les avions décrivaient trois tours en rase-motte afin d’avertir les cheminots de se mettre aux abris. Des postes de la Flack allemande furent installés. Du chemin de l’abattoir où travaillait il travaillait, Edouard Jeanne pouvait observer, mais il était préférable de se mettre à plat ventre le long du mur.
Début juin 1943, un avion anglais fut touché et s’écrasa sur la gare d’Airel, le pilote canadien fut enterré au cimetière du village. Un autre plus tard fut abattu sur Cartigny. Le dernier, ce fut le 8 juin 1944 (en fait ce fut le jour du 6 juin), il s’écrasa près du château de Moon-sur-Elle, plusieurs habitants en furent témoins. Edouard évoque également un bimoteur américain qui s’écrasa dans la côte du Haut-Chêne à Lison suite à un ennui mécanique, les 4 aviateurs purent sauter en parachute. Faits prisonniers, ils embarquèrent par le train pour l’Allemagne. Edouard écrit qu’ils avaient fière allure, dans leur blouson, pantalon et bottes rembourrées de peau de mouton et leur casque de cuir.
Edouard raconte également qu’un avion allemand fut abattu dans l’attaque d’une escadrille américaine et tomba dans le bas du chemin du Taillis. Le pilote qui déclencha son parachute atterrit près de la ferme de monsieur Garrec. Edouard l’avait suivi des yeux et fut le premier sur les lieux. Le pilote fit comprendre qu’il était blessé à la chenille. Avec Messieurs Garrec Bernard, ils lui immobilisèrent la jambe avec des branchages et de la ficelle. Ce fut à ce moment qu’une patrouille allemande sortit d’un fourré et les fit mettre mains sur la tête pour les tenir en respect. L’aviateur grimaçant fit comprendre que les trois Français avaient essayé de le soulager. L’officier s’excusa et les laissa repartir.
A la fin du mois de mai et en juin 1944, ce furent les bombardements les plus importants sur la gare. Une partie du quartier avait été détruite sur Moon-sur-Elle depuis la charcuterie jusqu’à la rue du Marais. La boucherie de madame Pelcot s’installa à l’épicerie de la Pomme d’Or chez Madame Yvrande, dès le mois de mai (et ce jusqu’à la reconstruction en 1947). La veille du Débarquement, Edouard déblayait le bois de chauffage et des décombres de la boucherie évacuée. Ce jour-là, comme Edouard allait prendre ces 18 ans le 13 juin, il avait eu le droit à sa carte de tabac et toucha sa première décade.
Le ciel était illuminé, impossible de dormir
Dans la nuit du 5 au 6 juin 1944, Edouard dormait au Rachinet dit château des Tiques, situé en retrait de la route. Depuis les bombardements, ils allaient chaque soir à la ferme de Mr et Mme Lebarbenchon, installés dans une étable, couchant tout habillé à la déroulée sur des fagots (isolant), paille et matelas. Au total c’était une bonne trentaine de personnes avec les familles Jeanne, Touroude, Lacotte, Giard, Blanchard, Deguillard, Manchec, Lagranderie, Levallois, sans oublier les fermiers et leurs six enfants. Vers minuit, ils furent réveillés par les bruits de canonnade vers la côte, le ciel était illuminé. impossible de dormir. Son père parti prendre son service, fut renvoyé dans la nuit par le chef de dépôt allemand.
Le ravitaillement
Le gros problème était le ravitaillement, les femmes faisaient de la galette, mais le pain manquait. Avec le vélo de son père, Edouard se rendit à Tournières, mais rien. Le lendemain, il se rendit à Saint-Clair avec Albert Ladune et Désiré Touroude, mais aucun des deux boulangers n’avaient pu faire de pain. En repartant, ils furent arrêtés par un soldat allemand qui les fit aligner le long du mur de la boucherie Auvray, les bras en l’air. « Défense de circuler » disait-il. Ce soldat décida d’aller chercher son officier. Dès qu’il disparut au tournant de la poste, les trois prirent leurs jambes à leur cou pour disparaître vers le chemin de la fontaine Saint-Clair. Ce chemin était encombré d’Allemands qui dormaient. Après avoir passé le pont de la Pierre, il fallut couper à travers champs, car le bourg de Sainte-Marguerite-d’Elle était investi pat les soldats allemands. Sur la route, cachés derrière le talus d’un champ près de la maison Poirier, ils virent venant de la Pomme d’Or, trois autobus parisiens aux couleurs blanc et vert bondés de soldats allemands.
Le lendemain du Débarquement
Le lendemain du Débarquement, dans l’après-midi les avions étaient revenus pour détruire le poste de DCA à la gare. Edouard vit trois soldats allemands, dont l’officier de la DCA, longer une haie près de la ferme, ils fuyaient à travers champs. « Edouard, grand malheur la guerre », beaucoup de soldats « kapout » disait l’officier, « finie la guerre » répondit Edouard, « nein » dit l’officier. Les avions double queue américains étaient redoutés des Allemand mais aussi des Français. A proximité de l »Herbage à Chasles, dans le chemin, le fils Guérin fut tué par un éclat de bombe, le mercredi 7 juin. Edouard avec son père, Henri Pézeril et Ladune, ramenèrent à la ferme, le corps enveloppé dans une couverture, à la nuit tombante. Désiré Touroude alla commander un cercueil chez Monsieur Leprovost, menuisier à Saint-Clair. André Guérin fut inhumé le vendredi matin, au cimetière de Sainte-Marguerite.
