Lison et le quartier de la Gare, la naissance d’un village

Lison et le quartier de la Gare, la naissance d’un village

5 janvier 2026 0 Par Gilbert LIEUREY

Une gare fut créée à Lison en 1858, au milieu de la campagne, sur 3 communes et 2 départements. Avec l’essor de la gare, une gare de correspondance avec sa gare de voyageurs, son dépôt, son triage et sa gare de marchandises, un quartier de la gare se développa sur les communes de Sainte-Marguerite et de Moon, l’essentiel des services et des commerces se concentrant sur Sainte-Marguerite d’Elle, à proximité de la gare et de l’axe routier Saint-Lô -Isigny.

Les premiers cheminots affectés à la gare de Lison s’avéraient être une population plutôt jeune et mobile au gré des mutations, issue des campagnes normandes, fils de journaliers ou de petits cultivateurs pour la majorité. Toute une activité se développa autour de la gare avec les cheminots, les voyageurs, les marchandises, les commerces et les services. Le quartier s’agrandissait, les cheminots composaient la moitié de la population.

Le quartier devint un vrai village avec ses auberges, ses commerces, son bureau de poste, sa gendarmerie. L’industrie s’y installa avec la briqueterie-tuilerie près de la gare. Le village développa sa propre identité, qui resta originale au sein des trois communes rurales. Sa dynamique avait atteint un pic au cours de la première moitié du XXe siècle, mais le déclin arriva après les années 1960 -70 avec la fin de la vapeur, la fermeture du dépôt et des tuileries.

Une gare sur deux départements et trois communes au milieu de la campagne

La gare de Lison construite en 1858 était définie comme une « station de bifurcation ». Ecartée du projet, la ville préfecture de Saint-Lô avait été raccordée par un embranchement implanté dans le marais communal de Lison (1). Une gare de triage, une gare de marchandises, un dépôt des machines furent prévus en conséquence à proximité. Le marais communal de Lison et la vallée du Rieu offraient une surface plane pour ces aménagements.

Le Rieu à gauche, le marais de Lison, les implantations ferroviaires à droite derrière la haie (G.L.).

A l’exception du passage à niveau traversant le court tronçon à Sainte-Marguerite d’Elle, commune du Calvados, et de la gare des voyageurs construite sur Moon-sur-Elle, commune de la Manche, l’ensemble des installations du chemin de fer concernait en premier lieu la commune de Lison, commune du Calvados. Cette situation géographique expliqua le nom de Lison donné à cette gare.

Une gare et un village sur deux départements et trois communes : Moon, Sainte-Marguerite et Lison (cette dernière au nord et à l’ouest de la gare n’apparaît pas sur la photo) (G.L.).

Le pont de la Hoderie, un simple écart.

La gare de Lison, implantée au milieu de trois communes et deux départements, une situation administrative complexe, se trouvait éloignée des bourgs respectifs de Lison, Moon et Sainte-Marguerite-d’Elle, ces derniers situés à 2 ou 3 km.

Le Pont de la Hoderie sur le Rieu, lien entre les trois communes, avait pour site une vallée inondable qui s’ouvrait sur le marais communal de Lison. Aucun village n’existait, tout au plus quelques maisons, proches de la nouvelle route Saint-Lô – Isigny ouverte au début du XIX e siècle, sur Lison et Sainte-Marguerite d’Elle. Deux grandes fermes sur Lison, celles de Grandval et de la Jumellerie, étaient les héritières de maisons nobles. Sur Moon, une seule maison était construite au Pont-Basnes.

C’était une population du monde agricole. Les quatre foyers à Lison regroupaient 27 habitants en 1856, des cultivateurs avec Jean Lorillu, la veuve Lécuyer, la famille Louis Vimard et leurs quatre domestiques à la maison manoir Grandval et la famille Etienne Lavieille et leurs six domestiques à la ferme manoir de la Jumellerie (2).

Sur Sainte-Marguerite, les six foyers regroupaient une vingtaine d’habitants en 1856, des cultivateurs avec les familles de Pierre Pouchin qui céda les parcelles où fut construite la gare, Jean Quesnel, les Auburge, Jean Dubois et Jean Lecomte (2).

A Moon, au Pont-Basnes résidaient Victor Michel fils de meunier, cultivateur et Aimable Lechartier originaire de Lison, ouvrier agricole.

A proximité, le village de la Fotelaie, à la fois sur Moon et Sainte-Marguerite d’Elle, abritait une communauté de potiers, un village appelé le village des potiers au XIXe siècle.

  • Sur Sainte-Marguerite d’Elle : les maisons de Gabriel Jacques, Parey Jean, Pignolet Jacques.
  • Sur Moon : les maisons de Blanlot Jacques, Capelle Michel, Degouet Alexis, Deshayes Adolphe, Huault Pierre, Langlois Charles, Lechartier Télémaque, Levionnais Pierre, Marie François, Morel Dominique et Servot Alexis, potiers au milieu du XIXe siècle.

Mais cette activité traditionnelle implantée depuis le XVIIIe siècle sur Lison, Moon, Cartigny, déclina fortement à partir des années 1860 pour disparaître dans les années 1870/80. Potiers, ils devinrent journaliers comme Jacques Pignolet, voire certains fils s’embauchèrent comme cheminots comme Louis Morel, Alfred Degouet.

A partir des années 1880, à la place de ces ateliers, se développèrent des tuileries mécaniques et briqueteries avec les Etablissements Couvreux, exploitant la terre rouge du secteur. Trois usines furent ouvertes, l’une à Airel-Moon, une autre à Saint-Fromond et la troisième près de la Gare, sur Sainte-Marguerite d’Elle. L’arrivée du train allait accélérer ces mutations.