L’arrivée des Américains le 9 juin
Le vendredi 9 juin, les Américains approchaient. Edouard monta au grenier et par la lucarne, avec une paire de jumelles, il put distinguer des véhicules qui descendaient la côte du « Haut-Chêne ». La fusillade prenait de l’importance, tout le monde se mit à l’abri dans la cave voutée de la ferme. Le calme revenu, Edouard sortit, s’approcha de la ferme de Monsieur Brotin, et caché à l’angle de mur, il put apercevoir des soldats et le canon d’un char. Il attacha un mouchoir au bout d’un bâton, l’agita. Un soldat lui fit signe d’approcher. Il traversa le champ de pommiers et put apercevoir une étoile blanche peinte sur le char, c’étaient les libérateurs.
Le soldat le fouilla, puis lui demanda s’il y avait des Allemands dans le coin. Il parlait français, c’était un Canadien. Leur objectif était la voie de chemin de fer. Une mitrailleuse avec ses servants était pointée vers le haut de la côte de la Fotelaie. Le char tira un obus et fit un énorme trou dans la maison de Mr Lebouché, située en haut de la côte, au bout de la ligne droite. Elle pouvait cacher facilement des Allemands. Les Américains montaient de chaque côté de la route en file indienne. Le Américains donnèrent à Edouard Jeanne des cigarettes, du chewing-gum, du café en sachets et des conserves. Les poches pleines, il revint à la ferme et annonça la nouvelle, il était à peu près 16h 30. Tous descendirent pour les voir, mais ils furent refoulés de la route par les soldats.
Quelques instants plus tard, Jacques Finel, petit-fils de Mr Guérin, les alerta pour éteindre l’incendie de leur maison, dû à un chariot allemand chargé de munitions touché par un obus. La famille Guérin était éprouvée, avec la perte de leur fils la veille, la perte d’un autre fils en juin 1940, lors du bombardement de Dreux, et maintenant l’incendie de leur maison. Impossible d’approcher pour éteindre le feu. Un soldat allemand à demi carbonisé gisait au pied du poteau téléphonique, un autre mort, étendu sur le dos. C’étaient des ennemis, mais devant ces corps, Edouard était pris de pitié. Les deux chevaux dételés furent récupérer par Mr Giard.
Au retour à la ferme, on vint chercher Edouard pour abattre et dépecer une vache, blessée, qui appartenait à Mme Giard. Edouard se rendit à la Pomme d’Or, à travers champs, pour chercher ses couteaux. Le lendemain matin, la viande fut vendue à la ferme. Mr Giard marchand de fruits et légumes avait une balance. à 13 heures, plus de traces de la vache.
Pierre Labbé habitait le chemin du Taillis.
Dans la nuit du 5 au 6 juin, 18 personnes étaient à la maison des Labbé, notamment des habitants du quartier de la Gare, venus se réfugier. Le quartier de la Gare était jugé trop dangereux depuis les bombardements sur les installations ferroviaires, ces derniers jours.


Le Chemin du Taillis et la maison des Labbé – Pierre Labbé devant la stèle McGowan
Le mercredi 7 juin, Mr Lefort retourna au château Vancamp. En descendant, Pierre Labbé qui l’accompagnait vit de nombreuses bicyclettes démontées, abandonnées par les Allemands. Les soldats avaient pénétré dans la maison. Etaient-ils repartis précipitamment? une dinde à moitié plumée avait été laissée dans le seau à charbon. Elle fit un excellent repas pour les 18 personnes.
Le wagon de beurre du passage à niveau
Le vendredi 9 juin, Pierre Labbé avec monsieur Lefort était parti à travers champs pour explorer les wagons d’un train mitraillé et immobilisé sur la voie, pour trouver de la nourriture. En enfonçant un couteau dans une caisse, ils sentirent une masse dure, c’était … un jambon caché dans une caisse de beurre, une très bonne surprise, surtout que la famille Labbé abritait de nombreux réfugiés. Aussitôt, il fut décidé d’y retourner avec une brouette pour rapporter tout ce ravitaillement resté dans ces wagons et destiné normalement aux Allemands.
Mais à 50 mètres du train, ils virent deux sentinelles allemandes à chaque bout du train, d’autres avaient dû avoir la même idée de visiter les wagons. Ce fut la débandade, la brouette abandonnée, Pierre Labbé repassa à vive allure à travers les haies et perdit de vue Monsieur Lefort. Il entendit la mitraille vers le « Haut-Chêne » en haut de la côte de Lison. Pierre Labbé vit non loin de l’usine Galliot et la scierie un soldat allemand le bras en écharpe remonter vers Saint-Lô, ainsi qu’une autochenille. Dans les champs, deux chevaux de Mr Galliot avaient été tués la veille, sûrement par des avions qui avaient mitraillé le train. Au carrefour de l’Herbage à Chasles, en direction d’Airel, sur la droite, la deuxième maison était brûlée. A proximité de la barrière, deux Allemands étaient morts.
Un avion américain fut touché
Au cours de ces jours, un avion américain qui venait de mitrailler la gare de Lison fut touché au-dessus de la maison par la DCA allemande. Une explosion se fit entendre. le Thunderbolt P 47 descendit rapidement et dans un bruit fracassant s’écrasa entre l’église et le château, en-dessous du cimetière, près de la ferme de Mr et Mme Bouillet. Par la suite, le moteur fut trainé auprès du marronnier du château. L’hélice était restée plantée dans le sol, faute de pouvoir l’extraire. L’aviateur se nommait McGowan, une plaque commémorative fut apposée au monument aux morts de Moon en 1950.