Route de Saint-Lô à Isigny en 1930, La Fotelaie et le carrefour des quatre routes (Herbage à Chasles) au premier plan, la Gare au fond, à l’arrière-plan (3).

Les premiers cheminots à partir de 1858.

Trois ans après l’ouverture de la ligne, en 1861, 24 cheminots résidaient sur la gare de Lison.

  • Sur Sainte-Marguerite d’Elle, le recensement de 1861 (2) comptait 14 cheminots, soit 27 personnes liées au monde cheminot :

Les familles Dutilleul François, Foucher Victor, Hopquin Armand, Jean Julien, Legaillard Aimable, Lenjalley Léon employés de la Cie des chemins de fer de l’Ouest ; Couesnard Louis, Cuirot Louis, Houet Marcel, Hugot Xavier, Hugot Alexis, Guéroult Pierre, Noël Jacques, célibataires tous âgés de moins de 30 ans, sauf Louis Cuirot 32 ans, logés en pension à l’auberge de Jean Compère ; Martine Jean Victor, né en 1825 à Combray près de Thury-Harcourt, était le garde-barrière du P.N. de la route Saint-Lô-Isigny auprès de la gare. Marié à Victoire Leforestier, il avait deux enfants et était encore présent en 1872 comme employé de la Compagnie des chemins de fer de l’Ouest.

  • Sur Moon, 9 cheminots du quartier de la Gare recensés sur la liste électorale en 1861 :

Dumont Emile, chef de gare ; Bosquet Jean-Baptiste, chef du dépôt ; Guidon Jules et Martin Edouard, chauffeurs, Ozel Hippolyte mécanicien ; Jésus Jean-Baptiste chef d’équipe, Clément Pierre, Denis Auguste et Dufour Jean facteurs gare.

  • Sur Lison, aucun village ne se développa :

Seule la famille de François James, employé des chemins de fer, fut recensée en 1861, elle résidait au haut de la côte du Haut-Chêne.

Le quartier de la Gare (à gauche), les jardins aujourd’hui parking (au milieu), la gare (à droite)

Ces premiers cheminots natifs pour la majorité de la Manche et du Calvados, fils de cultivateurs ou d’ouvriers agricoles, partageaient par leurs origines, une certaine proximité sociale avec les habitants du secteur de la gare. Cependant la mobilité, par les mutations et affectations au cours de leurs carrières dans différentes gares, et le brassage avec d’autres cheminots, contribuèrent à l’émergence d’une culture cheminote.

La croissance démographique du quartier de la Gare

Dès 1861, le nombre de foyers avait déjà triplé sur le quartier du Pont de la Hoderie – La Fotelaie à Sainte-Marguerite d’Elle par l’installation des premiers cheminots. Certes les agriculteurs étaient toujours présents, tout comme les potiers et le maréchal-ferrant, Eugène Lemarquand, sur La Fotelaie.

(Voir chiffres en annexe, pour chacune des années de recensement) G.L.

Une première croissance au cours des années 1860 caractérisa le quartier, encore appelé Pont de la Hoderie, avec une centaine d’habitants sur Sainte-Marguerite d’Elle. Le monde cheminot en représentait le tiers.

Une seconde phase de croissance se fit fin des années 1880 et début années 1890 avec une population atteignant les 150 habitants. Le monde cheminot en représentait presque la moitié. Cette croissance fut fulgurante sur le secteur de Moon, où le nombre de cheminots tripla et représenta la quasi-totalité du quartier.

A la veille de la première guerre mondiale, la croissance du quartier de la Gare fit un nouveau bond, pour atteindre le chiffre de 218habitants en 1911 sur Sainte-Marguerite. Le monde cheminot en représentait les deux tiers. La Gare connaissait une activité de plus en plus forte, le trafic des voyageurs et des marchandises avait quasiment doublé entre 1880 et 1908.

Si le terme du quartier du Pont de la Hoderie fut encore employé lors du recensement de 1891, il disparut définitivement par la suite au profit de celui du Quartier de la Gare. Il était même possible de parler de village de la Gare car par son activité et sa population, il s’était différencié du reste des communes de Sainte-Marguerite, de Lison et de Moon.

Parallèlement, la commune de Sainte-Marguerite d’Elle connaissait un déclin démographique lié à l’exode rural qui touchait toutes les communes rurales. Le nombre d’habitants passa de 784 habitants en 1872 à 603 habitants en 1906, soit une perte de 23 % de sa population, une baisse tempérée par la venue du monde cheminot. La population de Lison passa de 785 habitants en 1851 à 498 en 1901, soit une eprte de 36 % de sa population.

En conclusion, plus d’une cinquantaine de familles cheminotes vivaient sur le secteur de la gare de Lison au milieu des années 1880, alors qu’elles n’étaient que 25 dans les années 1860 (voir article sur la fondation de la gare de Lison et les premiers cheminots).

Le développement de nouvelles activités et de services avec l’essor du quartier de la Gare.

Du Pont de la Hoderie au quartier de la Gare

Les constructions s’étendirent le long de l’axe Isigny – Saint-Lô jusqu’à la Fotelaie sur Sainte-Marguerite, et le long de la D 91 sur Moon vers les hameaux du Hamel-Patou et de La Fontaine. A la fin du XIXe siècle, la population cheminote représentait plus de la moitié de la population du quartier appelé désormais Quartier de la Gare.

Extension du village de la Gare à la fin des années 1950 (G.L.).