Les premiers soldats américains s’installèrent dans les champs auprès de la maison
L’arrivée des Américains à la maison, ce fut vers 16h 30, dans l’après-midi du 9 juin 1944. Quatre Américains arrivèrent, deux par le champ, deux par le chemin, en tenue de camouflage avec des branchages sur leurs casques. On les accueillit à bras ouverts, des fleurs leurs furent données et on voulut donner à boire, mais ils avaient une énorme bouteille de champagne. D’autres soldats arrivèrent par le chemin, des jeeps, des camions.
Les premiers Américains s’installèrent pour la nuit du vendredi 9 juin au samedi dans les champs auprès de la maison. Un canon américain fut mis en place sous le noyer du champ, un poste de radio dans la buanderie et une mitrailleuse ainsi que 4 tubes anti-aériens à proximité. Il tira par la suite vers le chemin de la Castellerie et la ferme de la Planche car les Allemands s’étaient repliés sur le flanc sud de la vallée. Les Américains découvrirent dans le champ une mine allemande, sûrement placée la veille par les Allemands qui avaient bivouaqué dans la nuit du jeudi au vendredi. Personne dans la maison, pourtant au nombre de 18, n’avait entendu les soldats allemands. Au petit matin du vendredi, seul du matériel allemand, deux charriots aux roues caoutchoutées, avait été abandonné.


Un casque allemand rapporté à la maison des Labbé
En cette fin d’après-midi, deux Allemands sur une moto qui venaient de Cerisy-la-Forêt, furent surpris par la présence américaine au carrefour de la Pomme d’Or, à hauteur de la rue de la Corde. Ils voulurent faire demi-tour et tirèrent sur les Américains pour couvrir leur fuite. Les soldats américains répliquèrent. L’Allemand qui fit demi-tour à hauteur de l’entrée de la barrière fut tué. Le second a dû partir vers la rue de la Corde en courant. C’est ce que pense Pierre Labbé. En effet, peu après, un soldat américain parti en reconnaissance par cette rue, fut pris pour cible, une balle se fichant dans sa rangers. L’Américain se retourna, tira vers le soldat allemand caché dans l’arbre. La balle traversa la tête et le casque, casque qui fut rapporté à la maison de Pierre Labbé. En allant vers la Pomme d’Or et Les Landes Bosquets dans leurs champs, les Labbé virent un soldat américain dans le fossé avec un bazooka qui surveillait la route de Sainte-Marguerite-d’Elle. Le soldat avait aménagé un petit passage dans la haie, afin de pouvoir rentrer ou sortir du champ. Un deuxième soldat s’était installé en face.
Roland Poirier habitait aux Landes Bosquets
Les premiers Américains, ce fut vers le carrefour de la Pomme d’Or. Une moto allemande qui venait de Cerisy fut mitraillée par les soldats américains. Le soldat allemand à l’arrière de la moto fut tué. Il fut enterré par la suite par les Poirier et Lepesqueur, à hauteur aujourd’hui de la maison de Mr Lévêque. Quant au deuxième soldat qui pilotait la moto, il parvint à s’enfuir vers la vallée, tout en tirant selon Roland Poirier (une version différente de celle de Pierre Labbé). Les premiers soldats américains étaient méfiants, inquiets car les premières lignes avaient rencontré des difficultés.
Pendant quelques jours quelques soldats américains gardèrent la position
Pendant quelques jours, quelques soldats américains gardèrent la position de cette route vers Sainte-Marguerite-d’Elle – Cerisy avec un canon au carrefour, des bazookas et des mitrailleuses de part et d’autre de la route aux Landes Bosquets. L’intendance ne suivait pas, aussi les premiers soldats appréciaient les galettes et le lait donnés qui amélioraient l’ordinaire des rations. Par la suite ces soldats furent relevés, des automitrailleuses prirent position.
Avant le 6 juin, le père Poirier, volontaire, avait transporté en carriole à cheval des civils expulsés de Cherbourg, région stratégique, de la gare de Lison vers Moon-sur-Elle, Bérigny, … Des civils qui avaient fui Saint-Lô, après la première vague de bombardement le 6 juin, furent installés dans l’ex-laiterie de Sainte-Marguerite-d’Elle.
Vers la Castellerie, dans le bas de la vallée, les Américains se heurtaient aux positions allemandes, fauchés par les mitrailleuses allemandes. Pendant la bataille de l’Elle, les balles sifflaient à la maison. Sous le pont de la Castellerie, de chaque côté étaient postés des Allemands qui furent repérés. Deux soldats américains en chaussures à semelles caoutchoutées, sans bruit, allèrent les déloger.


la maison de Roland Poirier et la rue de la Gisloterie – route de Sainte-Marguerite-d’Elle, Les Landes Bosquets
A la ferme de la Duranderie
A la ferme de la Duranderie, Hyacinthe Langlois entendait dans le champ en contrebas, des vaches meuglaient. Pensant qu’une des vaches était blessée, il descendit vers le champ, mais il fut fauché aux pieds par la mitraille. Pris par les Allemands, il fut emmené sur l’autre versant de la vallée et gardé dans le petit bois face à la Castellerie. Lors du bombardement des positions allemandes par les obus américains, il s’échappa, rejoignit par les haies, la rivière, marcha à quatre pattes dans l’Elle vers la Planche et remonta par les champs sur le versant nord. Il retrouva sa femme et ses enfants à la ferme. Par chance sa famille était restée dans la maison, ils n’avaient pas osé se réfugier dans la mare aménagée en abri. Un obus avait pulvérisé l’abri.
Anecdote qui aurait pu mal tourner, les Poirier sont allés voir un obus fumigène tombé dans le champ en face de leur maison. En frottant avec le pied, le phosphore était réactivé. D’autres obus furent tirés, i la fallu courir bien vite.

La bataille de l’Elle
Edmond Blaize habitait à la ferme du Pont de la Pierre
le mardi, 6 juin, jour du Débarquement, Emond Blaize décida de regagner à bicyclette, depuis la région de Carentan, sa maison du Pont de la Pierre. Malgré les parachutages sur la région de Graignes, il put revenir sans difficultés. Envoyé au titre du STO en 1943 à Dieppe, puis dans une usine d’aviation en Autriche, Edmond Blaize avait profité, au bout de huit mois, de sa permission pour échapper au STO et se cacher dans une ferme de la région de Carentan.
Dès le jeudi 8 juin il vit le renforcement des positions allemandes sur le flanc sud de la vallée de l’Elle, bien camouflées dans dans ls haies épaisses et le petit bois. Sa ferme fut transformée, le samedi 10 juin, en un véritable « château-fort » avec des Allemands postés à chaque fenêtre, la porte d’une lucarne fut même découpée. Sous les arches du pont, d’autres soldats étaient postés, « nous reconduire Tommies à la mer » disaient-ils. Avec sa famille, Edmond Blaize dut aller se réfugier au village de la Castellerie à Moon (première maison à droite avant le bief).


la ferme du Pont de la Pierre (fortifiée par les Allemands) – le Pont de la Pierre
Ce même jour, il voulut retourner à la ferme récupérer des couvertures et autres affaires mais la maison avait été pillée. Il aperçut un français enfermé dans le buret, prisonnier des Allemands. Monsieur Gilles, de Baynes, qui venait à Saint-Clair prendre des nouvelles de sa famille, avait été arrêté au Pont de la Pierre. Venant du côté des Américains, les Allemands n’avaient pas voulu le laisser repartir. Il resta deux jours dans le buret, puis fut évacué avec les Allemands qui se repliaient. Dans l’explosion d’un obus qui tua huit civils de Saint-Clair le mardi 13 juin, Monsieur Gilles perdit une jambe. Le samedi 10 juin, au village de la Castellerie, Simone Voisin âgée de onze ans, originaire de Cherbourg et réfugiée chez Madame Vasse, fut tuée par une balle tirée des positions allemandes d’en face.
Le dimanche après-midi ce fut une première attaque américaine. Descendant le côteau nord de la vallée et la rue du Pont de la Pierre , les Américains se heurtèrent aux postions allemandes et durent se replier. Le lundi 12 juin vers quatre heures du matin, après des bombardements, une nouvelle attaque fut lancée mais échoua. Des Américains furent tués sur le versant nord. A la ferme du pont de la Pierre, un Allemand était mort sur le seuil de la porte dans la cour, un autre dans le jardin et une quinzaine sur le versant sud. Quant à la ferme elle avait subi des destructions suite aux bombardements américains qui avaient précédé l’attaque. Dux parties du bâtiment furent particulièrement touchées jusqu’au plancher et à la toiture, et détruites, ainsi que le bâtiment d’en face de l’autre côté de la route. Le bétail, l’âne et le cheval, furent tués. Sur le flanc sud de la vallée, d’énormes trous avaient été creusés par les obus de 320 de la marine, un chêne fut mis à nu.
Le mardi 13 juin, les soldats allemands avaient abandonné le pont de la Pierre et s’étaient repliés sur le château de la Motte vers Saint-Clair, car ils risquaient l’encerclement. Les Américains avaient passé le château de Rochefort à Saint-Jean-de-Savigny, et avaient également avancé sur le secteur de la Planche à Moon. La crainte de l’espionnage rendait les premiers Américains très méfiants.
André Pallix habitait à la ferme de la Planche
Ses premiers Américains, André Pallix les vit en fin d’après-midi le vendredi 9 juin, vers 17 heures à la rampe, au carrefour de la route de la Castellerie avec la D6. Offrir du cidre et des cerises furent les premiers gestes, mais les Américains méfiants, craignaient l’empoisonnement, ils lui firent signe qu’il devait boire et gouter avant. Entre le jour du Débarquement et ce vendrei, André Pallix vit l’avion américain touché par la DCA allemande, piquer vers l’église et le château.
La ferme de la Planche, sur la rivière Elle, au coeur du front
Dans les huit jours qui suivirent, les soldats sont restés dans le secteur, 150 soldats de la 29e DI selon André Pallix. Les soldats positionnés sur le versant sud, dans le petit bois, avaient repéré la venue de soldats américains à la ferme de la Planche. Ils s’étaient lavés à la pompe et s’étaient rasés. quatre Allemands qui avaient longé le bief, en venant de par la Castellerie, ont pénétré dans la maison du moulin après avoir tiré une balle qui a brisé la clanche de la porte arrière. La balle se ficha au-dessous de la fenêtre.