Auberges et restauration

La gare anima les communes rurales de Moon, Sainte-Marguerite et Lison. Gare de correspondance, elle abritait un dépôt cheminot où travaillaient les personnels roulants et ceux de l’exploitation. Gare de voyageurs, les allers et venues des clients se multiplièrent. La gare assurait plusieurs destinations vers Cherbourg, Caen, Paris et Saint-Lô, puis vers la Bretagne. Gare de marchandises, les expéditions d’animaux, de beurre, de tuiles et de briques assuraient le fret.

Cette effervescence contribua à développer le commerce et fit le bonheur des métiers d’aubergistes, de maîtres d’hôtel, de débitants, de cafetier, d’épicier, de boulanger, de boucher, de domestiques et servantes.

Sur Sainte-Marguerite d’Elle,

Avec la création de la gare, Jean Compère, âgé de 40 ans, et sa femme Adélaïde Mesnildray tenaient une auberge dès 1861 et employait une jeune domestique de 18 ans Mélina Dudouet. Sept cheminots y étaient logés comme pensionnaires (2). En 1866 il passa à 2 domestiques, Louis Guérin 13 ans et Julienne Suzanne 18 ans, puis à trois en 1876 Louis Guérin, Sydonie Marie 27 ans et Aglaë Mauviel âgée de 12 ans. Leur fille Augustine âgée de 16 ans y travaillait. En 1880 elle épousa Henri Genas propriétaire, cultivateur au quartier de la Gare et futur maire de Sainte-Marguerite en 1904. Le chef de gare Emile Dumont fut témoin à leur mariage, une reconnaissance sociale de cette ascension pour Jean Compère. En 1896 Madame Genas tenait le buffet de la gare de Lison (9). Propriétaire, cafetier à Moon dans les années 1880, toujours dans le Quartier de la gare, Jean Compère décéda à Moon en décembre1889 à 67 ans.

Jean-Philippe Decanteloup était cheminot sur Lison dans les années 1870 à Lison. Après la mort de sa femme Marie Darthenay en 1875, il se maria à une aubergiste en 1879, Delphine Marie. Avait-il pris la suite de Jean Compère ? Il exerçait désormais le métier d’aubergiste-restaurateur au Quartier de la gare jusqu’au début des années 1890. En 1882 l’auberge logeait 8 jeunes cheminots en pension (2).

Théodore Auburge, enfant du quartier, cultivateur comme son père Louis, se reconvertit comme aubergiste au début des années 1880 avec sa femme Aimée Lesueur. Sa sœur Désirée Auburge avait épousé en 1864 un cheminot Isidore Allix (2). Petit cultivateur et potier, Théodore, tout comme l’était son père, vit son destin changer, tout comme sa soeur, avec l’arrivée du chemin de fer.

Hôtel de la Gare : Jean Burnel maître d’hôtel en 1911, 44 ans – 3 domestiques, 8 cheminots pensionnaires ; Il fut fermé en 1972.

L’épicerie mercerie Octave Lemenuel (à gauche de l’hôtel) : Octave Lemenuel était un jeune employé, âgé de 14 ans, originaire d’Isigny, qui travaillait en 1906 chez Albert Bernard restaurateur. La route d’Isigny – Saint-Lô sur la commune de Sainte-Marguerite porte aujourd’hui le nom d’Octave Lemenuel.

L’hôtel de l’Ouest : tenu parGeorges Leboulanger en 1911, né à Saint-Lô en 1889 et sa femme Juliette. Cet hôtel situé sur Sainte-Marguerite d’Elle, après le passage à niveau, abritait 3 domestiques et logeait en pension 11 cheminots en 1911.

l’Hôtel de la Gare et l’épicerie à l’arrière-plan, les jardins à droite

Une auberge existait à la Fotelaie avant la construction de la gare. Elle était tenue par François Catherine et sa femme Modeste Guillebert. Dans les années 1870, Victor Ladroue et sa femme Mélanie Lesellier prirent la suite. Puis dans les années 1880 elle fut tenue par Jacques Josset et sa femme Ernestine Champel. Cette auberge bénéficia des retombées de l’activité de la gare, des cheminots y furent logés en pension, trois domestiques y étaient employés dans les années 1890.

Le café restaurant de la Gare : situé en face de la gare, sur Sainte-Marguerite, il était tenu par Désiré Letassey, originaire de Marigny, âgé de 38 ans en 1911, débitant avec sa femme Marie André. Ils employaient 2 domestiques et hébergeaient 3 pensionnaires cheminots en 1911. Une cité construite dans le quartier, à Moon, porte le nom de Cité Letassey.

Ancien hôtel de l’Ouest et l’ancien café restaurant de la Gare (la Terrasse).

Sur Moon,

Une auberge fut créée sur le quartier. Un enfant du pays, Amand Dufour âgé de 22 ans, fils de potier, un tourneur, s’y était installé dès le début des années 1860. Marié à Céline Julien, ils l’exploitaient toujours dans les années 1870.  Dans les années 1880, elle était tenue par Alphonse Decaen, dont deux fils furent tués à la guerre de 1914/18.

L’hôtel des voyageurs : sur la commune de Moon, café, restaurant et hôtel (tenu par Hyppolite Ybert au moment de la photo)

Les premiers services commencèrent à équiper le quartier

En 1858, les municipalités prirent conscience de l’enjeu de la création d’une « station de bifurcation » à Lison desservant le tronçon de Saint-Lô. Dans sa séance du 15 mai 1858, le conseil exprima un souhait « cette station rend indispensable qu’un bureau de poste soit fixé au lieu même où cette gare … », « pour la distribution des dépêches des huit communes environnantes, …, ces communes ne reçoivent leurs dépêches, parties soit de Bayeux, soit de Saint-Lô, que deux jours après le départ de ces chefs-lieux » (4). Les bureaux de poste les plus proches à l’époque étaient à Isigny, Colombières et Cerisy. Lison renouvela la demande en novembre 1864.