Après avoir pris position dans la cour avec une mitrailleuse, une grenade fut balancée par la fenêtre dans une chambre à l’étage. Un soldat allemand d’un coup de botte ouvrit la porte de la cuisine de la ferme, où 17 personnes étaient réfugiées. Il cria « Américains », « non nous Français ». Cette cuisine était située au-dessous de la chambre, par chance la terre du plancher les avait protégées. Par la suite le sous-officier qui les avait menacées fut tué au petit bois de la Castellerie par un tireur américain embusqué à la ferme de la Duranderie. Les Américains tenaient le versant nord et contrôlaient la route de Sainte-Marguerite d’Elle – Cerisy-la-Forêt.
André Pallix se rappelle aussi qu’avec son père il transporta sur un brancard Madame Aumont, habitante de la ferme de la Castellerie, blessée, jusqu’à une unité américaine de soins à Sainte-Marguerite-d’Elle, près de l’usine Galliot à l’époque.


Le moulin et la ferme de la Planche – les parents d’André Pallix et William Forga soldat de la 29e DI en été 1944.
au milieu de la bataille de l’Elle
Les premiers obus de l’artillerie américaine, trop courts, tombaient dans la rivière. Le tir s’allongea, réglé sur le versant sud de la vallée où se trouvaient les positions allemandes. Les éclats d’obus tombaient partout sur les toitures, contre les murs et dans les champs. Ils durent évacuer la ferme, une nuit, pour se réfugier de l’autre côté de la vallée sur le flanc nord.
Lorsque les Allemands ont voulu attaquer les positions américaines près de la rampe vers la grande route, André Pallix était dans les champs avec sa mère pour traire les vaches. Il s’aplatit dans un creux, au champ de la grande Croute, le nez dans les orties. Ils restèrent à plat ventre, les balles tapaient partout dans les arbres.
Autre fait, les Américains sont allés vers le pont de la Castellerie, avant la ferme de Madame Aumont. Ils surprirent quatre soldats allemands postés sous ce pont, les Américains avaient des chaussures aux semelles de caoutchouc discrètes, et tuèrent les quatre Allemands (version à rapprocher de celle de Roland Poirier). Ils mangeaient une dinde prise dans la ferme de madame Aumont.
Sur le secteur de l’église, le lieutenant américain qui commandait les premiers soldats, fut tué par un tireur allemand caché dans le clocher . Des soldats américains patrouillaient avec un lance grenade près du chemin des Tuileries, au pied de la ferme de l’Eglise. Un Allemand qui pilotait une moto d’estafette déboucha par la route sous le cimetière et fut tué ou blessé par un soldat américain qui venait de récupérer un révolver allemand. La moto fut emportée par les soldats américains.
André Pallix rapporte aussi que vers le Calvaire et au-delà, sur la route de Villeneuve à la route de la Meauffe, chaque jour, des soldats américains montaient à l’attaque. En remontant la rue, la D 91, ils ont mitraillé de chaque côté, jusqu’à la ferme d’Alexis Pignolet. Des Allemands dans le petit chemin sur la droite, après la ferme, qui mène à la vallée, furent tués (récit qui renvoie à l’offensive du 16 juillet vers La Meauffe).
Alexandre Lecanu habitait la ferme de la Rousserie
Dans la nuit du 5 au 6 juin, Alexandre entendit les bombardements sur la côte au petit matin, son père reconnut les tirs de canons de la marine. C’était le Débarquement. La veille Alexandre avait été requis pour creuser, avec d’autres, des trous individuels à proximité de la gare de Lison, derrière l’hôtel Leboulanger. Le midi une alerte retentit et du train arrêté, de nombreux soldats allemands étaient descendus rapidement pour se mettre à l’abri. C’était une fausse alerte, le train repartit.
Alexandre vit aussi, après le Débarquement, le mercredi ou jeudi après-midi, (en fait c’était le mardi 6 juin), un avion venu mitrailler la gare, touché par la DCA allemande. La fumée s’échappait, l’avion piqua, s’écrasa à proximité du château, dans le champ sous le cimetière. De l’avion qui brûlait, des chapelets de munitions pétaient.
Sa ferme située sur la ligne défensive allemande
le vendredi 9 juin en fin d’après-midi, ce fut l’arrivée des premiers Américains. Un soldat américain, caché au haut de la côte de la D 6, au-dessus de la Févrerie, tua un soldat allemand qui remontait à bicyclette vers Saint-Clair – Saint-Lô. Quelques temps plus tard, une charrette à quatre roues tirée par deux chevaux au galop venait de la route d’Airel. Le soldat américain tira une rafale, les chevaux partirent de plus belle au galop en direction de Saint-Lô, mais aucun Allemand pour diriger l’attelage. Le soldat allemand avait été abattu au niveau du Calvaire. Pour la nuit, les Américains se replièrent sur la rivière Elle et le château.
Le samedi, les Allemands ont renforcé leur ligne sur la rive sud de l’Elle, des trous individuels étaient creusés. A la ferme d’Alexandre, une mitrailleuse prenait en enfilade la route d’Airel. La mitrailleuse crépitait, des soldats américains ,de par les haies, bondissaient pour traverser la route d’Airel. Au carrefour de Saint-Clair, un char allemand était en position. Alexandre vit une jeep américaine avec une croix rouge filait vers Saint-Clair. A la hauteur du chemin de la ferme de la Motte, le char tira, la Jeep bascula. Un américain revint encourant. Quant à l’autre, blessé, il se traîna jusqu’au fossé vers la Lande et y expira.


Au coeur de la bataille de l’Elle, il fallait échapper à la ligne de combat
Le dimanche 11 juin, les pièces d’artillerie américaine, sur Cartigny, tiraient nombre d’obus sur le versant sud de l’Elle fortifié par les Allemands. La famille d’Alexandre s’tait réfugiée dans la maison de la ferme, mais les carreaux tombaient. Des obus tombaient, des jets de phosphore s’enflammaient et commençaient à brûler les rideaux. Un soldat allemand dans la cour eut le pied sectionné. Il fut évacué sur une échelle, vers la fontaine Saint-Clair. La façade était trop exposée, aussi la famille décida d’évacuer vers une autre maison de la Rousserie.
le lundi 12 juin, les tirs d’obus continuaient. Alexandre, sa soeur et sa grand-mère partirent vers la ferme de la Planche sur l’Elle, chez Pallix, pour être à l’abri des tirs concentrés sur le versant sud. Mais la ferme était vide, une chambre ouverte avait souffert de l’explosion d’ne grenade (confirmé dans la version d’André Pallix). Les Lecanu décidèrent de remonter à travers champs vers la maison de la Rousserie, heureusement sans aucun tir allemand. Les combats se rapprochaient, les obus tombaient toujours.
La famille d’Alexandre décida de partir vers la ferme de la Motte pour passer la nuit. Mais les Allemands se repliaient aussi. Vers minuit, une huere du matin, un officier allemand demanda à rencontrer le responsable des civils et lui indiquaqu’5 heures du matin, ils devaient évacuer vers Villiers-Fossard, ce que le groupe n’envisageait pas. Il fallait échapper à la ligne de combat. Mais dans la nuit, ce fut l’alerte, le sifflet se fit entendre. Les Allemands s’enfuirent lel ong de l’allée de la ferme de la Motte pour rejoindre le carrefour Saint-Clair, puis Villeneuve (ferme Pignolet) par les chemins, laissant les civils à la Motte. Libérés, Alexandre et sa famille ont pu regagner leur ferme à la Rousserie.
Moon-sur-Elle dans la guerre, été 1944
Henri Pézeril, voisin d’Edouard Jeanne
Henri Pézeril avait 22 ans en juin 1944, Il habitait avec sa grand-mère à la ferme du carrefour de l’Herbage à Chasles, au bas de la Fotelaie. Quant à ses parents, ils exploitaient la ferme proche de la gare, située sur la commune de Lison, au-delà du passage à niveau et de la voie ferrée, dans la zone interdite. En raison des bombardements de mai 1944 sur la gare, ses parents avaient dû évacuer la ferme pour une autre libre, située au nord de Lison à la Couronne, près de Cartigny. Ces bombardements avaient détruits les bâtiments arrières de leur ferme.
Il avait échappé au STO, en se faisant délivrer un certificat médical. Il fut seulement réquisitionné au titre de ce travail, pendant trois mois, à la Tuilerie d’Airel. Il dut également planter les « asperges » de Rommel dans le marais et transporter des sacs postaux en gare de Lison.


Le carrefour de l’Herbage à Chasles (la grand-mère d’Henri Pézeril) La ferme des Pézeril à l’arrière-plan, évacuée par ses parents en ma1 1944
Henri Pézeril réquisitionné le vendredi 9 juin
Les premiers Américains, Henri ne put les apercevoir en cette fin d’après-midi du vendredi 9 juin, Henri avait quitté Saint-Clair, réquisitionné par les Allemands. Deux jours avant, André Guérin avait été tué par un éclat d’obus dans le bas du dos, sur le chemin non loin de l’Herbage à Chasles, il allait soigner trois ou quatre vaches. Avec Edouard Jeanne, le père d’Edouard et Ladune (recoupe le témoignage d’Edouard Jeanne), ils avaient ramené le corps dans une couverture. Henri alla chercher le cercueil commandé à Saint-Clair par Désiré Touroude chez Mr Leprovost, en empruntant la jument de Francis Cauche, « Mouvette ».
Attendant au bourg de Saint-Clair, la carriole, la jument et Henri furent réquisitionnés par les Allemands qui s’apprêtaient à partir en colonne vers Saint-Pierre-de-Semilly. Il devait transporter du matériel. Désiré Touroude membre de la défense passive put repartir. Avec le grand valet de Mr Bernard et un deuxième cheval, ils quittèrent Saint-Clair vers 17 heures par la route de Saint-Lô, puis la Petite Suisse et la route de Torigny pour arriver le soir à Baudre, alors que les Américains arrivaient à Moon. Là un cuisinier allemand reconnut Henri car il était servant à la DCA de la gare de Lison. Il lui procura un saucisson et une boule de pain. Le samedi 10 juin, ils passèrent la journée à Saint-Samson-de-Bonfossé, cachés sous les pommiers.
A travers les lignes allemandes et américaines
Dimanche, arrivés sur Canisy, ils furent libres de repartir chez eux, mais sans les chevaux et la carriole. Henri protesta et voulut voir l’officier de la Kommandatur. La tension monta avec l’officier de la colonne, un attroupement se forma, c’était inutile d’insister. En raison de la bataille de l’Elle, Henri resta deux jours dans une ferme à Canisy. Enfin il prit le chemin du retour, traversa Saint-Lô détruite, la rue de la Marne n’était plus qu’un amas de maisons rasées, personne. Dans les virages, au-dessous du cimetière de Saint-Lô, les trous des bombes étaient énormes.