Le bureau de poste, implanté à Sainte-Marguerite dans le quartier de la Gare, eut en 1866 Auguste Denis, âgé de 45 ans, comme préposé des postes, l’un des premiers. Dans les années 1876 – 86, ce fut un breton originaire de Rennes, Michel Robert, âgé de 50 ans, qui exerça la fonction de chef préposé des postes.

Un autre vœu fut formulé en cette même année1858, l’ouverture d’un marché aux bestiaux à Lison, les marchés les plus proches étant à Littry et à Isigny. Le conseil municipal de Sainte-Marguerite proposa en novembre 1858 que ce marché aux bestiaux soit tenu le mardi au pont de la Hoderie près de la gare d’expédition. Le conseil municipal de Lison appuya cette demande en juin 1859 tout en exprimant un désaccord sur le lieu, chaque commune souhaitant le tenir sur son territoire, comme pour la poste. Ce marché ne vit pas le jour.

Avec l’installation de nouvelles populations, avec le développement de flux de voyageurs et de marchandises, une gendarmerie fut créée. Elle fut implantée sur Sainte-Marguerite d’Elle au bord de l’axe Isigny – Saint-Lô à la fin des années 1880. Une brigade de 4 gendarmes assurait la mission. En 1891, Louis Jaillard brigadier, âgé de 42 ans, commandait la brigade.

une première industrie, la tuilerie-briqueterie

La gare de Lison, gare d’expédition, présentait une belle opportunité aux industriels pour localiser leurs activités. Dans les années 1880 les Etablissements Couvreux édifièrent une usine, au carrefour de la gare et de l’axe Isigny – Saint-Lô pour produire des briques et tuiles mécaniques en exploitant la terre rouge de la région. Cette terre était exploitée par les potiers du secteur, depuis le XVIIIe siècle, comme au village de la Fotelaie dit des potiers mais leur activité traditionnelle qui ne s’était pas renouvelée, une vaisselle en terre, déclinait fortement dans cette seconde moitié du XIXe siècle.

Les Etablissements Couvreux avaient déployé leur activité dans les années 1880 en fondant deux autres usines, l’une à Airel-Moon et l’autre à Saint-Fromond qui produisaient également des briques et tuiles. En 1883, Adolphe Hervieu le directeur de la tuilerie d’Airel et Moon, avait perdu sa femme Antoinette Manoury en 1883, âgée de 43 ans. Sur le quartier de la gare, à la corporation des cheminots, s’ajouta une autre population ouvrière « les briquetons ».  

Briqueterie, tuilerie sur Sainte-Marguerite d’Elle près de la gare et du P.N., seul existe encore l’ancien bureau avec cette belle production en terre cuite, une tête de lion (G.L.)

La Cité Letassey sur Moon, vers le Hamel-Patou, portant le nom de Désiré Letassey, restaurateur en face  de la Gare au début du XXe siècle, une construction en briques et tuiles abritant plusieurs logements ouvriers (G.L.).

L’événement en juin 1905, le spectacle du cirque de Buffalo-Bill

L’exhibition du Wild West, l’Ouest sauvage, par le cirque de Buffalo-Bill le 8 juin 1905 à Saint-Lô, place du Champ de Mars, anima la région et la gare de Lison. La séance de l’après-midi rassembla 12 000 spectateurs et celle du soir, sous éclairage électrique, 7 000 personnes. 3 400 voyageurs arrivèrent en gare de Saint-Lô à partir des gares de Coutances, de Torigny et de Lison avec des trains supplémentaires.

Le Phare de la Manche et Le journal de la Manche du 7 juin 1905 (5)

Les spectateurs purent visiter le wagon réservé au colonel Cody, présent au spectacle, puis assister aux exhibitions, un peu gâchées par la pluie, des cavaliers et chevaux en plein air. Le clou du spectacle fut celui des « Peaux-Rouges » (5) avec les Indiens Cheyennes, venus avec leurs familles, reconstituer des scènes du Far-West, comme l’attaque de la diligence, la reconstitution de la bataille de Little Bighorn, où les Sioux tuèrent le général Custer, l’attaque d’un convoi de migrants ou du Poney Express, un service à cheval de courrier rapide entre l’Est et l’Ouest. D’autres exercices équestres complétaient le spectacle, comme les lanceurs de lasso mexicains.

Le soir même tout était démonté. Venus de Flers le matin du 8 juin, les trois convois qui appartenaient au colonel Cody, sauf les locomotives, et qui transportaient les chevaux et les personnels, repartirent à 1h 41 du matin le 9 juin, et rejoindre Cherbourg en passant par Lison. La tournée à travers la France se poursuivit, avec deux journées à Caen les 10 et 11 juin. La Compagnie de l’Ouest mit un train supplémentaire Caen – Lison le 11 au soir, à 11h 25, pour le retour des spectateurs (6).

Un quartier de la Gare devenu un véritable village, au cours de la première moitié du XXe siècle

Au début du XXe siècle, après 40 années d’existence de la gare, tout un village s’était développé. Les deux tiers des habitants appartenaient au monde cheminot. Ce village, dit de la Gare, était animé par les activités de la gare, par l’implantation de commerces, de trois hôtels, de services comme la gendarmerie et la poste, et d’une usine avec les briquetons. Par leur métier, leur culture les cheminots façonnèrent ce village en lui forgeant une originalité au sein de ces trois communes rurales.