Ils se dirigèrent vers Saint-Clair, route de la Meauffe, où l’oncle d’Henri, Mr Descot, avait une ferme. Ils passèrent par les chemins et à travers champs pour éviter les longues lignes droites de la route Saint-Lô – Lison. Vers la Ponterie, en contournant un champ de blé, ils furent arrêtés par des Allemands, un interprète fut appelé. Ils prétextèrent qu’ils descendaient à la ferme de la Ponterie. Les Allemands les laissèrent finalement passer, soulagement.
Le lendemain, le grand valet se dirigea vers Saint-Clair et Henri vers la ferme de son oncle. Il y resta plusieurs jours en raison des combats. Un après-midi en allant, avec ses cousines, abreuver les vaches au piquet, des balles fusèrent, l’une lui siffla très près. Quatre Allemands avec des munitions, cachés, quittèrent le champ. Les tirs entre Allemands et Américains continuèrent.
Enfin au bout d’une semaine, il put quitter la ferme. Sur la route il vit la ferme de la Chapelle-du-Mesnil-Vitey qui avait brûlé. Après avoir traversé les lignes allemandes et américaines, il rentra enfin à Moon, soit plus d’une semaine après l’arrivée des Américains.
Moon-sur-Elle une des bases arrière du front,
Un camp de base américaine
Selon Edmond Blaize, jusqu’en juillet pendant la bataille sur Villiers-Fossard et Saint-Lô, les Américains restèrent au pont de la Pierre afin de ravitailler en eau les troupes américaines. Des pompes dans l’Elle s’activaient, l’eau était traitée par le chlore et des chemins avaient été élargis pour les camions chargés de transporter l’eau vers Villiers-Fossard. Ce fut une organisation américaine qui avait marqué Edmond Blaize.
Selon André Pallix, après huit jours, les combats s’éloignaient. Désormais ce furent des renforts qui s’installaient. Dans les champs de Monsieur Lecanu allant vers la grande route, étaient parqués des GMC chargés d’obus de 105, des half-tracks. Le matériel était impressionnant. Des fils téléphoniques partout, étaient déroulés, par le Génie à partir de rouleaux fixés derrière les jeeps. Près de la ferme de la Planche, c’étaient les douches pour la 29e DI. Un appareil pour purifier l’eau était installé ainsi qu’une réserve d’eau aménagée avec des bâches en toile. Chaque jour, des bidons étaient remplis pour être emportés par camions sur le front.
Au château, la famille de Puthold avait ouvert un foyer pour les officiers américains. Dans les grands champs derrière la ferme de la Bissonnière, près de l’église, un petit terrain d’aviation était aménagé pour les petits avions mouchards (recoupe la version d’Alexandre Lecanu). Des canons d’artillerie de 155 étaient positionnés auprès du Calvaire Lors d’un tir, André Pallix avait été soufflé par la détonation.
Un atelier de soudure pour les herses de chars
Selon Alexandre Lecanu, les semaines qui suivirent ont vu quantité de matériels et d’hommes dans les champs proches de la ferme. Non loin se trouvait un atelier de soudure pour les herses de chars. En franchissant les haies, les chars se soulevaient et devenaient fragiles. La partie inférieure non blindée était exposée aux grenades allemandes. A partir de rails récupérés à la gare de Lison, coupés et soudés, ils formaient une herse à l’avant des chars qui arrachait la haie. Dans les champs plus bas, au début de la route de la Castellerie, des chars étaient parqués. Les champs étaient labourés par les chenilles et pollués par les huiles de vidange, l’herbe ne repoussait pas. A la Rousserie des pièces d’artillerie étaient installées pour tirer sur Villiers-Fossard.


William Forga de la 29 e DI, conducteur de GMC à la base arrière du front à la Planche (photo avec Yvette soeur d’André Pallix)
Dans les Travers, champs en pente derrière la ferme de la Bissonnerie, non loin de l’église, un petit terrain d’aviation avait été aménagé pour les avions mouchards (recoupe le témoignage d’André Pallix). Au bas, le long du chemin des Tuileries, les arbres, des ormes, avaient été dynamités. Les avions atterrissaient en montant, puis étaient cachés sous les chênes. Les coucous, c’étaient des avions qui survolaient les lignes ennemies pour repérer les cibles. Quand ils faisaient demi-tour, les tirs d’artillerie commençaient.
Le passage de renforts américains par la Gilloterie
Selon Roland poirier, durant la bataille des Haies vers Saint-Lô, les soldats américains de l’arrière étaient nombreux sur le secteur. De grosses pièces d’artillerie, obus de 150, installés près de la Gilloterie, tiraient sur Saint-Lô. Les lourdes déflagrations des tirs faisaient trembler la terre jusqu’à la maison de Roland Poirier. Il fallait s’allonger au sol. Quand aux obus de la marine tirés sur Saint-Lô, c’était littéralement le bruit de locomotives. Avec l’avance américaine, des quantités de fils téléphoniques étaient déroulés partout. Avant le bourg de Sainte-Marguerite-d’Elle, un pipeline, venant des plages, traversait la route pour transporter l’essence vers le front, les tubes étaient boulonnés les uns aux autres.