Dans les années 1930, le quartier de la Gare avait désormais sa fête populaire de quartier, la fête des cheminots organisée chaque année le premier dimanche d’août. Au début des années 1930, le comité des fêtes avait pour président Mr Langlois directeur des tuileries de Lison et pour président d’honneur, le chef de gare. La grande cavalcade voyait le défilé de chars décorés dont le char de la Reine des cheminots et le char de la Reine de la Tuilerie, accompagné par la musique de Saint-Clair, comme en 1932 (6). Une grande noce normande à l’ancienne avec costumes était reconstituée, sans oublier la course de vélos. La fête foraine qui battait son plein l’après-midi, s’achevait par la retraite aux flambeaux et un bal populaire sur la place des chemins de fer de l’état, animé en 1931 par le Jazz saint-lois.

Dans ces années 1930 et les années d’après-guerre, de nouvelles activités et de nouveaux services complétèrent le village.

Une seconde activité économique fut créée en 1932, sur le territoire de Sainte-Marguerite, avec l’usine de fabrication de caramels « Isicrem Galliot d’Isigny ». Cette entreprise familiale fut à l’initiative de Mr André Galliot, maire de Lison, qui mit au point la recette de cette confiserie, en utilisant le lait frais et la crème de la région. Les établissements Galliot ont fermé en 1995 et sont aujourd’hui occupés par Agrolis.

Maison manoir de Galliot, école intercommunale de la gare à l’arrière, chapelle N.D. à gauche puis la gendarmerie (3).

La chapelle Notre-Dame de la Route fut consacrée le dimanche 22 novembre 1953 en présence de l’évêque de Bayeux (7). La chapelle fut construite entre juin 1952 et novembre 1953. Les habitants et cheminots du village de la Gare s’étaient mobilisés par de nombreuses actions afin de financer la construction de celle-ci, sous l’impulsion de l’abbé Ernest Villain, curé de Sainte-Marguerite de 1943 à 1954, et de l’AEP, Association d’Education Populaire, présidée par Mr Galliot et. Ils ouvrirent un cinéma, l’Optima, le 2 décembre 1946 au quartier de la Gare, pour aider au financement (7). Son bâtiment abrite aujourd’hui l’entreprise Pixi.

Chapelle Notre-Dame de la Route, vitrail Sainte-Marguerite, plaque à la mémoire du chanoine Villain (G.L.)

A l’initiative des cheminots, un club de football, l’Union Sportive des Cheminots de Lison, avec son terrain de foot, fut créé avant la Seconde guerre mondiale. Seuls les fils de cheminots pouvaient évoluer dans ce club.

Restait une grande absente, une école au village de la Gare. Une première demande avait été formulée dès 1906, puis elle fut relancée en 1929. Elle va aboutir en 1938 avec la construction d’un groupe scolaire intercommunal.

La création d’une école intercommunale à la Gare en 1938

Le projet

L’idée fut lancée dès 1906 par une demande du Syndicat des Chemins de fer de l’Ouest auprès des 3 communes du village de la Gare : Lison, Moon et Sainte-Marguerite d’Elle. Ces dernières qui avaient respectivement leurs écoles aux bourgs refusèrent. Le conseil municipal de Moon, comme celui de Sainte-Marguerite, justifia son refus en mai 1907 aux motifs que « les écoles de Moon sont largement suffisantes pour recevoir tous les enfants de Moon. Les 2/3 des enfants ont de 2.5 km à 4.5 km pour se rendre aux écoles, parfois à travers champs. Les enfants venant des environs de la gare ont au plus 2 500 m sur une fort belle route et sont par conséquent les plus favorisés » (8).

Au début des années 1930, 200 cheminots vivaient sur la gare : les services de l’exploitation, de la traction, des voies et bâtiments, des ambulants des postes, auxquels s’ajoutaient les briquetiers des tuileries de Lison.

Le projet fut relancé dans l’entre-deux guerres. En 1929, le réseau des Chemins de fer de l’Etat, les cheminots et les briquetiers d’Airel-Moon et de Lison réclamèrent fortement un groupe scolaire sur la gare. Lors de sa visite, l’Inspecteur primaire de Bayeux estimait que 60 à 70 enfants pourraient être concernés sur le hameau.

Ce chant de la fête populaire du quartier de la Gare en 1930 reprenait un couplet sur « l’école qu’on demande depuis longtemps ».

Neuf années furent nécessaires pour passer de la réclamation à l’ouverture de cette école en 1938. Certes le projet était complexe puisqu’il portait sur 3 communes et 2 départements.

Une réalisation longue et complexe avec trois communes sur deux départements.

L’année 1932 fut l’année-tournant. Lison avec Mr André Galliot maire, industriel, fut la première commune à donner son accord en mars 1932. La commune de Moon était encore partagée en février 1932 avec 6 conseillers pour et 6 conseillers contre. Le préfet de la Manche réclamait la construction de cette école dans son courrier adressé à la mairie en février 1932 (8). Le nouveau maire de Moon, Mr Fissot, élu en février 1932, après le décès du précédent maire Mr Hérel, y était favorable et la commune prit une délibération en ce sens. Enfin Sainte-Marguerite d’Elle, dubitative en novembre 1929 pour des raisons financières, prit une délibération favorable en avril 1932, Mr Pierre Raoult en était le maire. L’estimation portait sur 120 enfants qui résidaient dans un rayon d’1.2 km autour de la gare. La situation très particulière, 2 communes sur le Calvados, 1 commune sur la Manche, créait de nombreuses difficultés pour l’établissement du dossier et la répartition des dépenses.

En 1933 le plan-devis fut élaboré sous la direction de l’architecte Mr Cochepain du département de la Manche et le choix du terrain se porta sur une parcelle, dite du Pont de la Hoderie, située à Sainte-Marguerite d’Elle, au bord de la grande route, un terrain de 3 250 m2 pour le prix de 26 000 francs. En mars 1934, le conseil municipal de Moon fixait la limite d’accès à l’école de la Gare, à la route de Bayeux-Périers côté nord.

Restait le financement. Si Sainte-Marguerite pilotait le projet, le terrain étant situé sur sa commune, les 3 communes s’engagèrent à financer le terrain, la construction de l‘école et l’acquisition du mobilier sur la base d’un tiers pour chacune d’elles. La réalisation nécessitait des emprunts et une demande de subvention à hauteur de 50% du coût auprès de l’Etat fut déposée fin 1933 (9).

Il fallut plus de 3 ans pour obtenir l’assurance des financements et enfin lancer les procédures d’adjudication auprès des entreprises pour la construction des bâtiments en mars 1937. L’arrêté ministériel accordant la subvention parut au début de 1937, l’Etat finançait à hauteur de 50% la construction (sans l’achat du terrain et du mobilier) estimée, en 1933, à 432 000 francs.

Face au nombre d’enfants croissant et à la décision du gouvernement en 1936 de porter l’âge scolaire de 13 ans à 14 ans, la réalisation du projet devenait de plus en plus urgente. Le conseil de Sainte-Marguerite se refusait en mai 1936 d’ouvrir une troisième classe au bourg et celui de Moon demandait en novembre 1935 l’ouverture d’une troisième classe provisoire dans la salle de mairie en attendant le groupe scolaire de la gare. « 130 élèves prévus à Moon dont 70 filles, un record pour Mlle Jourdan institutrice » selon la délibération du conseil.

Les travaux purent être lancés en juin 1937 mais le projet avait dû être réévalué à hauteur de 515 500 francs subventionnables, en raison de l’inflation et du coût du travail à la suite des lois sociales du Front populaire de 1936. Avec le terrain, les frais d’architecte, le mobilier, … le coût total montait à 562 800 francs (9).  

Une conférence intercommunale fut réunie en mairie de Lison le 8 mars 1937 avec les autorités et les délégués de chaque conseil : Mrs Pierre Raoult, maire, Octave Lemenuel et Georges Leboulanger pour Sainte-Marguerite, Mrs Gustave Nicolle, Pierre Lemarignier et Julien Leboeuf pour Lison, Mrs Charpentier, adjoint, Gilles et Nouet pour Moon sur Elle.

L’Etat finançant 257 750 francs, restaient à charge pour chaque commune 101 789 francs, financés par un emprunt des 3 communes, contracté sur 30 ans. Pendant les travaux, face aux difficultés de déblocage des fonds, Mr Cochepain dut se rendre plusieurs fois à Paris et changer d’organisme, passant du Crédit Foncier de France à la Caisse de Crédit aux Départements, pour faire verser les sommes afin de payer les entreprises qui avaient dû patienter.

L’inauguration de l’école de la gare en septembre 1938

Un an après, le 20 août 1938 la réception des travaux put avoir lieu : 2 classes, 2 préaux et waters, un logement pour 2 couples avec jardin. La presse, l’Avenir du Bessin et du Cotentin (6), dans son édition du 7 septembre 1938, mettait en avant la conception très fonctionnelle du bâtiment et les conditions de confort pour l’époque.

« Ce groupe très bien situé et orienté, est construit en contre-haut de la route d’Isigny. Il comprend en bordure un pavillon de huit pièces. Au fond du terrain et de chaque côté d’un vaste préau double se trouvent les classes, garçons et filles, précédées d’un large vestiaire avec lavabos. Les cours sont précédées d’une fontaine, à l’eau potable, en briques flamées, du plus heureux effet. Un portique-pergola surmonte l’escalier d’entrée. Une décoration florale est prévue.

Le groupe est muni de lavabos, éviers, w-c d’eau refoulée sous pression. L’aspect général est inspiré du régionalisme local, les couvertures sont exécutées en tuiles patinées donnant un aspect général très coloré et riant. Le tout est prévu pour l’adjonction en ailes de deux autres classes… »

L’école pouvait désormais accueillir les enfants du quartier de la gare pour la rentrée scolaire prévue le 1er octobre 1938. L’inauguration eut lieu le dimanche 25 septembre. Le journal de « l’Avenir du Bessin et du Cotentin » nous a rapporté dans son édition du 28 septembre 1938 l’événement (6).

« Lison

Fête de l’inauguration du Groupe scolaire intercommunal

Depuis samedi soir, les communes de Lison, Sainte-Marguerite-d’Elle et Moon-sur-Elle sont en fête à l’occasion de l’inauguration du nouveau groupe scolaire. Une brillante retraite aux flambeaux a parcouru les trois communes, suivie par une foule nombreuse.

Dimanche matin, le quartier de la gare avait revêtu une magnifique parure pour recevoir ses hôtes officiels. A 11 heures, les municipalités intéressées recevaient notamment MM. le préfet du Calvados, le représentant de M. le préfet de la Manche, les inspecteurs d’Académie du Calvados et de la Manche, MM. Les Inspecteurs primaires de Bayeux et de Saint-Lô.

Le cortège se rendit ensuite au nouveau groupe scolaire, qui a vraiment belle allure. M. le Maire de Sainte-Marguerite-d’Elle, M. l’Inspecteur d’Académie et M. de Peretti della Roca préfet du Calvados, prirent successivement la parole. Ils firent ressortir que les nouvelles écoles répondaient à une nécessité sociale autant que scolaire et donneraient aux petits, en même temps que l’instruction, le plus grand confort, les plans ayant été parfaitement conçus par M. Cochepain, architecte départemental de la Manche.