Roland Poirier se rappelle notamment de deux faits. Ce fut un jour, le passage de renforts de milliers d’hommes qui venaient par le chemin de la Gilloterie, en file indienne, un à un, on leur offrait des verres de cidre. Etais-ce deux ou trois semaines après le 6 juin? En juillet Roland Poirier fut impressionné par le vombrissement, c’était une sorte de tremblement de terre, de trois ou quatre vagues de forteresses volantes américaines. Elles allaient bombarder la région de la Chapelle-en-Juger (opération Cobra du 25 juillet).
André Pallix se souvient aussi de la venue de milliers de fantassins qui marchaient en file indienne (recoupe la version de Roland Poirier). Ce jour-là, avec sa soeur, il les avaient croisés en allant à Tournières.
La vie reprend à Moon-sur-Elle en été 1944
Edouard Jeanne et son travail de boucher.
Pendant trois semaines, après la Libération de Moon-sur-Elle, Edouard Jeanne poursuivit son travail de boucher. Son travail abattre, dépecer et découper à droite, à gauche. Ses patrons rentrés d’exode rouvrirent la boutique. A la clientèle de Sainte-Marguerite-d’Elle, s’ajoutait celle des réfugiés de l’ancienne laiterie Gervais. Quant à l’abattoir, le toit fut recouvert par des tôles de récupération, par le couvreur Mr Pitrey.
Pendant la bataille de Saint-Lô, les quatre batteries de 155 mm installées sur les hauteurs de Lison tiraient. Les obus passaient au-dessus des têtes, c’était infernal. Face à l’usine Galliot, était installé un terrain pour les avions de reconnaissance, les mouchards chargés de guider les tirs. Ils y faisaient leur plein d’essence. Les champs trop mouillants, le terrain fut alors déplacé vers les champs de Mr Lecanu, dans les Travers, vers l’Eglise et la route d’Airel.
Dans un champ près des Vignettes, face au terrain de football des cheminots, s’effectuait l’identification des soldats morts des deux côtés amenés par les camions, puis repartaient vers La Cambe.
Les destructions au quartier de la Gare
Selon Henri Pézeril, le quartier de la Gare avait subi des destructions, de la charcuterie à la boulangerie, seul l’ancien restaurant Legoubin fut sauf ainsi que le fournil de la boulangerie. Si les installations ferroviaires avaient été détruites au Dépôt des machines et au Triangle du triage, le bâtiment de la gare avait été relativement épargné.
Après la guerre, six barraques en bois, deux rangées, furent montées le long de la rue du Stade actuelle, sur la droite en remontant. Une baraque dans la cour de la boulangerie fut construite également. Les maisons au 1 du Chemin du Rieu et aux 14 – 16 rue du Stade sont d’anciennes barraques en bois d’après-guerre.
Le 15 janvier 1945, lors de l’explosion des wagons de munitions, à la suite d’un accident ferroviaire, les toitures et les vitres de sa ferme furent soufflées. Ses parent qui avaient quitté leur ferme en mai 1944 lors des bombardements de la Gare, ne purent réintégrer la ferme proche de la Gare qu’en 1949.


Ancienne barraque en bois de l’après-guerre reconvertie en maison d’habitation
La reprise du trafic ferroviaire à la Gare de Lison
Dans son livre Rails et Haies (1), Marcel Levéel, jeune cheminot en 1944, rapporte que la gare reprit du service le 21 juin 1944 sous le contrôle américain. Depuis la nuit du 5 au 6 juin 1944, la gare fut désertée par les cheminots (voir témoignage d’Arthur Turmet, jeune cheminot, et d’Edouard Jeanne pour son père cheminot). Le mardi matin 6 juin, un wagon de la Flack avait été positionné près du passage à niveau. Le mercredi après-midi, une escadrille de chasseurs réduisit au silence les trois batteries et les Allemands évacuèrent la gare (témoignage d’Edouard Jeanne).
Le 720e Bataillon de cheminots US, venu par Vierville, s’installa le 16 juillet 1944. L travail mixte américain – français ne fut pas toujours aisé: la langue, les méthodes, les matériels étaient différents. Impérativement le trafic devait suivre la progression du front, munitions, obus, pétrole, charbon. Les hommes étaient convoyés par les lignes secondaires de Cherbourg vers Lison, Folligny, Mayenne, Le Mans … avec la percée de Patton sur Avranches, le trafic explosait. 300 cheminots y travaillaient dont certains venus de Vendée.
Le 28 juillet s’ouvrit l’hôpital militaire de Lison, les blessés du front y étaient regroupés, triés, soignés et évacués par trains sanitaires vers Cherbourg. Une fois la France libérée, l’hôpital fut transféré fin octobre en Belgique. L’endroit servit de camp de prisonniers allemands.


L’avion de McGowan touché par la FLack allemande de la gare de Lison le 6 juin après-midi (peinture de Marcel Levéel)
Un dernier événement dramatique fut le 15 janvier 1945 (indiqué dans le témoignage d’Henri Pézeril), de terribles explosions retentirent. Un train de bombes arrêté à l’entrée de la gare, fut percuté par un autre train venant de Cherbourg, un essieu de la locomotive fut retrouvé près du pont de la gare d’Airel. Sur place, une tranchée de huit mètres de profondeur sur plus de trente mètres fut creusée par les explosions.
Le premier avril 1945, les Américains remirent la gestion du trafic aux Français.
Gilbert Lieurey
sources:
- Témoignages d’Anciens de Moon-sur-Elle recueillis en 2003-2004 par Gilbert Lieurey
- Livre de Marcel Levéel : Rails et haies, 2004, éditions Eurocibles.