A midi, un banquet de 70 couverts réunissait, à l’hôtel Leboulanger, les autorités et les invités. Le menu était parfait. Au champagne, M. Perreti della Rocca prit la parole. Il rappela les difficultés rencontrées pour l’édification de cet établissement intercommunal et interdépartemental, évoqua des souvenirs d’enfance, la petite ville natale, ses côteaux ensoleillés, la plaine couverte de vignes et son horizon, une bande de la Méditerranée. Les jours d’Ecole, avec un vieux maître vénéré, qui lui inculqua les principes de tolérance, de solidarité, de bonté et de fraternité, qui sont l’apanage de la race. « L’Ecole, dit-il, a appris aux enfants le culte de la patrie, aujourd’hui dans les heures tragiques que nous traversons ces principes ont porté leurs fruits. Ils permettront au pays de traverser vaillamment la crise et de ne pas laisser la force solutionner les conflits que la raison seule suffirait à résoudre. » Le discours du préfet du Calvados fut chaleureusement applaudi.

M. l’Inspecteur d’Académie de la Manche dit sa joie de voir éclore une nouvelle école. Il souligna les bienfaits de l’Instruction qui permet au peuple français de puiser sa force dans la liberté. Les Maires de Lison, Sainte-Marguerite-d’Elle et de Moon-sur-Elle remercièrent les autorités de leur appui, qui a permis la réalisation de cette belle œuvre scolaire. A l’issue du banquet, eut lieu la réception des reines des Cheminots et d’Isicrem. Le préfet eut des paroles aimables pour chacune d’elles.

La cavalcade se déroula ensuite. Des chars, tous mieux décorés les uns que les autres : chars e la Musique, de la traction, de la Tuilerie, le moulin, la Reine d’Isicrem, la Reine des Cheminots, le déménagement à la cloche de bois, etc … firent l’admiration de la foule. Les noces normande et bretonne eurent un gros succès.

L’excellente fanfare libre des « Enfants de Saint-Clair » se fit entendre à plusieurs reprises au cours de la journée et eut un grand succès.

Le soir, un grand bal eut lieu salle Lemenuel, sous la présidence de la Reine des cheminots. Aux sons entraînants du « P’tit Jazz » de Mézidon, les danses se succédèrent jusqu’aux premières lueurs du jour.

Cette belle journée fut réussie en tous points. La concorde qui règne entre les communes de Lison, Sainte-Marguerite-d’Elle et Moon-sur-Elle a permis de lui donner un éclat qu’envieraient les villes importantes.

Tous les organisateurs sont à féliciter, le Comité des Cheminots, et en particulier M. Lemenuel, qui s’est dépensé sans compter.

Le service d’ordre était parfaitement organisé par l’adjudant de gendarmerie de Bayeux et de Lison. »

En évoquant ses souvenirs d’enfance avec ses côteaux ensoleillés, la plaine couverte de vigne, le discours du préfet n’est pas sans nous rappeler une des lettres de mon moulin d’Alphonse Daudet, « le sous-préfet aux champs » emporté par le caractère bucolique de la campagne sous ce soleil du Midi. Le préfet du Calvados met aussi l’accent sur les principes inculqués par l’école républicaine et l’idéal patriotique enseignés par son vieux maître vénéré, un « hussard noir de la III° République ».

Mais la situation internationale, en ce 25 septembre 1938, connaissait « des heures tragiques » car Hitler, après avoir annexé l’Autriche, revendiquait les terres des Sudètes situées en Tchécoslovaquie et avait fixé un ultimatum au 1er octobre 1938, jour de la première rentrée scolaire pour notre nouvelle école. Le préfet montra malgré tout un certain optimisme, espérant que « la raison suffirait à résoudre cette crise ». La réalité, la France et la Grande-Bretagne cédèrent à Hitler par les Accords de Munich, abandonnant la démocratie tchèque contre la promesse d’Hitler de ne plus mener de politique agressive. L’opinion pensa que la paix fut sauvée. Hélas, ce fut le contraire. La faiblesse des démocraties encouragea Hitler à poursuivre sa politique du grand Reich avec l’invasion de la Pologne, un an plus tard, qui déclencha la Seconde guerre mondiale.

La guerre et l’école intercommunale

L’école intercommunale de la Gare ne put fonctionner que deux ans. Dans son journal intime « la guerre » Simonne le Lemière, coiffeuse au quartier de la Gare, nous dit que le mercredi 19 juin 1940 arrivèrent les troupes d’occupation allemandes. A la mi-août 1940, une centaine de musiciens allemands résidèrent quelques jours à l’école de la gare.  Les classes de l’école ne purent reprendre que dans un garage, car les Allemands occupaient toujours l’école. La Kommandatur se tenait dans l’école en cet automne 1940.

Pendant la guerre, le Quartier la gare devint dangereux pour les habitants. Les installations de la gare et machines étaient régulièrement mitraillés par les avions anglais. Les Allemands installèrent 3 postes de DCA en novembre 1941. Les mitraillages s’intensifièrent en 1943. Les Allemands renforcèrent les postes de DCA. A partir du 24 mai 1944 ce furent des bombardements et les habitants du Quartier préférèrent dormir à la campagne.

L’école de la gare ne put accueillir les élèves qu’après la Libération, mais de gros travaux de réfection devaient être entrepris surtout que le 15 janvier 1945 une déflagration inouïe retentit et le souffle fut énorme. Un train chargé de munitions américaines avait été percuté à l’entrée de la gare par un autre train. 20 tonnes de bombes explosèrent d’un seul coup puis 4 autres wagons explosèrent en un quart d’heure, soit 100 tonnes selon Marcel Levéel (10). Les wagons et la locomotive pulvérisés, un morceau de la chaudière fut retrouvé à 500 mètres, les 2 voies principales avaient disparu sur 50 mètres.

Les cheminots puis les communes travaillèrent à la réfection de l’école. Le maire de Sainte-Marguerite-d’Elle informa les conseils municipaux, à la fin 1946, que les réparations à effecteur s’élevaient à 836 446 francs dont 20 % à la charge des communes (9). Le conseil de Moon dans sa séance du 17 janvier 1947 (8) considérait qu’elle n’avait pas à payer ces frais, car ces travaux résultaient « de faits de guerre (bombardement, explosion du train de munitions américain en gare de Lison en janvier 1945) et que ces dommages devraient être couverts par l’Etat ».

En 1952-53, le projet d’une quatrième classe est accepté avec la construction de nouvelles 2 classes et de 2 logements pour les instituteurs. L’emprunt fut contracté en été 1954. Si les 3 communes finançaient à hauteur d’un tiers pour chacune d’entre elle, les bâtiments, elles finançaient, cependant, les frais d’entretien comme le balayage, l’éclairage, les petites fournitures au prorata des élèves, sur la base des élèves inscrits au 15 février de l’année en cours ,délibération du 8 octobre 1948 à Moon (8).

La fin de l’ère de la vapeur à la gare de Lison

Au milieu des années 1950, le quartier de la Gare avait tous les attributs d’un village : des commerces, des services comme la Poste, la Gendarmerie et l’Ecole, une église, des Associations et un club de football, l’U.S.C.L., sa fête populaire en août, son cinéma et deux usines.

En 1963 ce fut la fin de l’ère de la vapeur, les locomotives à vapeur furent remplacées par les diesels puis les turbotrains en 1970, avant l’électrification de la ligne en 1996. Le feu des locomotives éteint, le Dépôt des locomotives et le Triage fermèrent. Certes, la Gare restait active par sa fonction de gare de correspondance, mais la fin du monde des cheminots était engagée à Lison.  En 1975, ce fut la fermeture des Tuileries de Lison et en 1995 celle des Etablissements Galliot. Le village des cheminots entra en déclin en cette fin du XXe siècle.

        

         La Pacific vapeur en gare de Lison en 2009 (Pacific Vapeur Club de Sotteville-les-Rouen), la locomotive 231 G 558 fut construite en 1922 aux Batignolles-Châtillon, près de Nantes (G.L.). 

                                                                                     Gilbert Lieurey

Sources :

1-L’installation du chemin de fer dans la Manche (ligne Paris – Cherbourg), Maurice Lantier, Centre départemental de documentation pédagogique de Saint-Lô, 1976.

2-Recensements de la population de Lison et de Sainte-Marguerite d’Elle numérisés, actes des Etat-civils de Lison, Sainte-Marguerite d’Elle numérisés, Archives du Calvados, et de Moon, Archives de la Manche.

3-Lison-Gare, village écartelé, mémoire de Rémi Pézeril, 1973, Université de Caen.

4-Compte-rendu des délibérations du conseil municipal de Lison numérisées, Archives départementales du Calvados.

5-Le Journal de la Manche de mai et juin 1905 numérisé, et le Phare de la Manche du 7 juin 1905 numérisé (presse locale ancienne, Gallica BnF)

6-L’Avenir du Bessin et du Cotentin, journal numérisé, Archives du Calvados.

7-La Renaissance du Bessin de décembre 1948 et de novembre 1953 numérisés, Archives du Calvados.

8-Registre des délibérations du conseil municipal, Archives municipales de Moon-sur-Elle.

9-Compte-rendu des délibérations du conseil municipal de Sainte-Marguerite-d’Elle numérisées, Archives départementales du Calvados.

10-Rail et haies, Marcel Levéel, édition Eurocibles Marigny, 2004.

G.L. : Gilbert Lieurey pour les documents cartographiques, les photos et quelques cartes anciennes.

Annexes 

Populations sur le village de la Gare

Quartier de la Hoderie ou de la Gare + la Fotelaie sur Sainte-Marguerite-d’Elle (recensements à Sainte-Marguerite d’Elle)

1856 :     13 foyers                  40 habitants          (dont 0 du monde cheminot)                              commune : 715 h.

1861 :     20 foyers                  75 habitants          (dont 28 du monde cheminot)                            commune : 734 h.

1866 :     25 foyers                  100 habitants       (dont 32 du monde cheminot)                           commune : 760 h.

1872 :     32 foyers                  115 habitants       (dont 59 du monde cheminot)                           commune : 784 h.

1876 :     30 foyers                  105 habitants       (dont 44 du monde cheminot)                           commune : 711 h.

1881 :     32 foyers                  122 habitants       (dont 53 du monde cheminot)                           commune : 704 h.

1886 : 31 foyers                      124 habitants       (dont 52 du monde cheminot)                            commune : 654 h.

1891 :     43 foyers                  149 habitants       (dont 67 du monde cheminot)                           commune : 645 h.

1896 :     45 foyers                  141 habitants       (dont 72 du monde cheminot)                           commune : 638 h.

1901 :     44 foyers                  141 habitants       (dont 75 du monde cheminot)                           commune : 609 h

1906 :     50 foyers                  150 habitants       (dont 70 du monde cheminot)                           commune : 603 h

1911 :     60 foyers                  218 habitants       (dont 142 du monde cheminot)                        commune : 698 h

Quartier de la Gare + Le Hamel Patou à Moon (Hommes inscrits sur la liste électorale de Moon)

1861 :  13 électeurs             dont 8 cheminots

1872 : 11 électeurs              dont 7 cheminots

1888 : 25 électeurs              dont 21 cheminots